LE FIL

Marché français

Les cavistes sermonnent les champagnes

Vendredi 27 septembre 2019 par Alexandre Abellan

« Par ces [prix bas] réguliers, la GD continue donc de plomber le positionnement prix de l’appellation » estime le caviste Patrick Jourdain.
« Par ces [prix bas] réguliers, la GD continue donc de plomber le positionnement prix de l’appellation » estime le caviste Patrick Jourdain. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Les promotions récurrentes dans les circuits de masse faussent le prix de référence de l’ensemble des vins champenois estime le syndicat des cavistes. Qui alerte la filière sur un risque de détournement massif de son réseau traditionnel.

Entre prix cassés et référentiels faussés, « aujourd’hui, vendre normalement du Champagne n’est plus possible » alerte Patrick Jourdain, le président du Syndicat des Cavistes Professionnels (SCP), dans une « lettre ouverte aux maisons, vignerons et coopératives de Champagne ». Parlant au nom de 1 350 points de vente français, le caviste estime que l’ensemble des vins de l’appellation champenoise voit son attractivité remise en question dans le réseau traditionnel. L’image d’autres vins effervescents notamment crémants, étant moins marquée par un positionnement récurrent en tête de gondole promotionnelle de la grande distribution.

Si la loi Alimentation limite depuis ce début d’année les promotions en grandes surfaces, et pèse sur les ventes champenoises, le SCP s’indigne d’actions commerciales récurrentes qui continuent de placer les champagnes en produits d’appel. Comme cet été les bouteilles vendues moins de 10 euros dans certaines enseignes Carrefour (marques Charles Lafitte à 9,90 euros et Montaudon à 9,5 €). Comme le récent référencement de grandes marques dans le hard-discount Lidl (Ayala, Gosset, Mumm, Philipponnat, Perrier-Jouët, Roederer, Ruinart…).

Prose de monsieur Jourdain

Se voulant implacable, la lettre ouverte des cavistes ne laisse pas les négociants se défausser de la responsabilité des promotions sur les distributeurs. « Cela n’aurait pas été possible si ces Champagnes n’avaient pas été achetés à très bas prix ! » estime Patrick Jourdain. Le caviste critique « de vraies distorsions de concurrence entre circuits de masse et circuits spécialisés […]. Ce qui continue à détourner de plus en plus de cavistes de toute incitation à valoriser les marques de Champagne [ou] à limiter leur gamme à quelques références afin de répondre aux demandes spécifiques et à orienter sinon leurs clientèles vers des alternatives plus motivantes. »

A entendre le diagnostic sévère du SCP, le système actuel de commercialisation des champagnes court à sa perte. La dépendance des marques de négoce aux ventes en promotion dans la grande distribution brouille la perception que le consommateur peut avoir du prix de référence de l’AOC Champagne, ce qui alimenterait le désamour des cavistes pour tous les champagnes, un détournement qui pourrait s’étendre par effet domino à d’autres réseaux, y compris l’export.

"C’est un peu facile"

A jouer les cassandres, les cavistes ont irrité quelques négociants peut-on entendre. Mais « c’est un peu facile de tout mélanger » rétorque un élu du Syndicat Général des Vignerons de Champagne. Qui souligne que « la gamme des champagnes est large, y compris dans les marques de grands groupes, qui ont des références pour la GD et d’autres plus élaborées pour les cavistes et la restauration. Il y a du travail à faire ensemble pour valoriser nos vins en apportant un service d’assistance aux consommateurs. »

S’estimant constructif pour le Champagne et pas agressif avec ses opérateurs, le SCP en appelle au ressaisissement tarifaire de tous. Y compris les caves coopératives et vignerons, invités à rationaliser leurs politiques de prix. Que ce soit en distinguant les tarifs de la vente au caveau et de ceux aux cavistes, en appuyant la promotion par la dégustation… Un appel à renouer des relations saines pour valoriser l’AOC Champagne.

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LeGuideC Le 04 octobre 2019 à 17:33:33
L'assertion de cet élu anonyme du SGVC selon laquelle "...la gamme des champagnes est large, y compris dans les marques de grands groupes, qui ont des références pour la GD et d’autres plus élaborées pour les cavistes et la restauration..." ne reflète en rien la réalité, lorsque l'on trouve sur les linéaires Brut Impérial de Moêt&Chandon, "Carte jaune" de Veuve Clicquot-Ponsardin, Deutz Classic, Roederer Brut Premier voire "R" et/ou Blanc de Blanc de Ruinart, pour ne citer que le plus représentatif des grandes maisons présentées également par de nombreux cavistes, mais pas au même tarif. Il est régulier que le consommateur ait une mémoire très courte sur l'identité de la cuvée mais se rappelle par contre parfaitement le prix qu'il l'a payée. Il serait donc plus que temps que les pratiques commerciales cessent de mettre en avant promotion ou réduction au détriment de l'identité et de la qualité (espérée) du produit. Malheureusement, ces modalités n'ont rien de spécifiques aux producteurs de Champagne, ni même de vin, dès lors que l'on parle bien de volumes et quantités compatibles avec une distribution de masse.
craoux Le 29 septembre 2019 à 18:18:08
Quelle que soit l'offre badgée d'une AOP " X " - AOP "Champagne" au cas présent -, il me semble aberrant et dangereux à long terme que la filière (y inclus les professionnels collatéraux) valide l'idée que la qualité et le plaisir puissent être déclinés différemment selon que la gamme d'offre viserait soit la GD soit les réseaux plus spécialisés. Avec ce discours, c'est la remise en cause de l'essence même de toute AOP : la confiance. Ne serait-il pas plus "clair" et plus opérant de reconsidérer la proposition qu'avait en tête l'ancien Pdt René RENOU (Comité Vins INAO). Son idée était lumineuse : s'il l'on peut s'accommoder d'une production AOP au sens large (ndlr : fourre-tout qualitatif .. il ne l'exprimait pas aussi directement j'en conviens), pourquoi ne pas mettre en place au sein de chaque aire AOP, une AOP d'Excellence, aux conditions de production et d'agrément resserrées, plus exigeantes. L'offre AOP serait alors logiquement pyramidale vers l'excellence et offrirait le gage d'une CONFIANCE qualitative retrouvé (AOP socle et au-dessus l'AOP E). Bien sûr il faudrait du courage et parfois de l'abnégation à celles-ceux qui porteraient cette ambition. René Renou avait du remettre sa copie dans son sac. Il avait eu bien des ennemis au sein même de "l'église" INAO. Mais que la filière réfléchisse un peu : quelle est la visibilité "qualitative" de son offre AOP en 2019 ? ... Tout consommateur doit désormais s'en remettre au bouche à oreilles, aux macarons du CGA ou de la foire de Mâcon, aux collerettes du Guide Hachette, aux pastilles Gilbert et Gaillard, et autres médailles ou récompenses ! A quoi rime toute cette organisation " ODG - opérateurs habilité - déclaration de récolte - contrôle interne/externe " alors que la finalité, la confirmation ou l'infirmation en AOP, n'assure plus du tout la confiance ?
bourvil Le 29 septembre 2019 à 11:10:59
Toutes les appellations contrôlées sont concernées sur ce dossier, et c'est en grande partie le consommateur qui est responsable à cette situation, la encore c'est l'offre et la demande qui gère le marché et comme je le rappelais récemment l'achat des vins s'effectue chez le vigneron et non en grande surface.
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