LE FIL

Sols vivants

Une feuille de route pour que les vins de Bordeaux retrouvent leurs clients

Mercredi 07 août 2019 par Alexandre Abellan

« Une telle viticulture est une viticulture à l’équilibre sur son terroir » estime Xavier Planty.
« Une telle viticulture est une viticulture à l’équilibre sur son terroir » estime Xavier Planty. - crédit photo : Château Guiraud
Reconnaissant être une voix minoritaire dans les institutions bordelaises, Xavier Planty s’inquiète depuis Sauternes des orientations stratégiques girondines prise face au tournant agroécologique en cours et à la crise commerciale actuelle.

« Je suis sûr que l'on va dans le mur. Il faut en finir avec les demi-mesures et les faux semblants » estime Xavier Planty, le co-propriétaire du château Guiraud (128 hectares en bio de premier grand cru classé en 1855 de Sauternes). Opposé au déploiement des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium dans les appellations d’origine et partisan d’un arrêt rapide de la chimie en général et du glyphosate en particulier dans tout le vignoble, le vigneron reconnaît être une voix minoritaire parmi les institutions bordelaises. Mais il continue d'essaimer ses réflexions, lui siège au Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB) et à la Fédération des Grands Vins de Bordeaux (FGVB) en tant que président du syndicat viticole de Sauternes.

« De toute façon on sera obligé d’y passer, et pas seulement pour des raisons techniques, mais aussi pour le commerce et la stratégie d'AOC. Les pratiques mises en place sont délétères, seule une agriécologie puissante et soutenue sauvera les vins de Bordeaux » estime Xavier Planty, qui met au centre du système viticole la vie des sols. Qui est à son sens le grand oublié de la viticulture moderne.

Biopédologie

« Le sol, source de toute vie, doit être respecté et amélioré par la suppression immédiate des herbicides, par des pratiques de travail du sol douces » estime-t-il, ajoutant que « la recherche d’un enherbement naturel, si possible, privilégié afin de capter la seule source d’énergie gratuite : le soleil. De septembre à avril, la vigne sans feuille ne capte rien. Seule la végétation est efficace pour stocker cette énergie et la restituer au sol, puis à la vigne par enfouissement. Le sol est ainsi nourri et vivant. » Les engrais chimiques étant à son sens un intrant à supprimer au plus vite.

"Feuille de route"

Loin de voir les défis actuels du vignoble bordelais comme des difficultés, Xavier Planty y pressent des opportunités : « la situation actuelle du marché, les affaires plus au moins avérées, doivent nous permettre de nous ressaisir. Il faut agir vite. » Le vigneron concluant qu’« avec une telle feuille de route le Bordeaux ne peut que retrouver ses clients qui attendent de nous des vins francs, fins, sapides, expressifs, sans artifices. Le vrai Bordeaux. »

 

 

