LE FIL

Crainte vigneronne

Après le gel, les inflorescences vont-elles partir en vrilles ?

Vendredi 10 mai 2019 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 24/06/2019 16:18:51

 Le filage est un phénomène qui peut parfois toucher des grappes entières, mais apparaît plutôt sur des fractions de grappes, les ailes » rapporte Vincent Dumot.
 Le filage est un phénomène qui peut parfois toucher des grappes entières, mais apparaît plutôt sur des fractions de grappes, les ailes » rapporte Vincent Dumot. - crédit photo : BSV (L. Caillaud, CA17)
Le phénomène de filage, transformant les boutons floraux en vrilles, est probable mais ses conséquences ne sont pas aussi négatives qu’on pourrait le croire.

Après les gelées des dimanche 5 et lundi 6 mai derniers, les brunissements et nécroses de feuilles et rameaux essaiment dans les vignobles touchés. Affecté, le moral vigneron est en proie à une nouvelle crainte : « il est possible que certaines inflorescences légèrement touchées filent et se transforment en vrilles » rapporte le dernier Bulletin de Santé de la Vigne Charente. « Souvent, les craintes de filage sont exagérées » prévient François Dal, conseiller viticole au Service Interprofessionnel de Conseil Agronomique, de Vinification et d'Analyses du Centre (SICAVAC). Pour lui, le phénomène de transformation des grappes en vrilles est moins lié à un phénomène ponctuel de gel qu’à un stress printanier plus global. « Le phénomène n’est pas forcément lié qu’au gel. Il peut être dû à la persistance d’un temps froid sur les semaines précédant la floraison. Ce qui aurait un impact sur l’alimentation carbonée de la vigne » ajoute l’expert de Sancerre, vignoble épargné par les dernières gelées (mais pas celle de la mi-avril).

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Sur les réserves carbonées

« Actuellement, on suppose que le filage aurait autant dû aux températures qu’à un problème de réserves en carbone » confirme Vincent Dumot, ingénieur à la Station Viticole du Bureau National Interprofessionnel du Cognac. Qui précise que lorsque « la plante pousse au printemps, c’est sur ses réserves des racines et du tronc. Pour créer des feuilles lui permettant d’obtenir de l’énergie par photosynthèse. Quand il gèle, les jeunes pousses ont déjà consommé des réserves, qui sont alors sollicitées de nouveau pour relancer des contre-bourgeons. Des inflorescences évoluent alors en vrilles et non en grappes pour s’adapter. »

Si des phénomènes de filage sont attendus sur les parcelles gelées, estimer leur ampleur et leur impact relève de la gageure. D’autant plus que la météo doit se réchauffer les prochains jours, revenant aux normales de saison avant la floraison. Les craintes de filage généralisé se lèvent ainsi à Sancerre, alors que les « feuilles de vigne ont des couleurs jaunes et sont au ralenti avec les faibles températures » rapporte François Dal.

"Effets de compensation"

Soulignant que le vivant est soumis à des mécanismes complexes, Vincent Dumot précise que « si l’on voit actuellement des effets négatifs du gel, il y aura des effets de compensation quand la plante aura repris son cycle ». Ainsi, la vigne peut privilégier les grappes qui lui restent, avec de meilleurs taux de nouaison et de plus importants grossissements des baies. Souvent après un filage, « les grappes sont plus serrées. On les dit "pignées", compactes comme une pigne de pin » explique Vincent Dumot. L’espoir a donc sa place après le gel. Comme le conclut le BSV charentais, « la vigne possède des capacités de récupération partielle sur contre-bourgeons ».
 

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