LE FIL

Hérault

Didier Guillaume au chevet des vignes brûlées

Lundi 08 juillet 2019 par Marion Sepeau Ivaldi

Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, découvre les vignes brûlées lors de l'épisode caniculaire du 28 juin. Didier Guillaume, ministre de l'Agriculture, découvre les vignes brûlées lors de l'épisode caniculaire du 28 juin. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Ce 5 juillet, par une chaleur écrasante, le ministre de l’Agriculture s’est rendu dans le Gard. Il en a profité pour faire un détour dans l’Hérault pour observer les vignes brûlées par les températures extrêmes du 28 juin.

Pas d’annonces choc, pas d’engagements. A l’occasion de son déplacement dans le Gard, Didier Guillaume, ministre de l’Agriculture, s’est rendu vers 16 h le 5 juillet dans l’exploitation de Denis Rouger, vigneron et président de l’AOC Muscat de Lunel (Hérault). Sur les 30 hectares de son exploitation, une dizaine ont été grillés à des degrés divers allant de 30 % à 100 %, selon ses propres estimations. « Des carignans, des syrahs et des grenaches ont été touchés » constate celui qui ne s’explique pas ce phénomène jamais vu. Et, d’écarter la polémique autour de l’application du soufre. « Il y avait de l’oïdium, un bon vigneron devait protéger sa vigne ! » commente-t-il, tout en rappelant que le chardonnay avait également reçu un poudrage, et que, pourtant, il ne présente pas de dégâts.

Faire la lumière scientifique

Un message qu’il a transmis au ministre Didier Guillaume, lors d’une visite rapide dans ses vignes sous une chaleur intense. Il lui a expliqué également comment les vignerons été touchés à des degrés divers, notamment lié à un effet terroir. « Que faut-il faire ? Ecimer ? » s’est également demandé le vigneron qui pour l’instant attend de voir comment la situation évolue. Car, personne n’est en mesure d’expliquer le phénomène, pas plus que de conseiller sur la conduite technique à tenir. D’ailleurs, l’Etat l’Agriculture a confié à Montpellier SupAgro, l’Inra et l’IFV, la réalisation d’une étude poly-disciplinaire pour comprendre ce qui s’est passé et tirer des enseignements sur les pratiques culturales. « Nous allons étudier tous les critères agronomiques et tenter de faire la lumière ! » a simplement expliqué Hervé Hannin, directeur de Montpellier Sup-Agro.

Améliorer le dispositif d'assurance

Jérôme Despey, président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault et président du Comité vin FranceAgriMer, accompagnait le ministre dans sa visite. Il en a profité pour revenir sur deux dossiers. Le premier est celui de l’assurance pour les risques climatiques. Le ministre a en effet rappelé qu’il lançait une concertation qu’il souhaitait voir aboutir dans 6 mois. Favorable à rendre obligatoire l’assurance climatique, Jérôme Despey a appelé à revoir le principe de la moyenne olympique. « Cela ne marche pas. Nous enchaînons les années avec des dégâts. Les références de rendements sont donc basses pour pouvoir avoir accès à l’assurance » a déploré l’élu. Ce dernier réclame également que les réassurances soient inscrites au budget de la future PAC. Une demande qu’il a porté en présence de la député européenne LREM, Irène Tolleret venue également apporter son soutien aux vignerons sinistrés.

Autre message porté au ministre : l’accès à l’eau. « Nous devons travailler sur la gestion de l’eau, sur comment stocker cette eau et l’apporter là où les agriculteurs n’y ont pas accès ! » a martelé Jérôme Despey. Ce à quoi le ministre de l’Agriculture a répondu que les Assises de l’eau, tenues la semaine dernière, ont permis de faire avancer la question de la création des retenues collinaires. « Désormais, les collectivités territoriales pourront construire des retenues colinaires dans le cadre de projets de territoires ».

Point sur les dégâts et mesures de soutien demandées

Evaluation des dégâts

Un bilan intermédiaire, issu du recensement mené par la Chambre d’Agriculture de l’Hérault (soit 691 personnes recensées), indique que 7864 hectares de culture sont concernés par l’épisode caniculaire du 28 juin. 90 % de la surface est en vignes. 200 communes sont concernées.

Mesures demandées par les professionnels

  • Exonération de la TNFB
  • Prise en charge des cotisations et aide sanitaire et sociale
  • Année blanche pour les prêts bancaires, prêts MT à taux bonifié, consolidation de taux pour les pluri-sinistrés
  • Dispositif de réserve de précaution
  • Autorisation d’achat de vendanges
  • Soutien de solidarité des collectivités
  • Mesures spécifiques pour les jeunes installés pluri-sinistrés
  • Soutien au développement de l’irrigation
  • Evolution du dispositif assurantiel

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VOS RÉACTIONS
Dominique Le 08 juillet 2019 à 23:21:26
Le spectacle de ces vignes échaudées est un traumatisme pour tous ceux qui travaillent dans ce métier et en connaissent la difficulté. Mais très franchement, je suis surpris des réactions : « Demander des études » ! Elles existent déjà ! Jean-Claude Duplessy et Pierre Morel, fondateur du laboratoire de météorologie dynamique (CNRS) ont publié en mars 2000 un ouvrage intitulé « Gros temps sur la planète » au titre bien explicite. A l'été 2003, en pleine canicule, Duplessy a donné 3 conférences à Bordeaux pour alerter ceux qui voulaient bien réfléchir. A un participant qui demandait quels étaient les certitudes communes aux différents modèles de prévision pour le climat des prochaines décennies, il a répondu que le point qui revenait dans tous les modèles était la désertification du pourtour méditerranéen. Et à la demande de précision de ce participant incrédule, il a réitéré le terme de « désertification »… Nous en sommes donc simplement aux premières manifestations spectaculaires de l'emballement climatique. Qu'avons nous retenu des incendies géants de Californie ou de Fort Mac Murray au Canada ? L'hypothèse implicite des scénarii viticoles, selon lesquels on aurait gentiment le temps de changer de cépages, de modifier quelques pratiques et de migrer progressivement au nord, semble malheureusement prise de vitesse. La nature, qui était accueillante et féconde, est en train de devenir hostile et stérile. N'est-il pas hyper-symbolique que l'épicentre d'un des plus gros incendie californien soit le lieu dit « Paradise » ? Nous ne pourrons plus nous en tenir à des scenarii de continuité avec ce que nous avons fait jusqu'à présent. Il va falloir penser et mettre en œuvre une vraie rupture.
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