LE FIL

Preuve de concept

Le tri robotisé des raisins au banc d’essai

Mardi 08 octobre 2019 par Alexandre Abellan

Les essais d’Alien au château Pape Clément ont été placés après l’érafloir et en comparaison avec la table manuelle.
Les essais d’Alien au château Pape Clément ont été placés après l’érafloir et en comparaison avec la table manuelle. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Derniers réglages avant sa commercialisation pour la table de sélection robotisé Alien, qui se dévoile lors de tests par des crus classés de Bordeaux.

Le contraste est saisissant sur la plateforme de réception de la vendange du château Pape-Clément qui accueille ce 3 octobre une table de tri manuel et un essai du système de tri robotisé Alien. D’un côté, quatorze saisonniers se tiennent immobiles de part d’autre d’un tapis vibrant et scrutent attentivement les grains de raisins éraflés pour en retirer ceux dont la qualité est jugée insuffisante. De l’autre côté, un bloc de verre et de métal enferme deux bras robotiques qui bondissent, par à coup, pour aspirer des baies sortant des calibres fixés. Entre la souplesse d’une armée de mains gantés et les saccades de deux automates, il y a un monde. Et surtout une promesse qualitative dans la lignée de la viticulture de précision.

"Dans la dentelle"

« On réalise beaucoup de travail à la vigne pour augmenter la qualité des raisins. On réussit à identifier des lors qualitatifs au niveau intraparcellaire, on veut aller encore plus dans la dentelle dans la dernière étape de vendange » explique Arnaud Delaherche, le responsable R&D des vignobles Bernard Magrez, pour qui  « l’idée est d’avoir un tri plus qualitatif et sélectif sur la couleur du raisin. Nous cherchons un outil de précision qui permettrait de mettre de côté les baies les moins mûres en complément du tri manuel. » Aller plus vite et plus précisément dans le tri est l’objectif affiché depuis 2014 par Joël Gallet, l’inventeur, breveteur et baptiseur d’Alien (acronyme d’Automate en Ligne d’Interception d’Eléments Négatifs). Pour son inventeur médocain, « c’est un autre monde quand on le voit fonctionner. Il va très vite, avec une précision chirurgicale. » Un autre monde qui a un autre coût que le tri optique conventionnel.

140 000 €

Commercialisé 140 000 euros par Conception Industrielle et Technologies Futures (groupe CITF), Alien n’a pas encore été acheté dans le vignoble français. Comme d’autres crus bordelais, le château Pape Clément a fait appel au prestataire de services Banton et Lauret pour l’essayer en location. « Nous sommes partenaires d’une campagne de promotion d’Alien et de développement selon les retours de client. L’idée c’est apporter un complément ou un remplacement au tri optique (commercialisé 80 à 100 000 euros) » explique Benjamin Banton, associé-gérant de Banton et Lauret.

« Alien permet d’avoir toujours le même niveau de sélection à tout moment, contrairement au tri manuel. Nous ne sommes pas dans la compétition avec le tri optique, mais pouvons être complémentaire. La preuve, c’est que nous sommes distribués par Bucher Vaslin* » souligne Daniel Varin, le directeur Commercial du groupe CITF. Également testé en Bourgogne, l’appareil a fait ses preuves technologiques à l’entendre, avec un débit de 8 tonnes de raisins traités par heure et jusqu’à 400 aspirations de grains par minute (chaque bras peut en aspirer 4 par seconde). Impressionnant en termes mécatroniques, les résultats d’essais d’Alien ne semblent cependant pas atteindre le niveau de qualité de tri attendue par les grands crus qui sont sa cible.

"Trop de débris et des raisins mûrs aspirés"

« Actuellement, Alien ne fait pas tout à fait le travail du tri optique. On va faire le bilan en fin de campagne pour prévoir des changements » note Benjamin Banton. « Les essais sont intéressants mais nous constatons que le robot, malgré ces deux bras articulés, laisse encore passer trop de débris de rafles. En plus, il aspire un nombre encore important de raisins mûrs » rapporte Arnaud Delaherche au bout de deux jours d’essais et de paramétrages se basant sur la dégustation et l’analyse chimique des raisins.

Evoquant une efficacité de tri avoisinant 70 % pour un débit de 2,5 tonnes de raisin par heure, le docteur en œnologie souligne qu’Alien aurait tout son intérêt avec une récolte comme 2019, à la fois aussi qualitative et hétérogène. « Dans un tel millésime, Alien peut aider en mettant de côté les raisins moins mûrs qui ne sont pas identifiables à l’œil » pointe Arnaud Delaherche. Pour qui « il faudrait un troisième bras articulé et un système de buse plus étroit pour aspirer le moins possible de raisins ».

 

* : Le fournisseur de matériels œnologiques distribue actuellement Alien aux Etats-Unis (à 200 000 dollars) et pourrait le commercialiser dans le reste du monde.

 

« Il n’y a pas de pinces, mais des bras munis de buses pour aspirer les raisins. Afin de garder l’image d’un alien vorace… Mais ami ! » précise Joël Gallet.

 

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé