LE FIL

Pascal Prudhomme, Champagne

"CRVC passe le cap des 3 millions de cols vendus"

Mardi 11 juin 2019 par Marion Sepeau Ivaldi

Pascal Prudhomme, directeur général de la CRVC : 'nous avons un problème de fond avec le manque de confiance sur le plan économique depuis 2008, en France mais aussi en Europe.'Pascal Prudhomme, directeur général de la CRVC : 'nous avons un problème de fond avec le manque de confiance sur le plan économique depuis 2008, en France mais aussi en Europe.' - crédit photo : DR
Directeur général de la CRVC, Pascal Prudhomme veut développer l’oenotourisme et poursuivre la montée en gamme de la marque Castelnau, sous fond de prudence dans un environnement économique qui se tend.

La CRVC affiche un chiffre d’affaires en progression de 12 %. Votre croissance se fait à l’export ?

Oui, nos ventes à l’export ont progressé de 25 % entre 2017 et 2018. Le marché français est en baisse depuis plusieurs années. Nous avons un problème de fond avec le manque de confiance sur le plan économique depuis 2008, en France mais aussi en Europe. La montée en puissance d’autres effervescents, notamment italiens, se surajoute. Et le mouvement des Gilets Jaunes, qui a impacté la fréquentation des cafés et restaurants parisiens, est un élément de baisse supplémentaire. Mais 2018 reste une très belle année pour la CRVC avec le cap des 3 millions de bouteilles vendues pour la première fois.

Que pourrait faire la Champagne pour retrouver ses parts de marché en France ?

Il nous faut promouvoir la magie du mot Champagne. Le champagne doit rester un produit de luxe. Si on trouve une bouteille à 10 € en grande distribution, la magie n’opère plus. La Champagne est une toute petite niche dans le monde des effervescents. Elle est fragile et il nous faut l’animer avec des mesures collectives.

Que pensez-vous de la campagne lancée par le SGV ?

Elle est disruptive et peut intéresser les jeunes, en étant moderne et décalée. Je ne suis toutefois pas conquis car s’il faut en effet surprendre, il faut aussi conserver la capacité à faire rêver. L’essence du champagne, c’est le rêve et le festif. Ces dimensions ne sont pas mises en avant.

Lors de votre AG, vous avez rappelé la nécessité pour les vignerons d’être certifiés Viticulture Durable d’ici 2025. La CRVC donne-t-elle une prime aux raisins certifiés ?

Oui, la prime est d’environ 20 centimes par kilo mais l’enjeu n’est pas là. Il nous faut adopter des valeurs éco-responsables au-delà de la certification Viticulture Durable. C’est pour cette raison que nous venons de mettre en place une Charte Ethique avec les vignerons. Sur les sites de la CRVC, nous privilégions les moutons aux tondeuses, les voitures hybrides, l’achat de matières sèches en Europe, etc. Cela va se faire de façon progressive au sein de chaque exploitation.

Le rapport de forces entre le négoce et le vignoble s’infléchit. Quelle est votre analyse ?

Je ne dirais pas qu’il s’infléchit, mais qu’il s’est renversé de manière brutale il y a quelques semaines avec la remise en cause des contrats par quelques négociants à trois mois de leur renouvellement. Plusieurs maisons veulent moins de raisin. Le négoce va donc pouvoir choisir et sélectionner, et à moyen terme réfléchir sur le prix du raisin. On perçoit un intérêt moins fort sur le meunier.

Le vignoble est-il inquiet ?

Les vignerons, comme l’ensemble de la filière, perçoivent que le marché du raisin et celui des bouteilles se tendent. Je ne suis pas inquiet mais plutôt prudent et combatif. Dans une période de ralentissement économique, il faut continuer à investir. C’est ce que nous faisons avec la Villa Castelnau. Nous sommes aussi partenaires du Tour de France depuis huit ans. Il nous faut avoir toujours autant de fierté à partager le moment Champagne.

La coopérative régionale des vins de Champagne (CRVC) en quelques chiffres

Cette union de 22 coopératives champenoises comprend 780 adhérents cultivant 850 ha. Son chiffre d’affaires 2018 s’établit à 68 M€, contre 66 M€ en 2017. 3 millions de bouteilles sont commercialisées par la CRVC, dont 865 000 cols sous la marque Castelnau (35 % en France, 65 % à l’export). Elle a acheté la villa Tassigny, rebaptisée Villa Castelnau, située dans le centre de Reims, en octobre 2018. Cette villa, qui sera ouverte au printemps 2021, sera le socle d’un développement oenotouristique, dont le budget est de 5 M€ en 2,5 ans.

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