LE FIL

Cryptoblabes gnidiella

S'incrustant, cette pyrale inquiète le vignoble corse

Jeudi 08 août 2019 par Alexandre Abellan

« Pour l’instant, rien n’est joué. Les dégâts vont se faire entre maintenant et la récolte » estime Valentin Marie.
« Pour l’instant, rien n’est joué. Les dégâts vont se faire entre maintenant et la récolte » estime Valentin Marie. - crédit photo : Interbio Corse
S’il n’y avait ce nouvel insecte ravageur, les vignerons de l'île de Beauté pourraient se la couler douce ce millésime, globalement épargné par la canicule et les maladies fongiques.

Qu’on la nomme pyrale du Daphné, pyrale des agrumes ou Cryptoblabes gnidiella, un seul insecte est au cœur des discussions et préoccupations viticoles de l’île de Beauté. Et pour cause, si ce ravageur n’était pas de retour cette année, le millésime serait somme toute idéal. Avec une belle sortie de grappes, de la vigueur pour la soutenir, l’absence de pression cryptogamique et de canicule.

« Après une forte pression en 2018, cette année il n’y a pas eu de mildiou et très peu d’oïdium. Il n’y a pas de difficultés hydriques et la canicule a épargné la Corse » rapporte Antoine-Michel Guagnini, conseiller technique à la Chambre d’Agriculture de Haute-Corse. « Quand il y a eu le coup de chaud sur la France fin juin, seule deux régions étaient en bleu sur les cartes : la Bretagne et la Corse » renchérit Gilles Salva, le directeur du pôle végétal du Centre de Recherche Viticole de Corse.

Vendanges plutôt tardives

A part quelques cas ponctuels d’échaudages et des plantiers à irriguer, la seule problématique qui se pose ce millésime en Corse est le retour de la pyrale. Découvert l’an dernier dans le vignoble corse*, cet insecte se trouve régulièrement sur les grappes de toutes les appellations corses. Si les dégâts relevés ne sont pas inquiétants pour le moment, la perspective de vendange assez tardives (le vignoble étant actuellement à mi-véraison) risque de donner tout le temps à la pyrale pour entraîner des pertes de récolte.

"Vignoble sous surveillance"

Pour contrer la pyrale, des traitements s’enchaînent depuis début août sur les sites à risque. « Notre vignoble est sous surveillance. On ne connaît pas encore très bien le cycle de cet insecte. Par sécurité, nous avons passé un traitement spécifique contre les vers de la grappe sur une parcelle où l’on a trouvé des glomérules » témoigne l’œnologue Vincent Rideau, du domaine Orenga de Gaffory (56 hectares bio en AOC Patrimonio).

Après avoir préconisé des pratiques prophyllaxiques (notamment l’aération des zones de grappes), Valentin Marie, conseiller viticole pour Interbio Corse, s’appuie sur l’expérience des vignerons du Gard pour recommander, lorsque les parcelles présentent de fortes populations, un insecticide au Spinosad, homologué pour les chenilles phytophages (le Succes 4). « Le problème de la pyrale, c’est qu’elle est très polyphage. Elle peut se nourrir de miellat de cochenilles comme du sucre des fruits, et de plus elle n'est pas inféodée à la culture de la vigne. C'est pour cela que dans le vignoble on observe une très grande diversité de stades en même temps, de la chenille à l'adulte. Il est donc plus difficile de positionner un Bacillus thuringiensis, qui n’est efficace que sur les stades larvaires » explique le technicien.

Dégâts insidieux

Perforant et grignotant les baies, les pyrales ont pu entraîner de 10 à 30 % de pertes de récolte sur les parcelles touchées l’an dernier. Si ces dégâts peuvent être conséquents, leur visibilité est masquée par l’attaque discrète des insectes. « D’aspect extérieur, les grappes ont l’aire magnifiques. Mais en y allant au sécateur, on voit en leur centre des pyrales qui se développent et entraînent de la pourriture » prévient Valentin Marie. Qui, au vu de sa prolifération dans le vignoble, n’est pas loin de vouloir rebaptiser la pyrale des agrumes en pyrale de la vigne.

 

* : « La pyrale n’est sans doute pas arrivée du jour au lendemain. Elle devait être là depuis des années, mais l’on n’avait pas mis le doigt dessus. Certains vignerons ont pu la confondre avec d’autres tordeuses. Sa montée en puissance d’année en année est devenue visible en 2018. Cette année on voit encore plus, peut-être aussi parce que l’on y est plus attentif » estime Valentin Marie.

 

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