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Vinexpo explorer

Ce que disent 3 acheteurs internationaux sur les vins du Beaujolais

Mercredi 02 octobre 2019 par Juliette Cassagnes

Sarah Everden, David Pedrol et Philippe Ormancey, sont venus à Vinexpo explorer déguster et trouver de nouveaux vins du Beaujolais pour approvisionner leurs marchés
Sarah Everden, David Pedrol et Philippe Ormancey, sont venus à Vinexpo explorer déguster et trouver de nouveaux vins du Beaujolais pour approvisionner leurs marchés - crédit photo : J Cassagnes
70 acheteurs du monde entier ont fait le déplacement ce lundi 30 septembre et mardi 1er octobre 2019 dans le vignoble du Beaujolais. Nous sommes partis à la rencontre de trois d'entre eux, afin de mieux connaître leurs points de vue et attentes vis-à-vis des vins de ce vignoble.

Sarah Everden, importatrice chez Direct wines (30 millions de cols importés au Royaume-Uni, ventes multicanaux) :

« Le marché évolue dans le bon sens pour les vins du Beaujolais. Après avoir connu une baisse importante, on est désormais sur une phase de croissance de nos ventes. Le boisé, c'est fini. On sent une tendance qui naît pour les vins légers, frais, fruités.

Les consommateurs boivent moins mais mieux, nous essayons de les « éduquer » ; le vins du Beaujolais avec ses différents crus dans un même vignoble sont intéressants pour cela, car nous pouvons jouer sur les différents styles. En termes de notoriété, le Fleurie reste le plus connu, suivi du Morgon et du Moulin à vent.

Le principal atout des vins du Beaujolais reste selon moi le style à part et unique des vins, lié au cépage Gamay, qui repose sur la fraîcheur et le fruité. Il est renommé et reconnu.

Les vignerons, la nouvelle génération notamment, doivent poursuivre leurs efforts pour aller vers plus de modernité dans le style, la présentation, le partage avec les consommateurs, l'ouverture...Ils doivent continuer comme cela ! »

 

David Pedrol, directeur « Wine to be », importateur de vins sur l'Asie du Sud-Est (Indonésie, Chine), basé à Singapour

« Il y a beaucoup de vins français haut-de-gamme en Asie mais peu de vins du Beaujolais. Or il y a beaucoup d'opportunités, notamment en Indonésie, avec 200 millions d'habitants. C'est un grand marché et la consommation de vin y croît.

Les crus du Beaujolais ont leur place, ils ont de plus un très bon rapport qualité-prix : ils ne sont pas chers et ils sont très bons : fruités et faciles à boire. Le Moulin-à-Vent, le Brouilly et le Morgon restent les meilleurs pour les goûts asiatiques. Sur le marché chinois, le Beaujolais nouveau a aussi une très bonne image, il dégage beaucoup de positif.

L'atout principal du Beaujolais : il y a beaucoup de vins de qualité. Mon principal conseil à leur donner est de faire plus de communication et de promotions, comme ce salon Vinexpo explorer ;il n'y en a pas assez, par comparaison aux vins australiens par exemple... Or le vignoble n'est pas connu du tout. »

 

Philippe Ormancey, importateur de vins français depuis 2015 au Brésil via un site web, « ChezFrance » ; 7000 clients actifs ; 300000 cols en 2019

« Il y a actuellement environ 30 millions de consommateurs de vin au Brésil, sur 210 millions d'habitants ; il y a donc un très fort potentiel de développement ! La consommation progresse, mais elle est pour le moment plutôt réservée à un certain statut social. La part de marchés des vins français est ridicule. Mais il y en a aussi très peu à vendre : il n'y a pas d'offres ! Depuis 2 ans, les vins portugais sont en train de prendre la place. Il faudrait que les vins français s'y implantent sous une bannière commune « France ».

Je cherche à faire venir des bons vins français au Brésil, dans une catégorie plutôt premium, faits par des petits producteurs, qui ont des étiquettes jeunes, facilement identifiables, avec une approche moderne. Ma clientèle reste des brésiliens de catégories sociales plutôt aisée ou très aisée, ainsi que des expatriés.

Le gros de mes achats, le cœur de mon offre, se fait dans une tranche de prix d'achat se situant entre 3 et 5€ HT ; cela correspond à un prix de revente compris entre 15 et 20€ : je rappelle qu'il y a 100% de taxe au Brésil !

Les crus du Beaujolais (Fleurie, Juliénas, Morgon) forment une gamme de vins de qualité ; ce sont des vins sur le fruit, la fraîcheur, sans bois mais avec de la structure. Ils correspondent donc totalement à ce segment de prix et aux goûts des brésiliens. La mode des vins trop tanniques, boisés, est passée, les goûts ont changé. Les vins chiliens par exemple sont en perte de vitesse au Brésil à cause de cela.

Il n'y a pas d'autres vins en France, autour de 5€ et qui atteignent cette qualité. Ils sont très bien positionnés pour compléter des entrées de gamme (2-3€ prix d'achat). Les vins du Beaujolais ont donc toutes leurs chances au Brésil  ! Un point faible néanmoins : le fait que le cépage gamay ne soit pas connu, car n'est pas produit en Amérique latine : il est difficile de vendre des vins dans un pays dont le 1er critère d'achat reste le cépage...Donc je n'en parle pas. Le Beaujolais nouveau est par ailleurs trop léger et son goût particulier ne correspond pas aux attentes des brésiliens. »

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