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CHARLIE Le 27 août 2019 à 15:50:14
je pense que la démesure est de mise dans tous ces propos que j'ai le plaisir de lire en fait il a toujours été question de vie du sol et toutes ses considérations un peu boboiste .... le seul souci c'est certainement la distribution des vins de Bordeaux les commerciaux ont une liste de vins à vendre phénoménal et ils vont au plus facile la viticulture écologique ne veut pas dire grand chose par contre une démarche réfléchie et tenant compte du sol sur lequel nous sommes est en fait à la portée de tous moi même directeur de chateau et en même temps cycliste acharné je me balade dans tous les belles régions viticoles d'Europe et je peux vous affirmer que le baching perpétuel sur les vins bordelais n'est vraiment pas fondé, hier j'étais dans la RIOJA et j'ai rencontré des gens optimistes alors que leur vins vendus à 20 € ne valent certes pas une grande quantité de vins premium bordelais bien faits au contraire de ce que j'ai pu lire dans les écrits de mes chers co-lecteur, je suis résolument optimiste sur les capacités des vins bordelais et je reviens surtout à la façon dont ils sont distribués, un exemple 1991 60% de blancs 40% de rouge à Bordeaux une gelée les négociants perdent le marché des blancs et en 1998 60% rouge et 40% blanc les négociants ont laisser filer cette manne car cela demandait trop d'effort et les viticulteurs ont aussi laisser filer alors qu'ils auraient du se battre en directe sur les marchés, un vaste débat, plutôt une réorganisation totale de la PLACE DE BORDEAUX
gz33 Le 10 août 2019 à 10:15:21
marc, c'est quoi la typicité des vins de Bordeaux?...le "c'était mieux avant" ça me fait bien rire...avant, il n'y avait pas vraiment de choix...la nature décidait de la qualité du millésime...
François Pouizin Le 10 août 2019 à 07:27:56
Je suis moi même en Cotes du Rhone Bio. je vous suis totalement sur l'aspect vie des sols. Je pense que le cahier des charges de l'AB doit progressivement monter en exigence. Nous pouvons faire encore mieux. Le danger c'est les voix qui s'élèvent pour demander la mixité des exploitations (AB/conventionnel). Sur le papier pourquoi pas ? Mais dans la réalité du terrain ce serait la porte ouverte à toute les dérives et les consommateurs serait finalement trompés. Nos décideurs sont souvent depuis trop longtemps loins des vignes et des chais pour se rendre compte des pratiques de la base, du manque de rigueur et de vision à long terme de beaucoup. Par contre je ne vous suis pas sur les cépages résistants. Une appellation c'est une langue vivante, pas une langue morte. Elle vit et s'adapte au fil du temps. Ne plus traiter pour le mildiou et l'oidium, au dela de la viticulture, serait un gain formidable pour l'environnement, pour les émissions de CO2, pour la vie des sols (cuivre). Pour sauver les appellations et être respectueux du consommateur il faudrait surtout être plus strict et plus exigeant sur le respect des règles de production. Personne n'est obligé de faire de l'AOP, les vignerons nature sont beaucoup plus cohérent sur ce sujet en produisant des VDF.
marc Le 09 août 2019 à 17:53:02
En 2001, j'avais rencontré René Renou pour un article "Vins Français Dérapages incontrôlés". Il avait eu cette phrase "Si cela continue, il n'y aura plus que le raisin pour nous embêter". Sa vision était claire à cette date "La profession a cinq ans pour se ressaisir". En Février 20015, Réussir Vigne avait traité de ces techniques et de l'intérêt ou non. Pascal Frissant, responsable national viticole de la Confédération paysanne avait terminé son point de vue négatif sur ces orientations ainsi "Attention à ne pas écrouler l'édifice vin. Actuellement négociants et vignerons prennent trop le consommateur pour quelqu'un qui ne s'y entend pas. Tôt ou tard, on paiera notre difficulté à avoir des débats techniques intégrant le consommateur". Le vin français est mal positionné et la fuite en avant dans la concentration économique, l'irruption de la techonologie au chai, ont entraîné une modification du goût et une perte de typicité. La plupart de ces vins n'offrent pas de plaisir, pire ils sont ingrats et déplaisants. En 2006, les orientations stratégiques de Bordeaux se sont fourvoyées. On peut leur accorder le bénéfice d'une incompréhension du marché. En 2019, poursuivre, sous cette forme, le développement du vignoble est "suicidaire". La pression sociétale est présente et ce ne sont pas quelques mesurettes qui rassureront le consommateur.
AV Le 09 août 2019 à 16:21:38
Marc je partage tout a fait vos derniers propos sur le manque de typicité, d’authenticité des AOC quand je vois la liste des cépages autorisés et quand je vois les assemblages dans les vins, on a déjà compris pas mal de chose. je ne défendrais pas forcément la bourgogne pour autant mais quand on voir la valorisation des vins et les différences entre les rouges ou des blancs, donc pinot noir et chardonnay seulement, entre deux appellations distantes de quelques kms.. voire metres... enfin... chacun fait comme il veut mais cela fait quelques années que les vins de bordeaux ne font pas rever et l’omniprésence en terme de distribution du négoce ne va pas arranger les choses pour les vignerons
VignerondeRions Le 08 août 2019 à 20:23:18
Président de l'ODG Sauternes depuis combien d'années ? Il aurait pu tester ses désirs d'évolution et ainsi booster l'appellation qui en a grandement besoin. Au lieu de cela, c'est la catastrophe pour le fleuron des liquoreux Bordelais, et les autres liquoreux sont aussi touchés. C'est factuel.
marc Le 07 août 2019 à 17:35:27
Bordeaux a perdu beaucoup de crédit auprès de la clientèle. L'irruption de la technologie dans la coopération, les copeaux et autres additifs ont fortement impacté le produit. En Grande Distribution, les marques ne sont pas identifiables par un minimum de typicité. Les dernières Foires aux Vins avaient marqué un fort recul déjà. On peut bien sûr trouver ici et là des initiatives intéressantes mais comme pour les autres AOC ce sont quelques initiatives absolument pas relayées auprès de l'INAO, organisme qui continue à traîner des pieds sur l'agroécologie. Dans une entreprise normale, la notion de gestion de la marque serait au premier rang des préoccupations, dans cet organisme regorgeant pourtant de compétences pour pousser l'agroécologie, les "politique" verrouillent... Les acteurs de la Grande Distribution, eux-mêmes en crise, réagissent et souhaitent plus de labels mais surtout des promesses vérifiées. En-dehors de quelques vignerons indépendants, vous ne trouvez pas de vins dignes d'un minimum de typicité ou, est-ce trop demander, de complexité. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour le vignoble français qui a besoin de locomotives qualitatives.
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