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Champagne

« Le travail du sol intégral n’est pas une bonne option agronomique »

Jeudi 24 octobre 2019 par Aude Lutun

Charles-Henri Dupont, président du groupe des jeunes vignerons de Champagne : 'Il n’y a pas de solution miracle pour se passer des désherbants. Mais nous ne sommes pas obligés de revenir 50 ans en arrière et de faire du travail du sol intégral !'
Charles-Henri Dupont, président du groupe des jeunes vignerons de Champagne : 'Il n’y a pas de solution miracle pour se passer des désherbants. Mais nous ne sommes pas obligés de revenir 50 ans en arrière et de faire du travail du sol intégral !' - crédit photo : DR
Président du groupe des jeunes vignerons de Champagne, Charles-Henri Dupont ouvre le débat sur l’intérêt du travail du sol dans le cadre d'un colloque organisé ce 24 octobre. Interview.

Votre colloque qui se tient aujourd’hui s’intitule « travail du sol, êtes-vous sûr ? ». Quelles sont vos incertitudes ?

Avec l’engagement zéro herbicide en 2025 de la Champagne, nous observons le retour du travail du sol intégral. Or ce n’est pas une bonne option sur le plan agronomique car le travail du sol perturbe les 10 à 15 cm les plus importants pour la fertilité des sols. Nous sommes partisans de toujours laisser des couverts végétaux, même si ce n’est pas simple à réaliser dans nos vignes étroites et basses. Près de 200 exploitations viticoles testent et s’approprient ces pratiques. Le groupe des jeunes a monté un sous-groupe « conservation des sols ». Il faut veiller à la concurrence avec la vigne. Chacun teste ses mélanges. Les couverts comprennent souvent du trèfle, du seigle et des crucifères.

Implanter des couverts a un impact positif pour le bilan carbone…

Oui, c’est le deuxième point positif. Le nombre de passages d’enjambeur dans les vignes diminue. De plus, ne plus travailler le sol permet de séquestrer le carbone, alors que quand on déminéralise, on fait échapper du carbone.

Comment les jeunes vignerons appréhendent-ils l’arrêt plausible du glyphosate ?

Il génère de grandes inquiétudes dans le vignoble, y compris chez les jeunes. Si on réalise des essais de couverts et que l’on se fait déborder, on n’a plus de « cartouche » pour se rattraper. L’arrêt du glyphosate poserait aussi un problème social. Les salariés, notamment les plus âgés, ne veulent souvent pas faire le travail du sol. Cela peut fragiliser l’organisation des exploitations s’ils décident de partir car nous manquons de salariés viticoles. 

Avez-vous prévu de présenter d’autres pistes lors de votre colloque ?

Il n’y a pas de solution miracle pour se passer des désherbants. Mais nous ne sommes pas obligés de revenir 50 ans en arrière et de faire du travail du sol intégral !

La société Zasso va présenter le désherbage électrique et l’entreprise Weedingtech expliquera le fonctionnement du désherbage thermique à la mousse. Les dernières publications sur les herbicides de contrôle seront également présentées. Le groupe des jeunes s’est par ailleurs clairement positionné pour l’implantation de vignes semi-larges (VSL), qui facilitent la gestion des couverts et du travail du sol et qui présentent un intérêt dans l’adaptation au réchauffement climatique. Ce sujet sera étudié au sein de l’ODG début 2020. Il y a aussi un grand travail à faire sur le matériel végétal. Nous souhaitons qu’il y ait une volonté interprofessionnelle de mettre des moyens pour avancer sur cette voie.

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jacob michel Le 29 octobre 2019 à 13:25:32
Je pense que la problématique est mal posée. Un travail du sol intégral ne doit être pratiqué que durant un période courte sur l'année. Nous pratiquons un désherbage intégral depuis 20 ans sans que cela ne pose de gros problème sur un plan agronomique. Il s'agit évidemment d'un sarclage qui est pratiqué uniquement d'avril à fin juin. Entre ce laps aucun désherbage n'est effectué et nos passages sont au nombre de 3. Cordialement
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