LE FIL

Gel 2019

Pertes de récolte de 5-10 % à Bordeaux, 15 % à Cognac, significatives à Cahors…

Jeudi 09 mai 2019 par Alexandre Abellan

Les premières feuilles brunes essaiment dans tout le vignoble bordelais, suite aux gelées des 5 et 6 mai.Les premières feuilles brunes essaiment dans tout le vignoble bordelais, suite aux gelées des 5 et 6 mai. - crédit photo : Annabelle Garçon (Conseillère Viticole Chambre d'Agriculture de la Gironde)
Tardif, le coup de froid printanier a fait du dégât dans le vignoble du Sud-Ouest, où les premières estimations s'affinent. Avec 12 000 hectares touchés dans le vignoble charentais.

Le dégel étant passé, les brunissements et nécroses se font désormais jour après les gelées des dimanche 5 et lundi 6 mai derniers. Et ces dégâts devraient être encore plus visibles dans les prochains jours, permettant d’affiner les premières estimations. Dans le vignoble bordelais, 5 à 10 % du vignoble seraient touchés entre 30 et 100 % rapporte Bruno Samie ce 7 mai, le coordinateur des 22 conseillers de la Chambre d'Agriculture de Gironde. Étendu géographiquement, ce coup de froid est allé jusqu’à -4 °C localement. « Il n’y a pas vraiment d’AOC épargnée, le gel a fait le tour de Bordeaux. Il y a peut-être plus d’impact dans le Médoc et le Bourgeais-Blayais » avance le consultant viticole, soulignant que les dégâts seront plus importants que le gel du 13 avril, la végétation ayant poussé.

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"Légère précocité"

Avec une légère précocité, le vignoble bordelais est actuellement au stade 7 à 8 feuilles étalées et boutons agglomérés, prêtant le flanc aux dégâts de gel. De premiers porte-greffe ayant fleuri la semaine dernière, les premières fleurs de vignes sont attendues aux alentours du 20 mai ajoute le consultant David Pernet, cofondateur de Sovivins. Qui confirme que « l’impact de ces gelées n’aura rien à voir avec celles 2017. On a heureusement évité la catastrophe ». Ce soulagement reste cependant partiel. « Il est difficile de parler de chiffres globaux, qui ne reflètent pas la réalité » prévient Bernard Farges, le président du syndicat des AOC Bordeaux. « Beaucoup de gens ont eu très peur et ont échappé à la catastrophe. Mais certains ont connu une succession de traumatismes. Dans le Blayais, il y a en qui ont gelé en 2016 et 2017, qui ont eu de la grêle en 2018 et viennent d'être gelés. Ils ne sont pas légion, mais c’est à eux que l’on pense » souligne le viticulteur bordelais.

12 000 ha à Cognac

À Cognac, les premiers chiffres annoncés à 5-8 % de surfaces touchées seraient sous-estimés. Vu l’ampleur de la gelée du lundi 6 mai, les pertes de récolte dépasseraient les 10 %, et avoisineraient les 15 %. Le Bureau National Interprofessionnel du Cognac a publié ce 8 mai un communiqué chiffrant à 15 % du vignoble les dégâts des gelées des 5 et 6 mai Soit 12 000 hectares de vignes impactés. "Les fonds et bas de parcelles sont globalement les plus touchés" précise l'interprofession, soulignant qu'une centaine de communes a été touchée. « Des dégâts conséquents sont rapportés sur Fins Bois (de Cognac à Matha), en Petite Champagne, en Grande Champagne, en Borderies… Et sur des secteurs déjà touchés par la grêle, comme Baignes-Sainte-Radegonde et Montendre » liste Bastien Brusaferro*, le responsable d’affaires publiques de l’Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC cognac (UGVC). « Je ne distingue plus les dégâts de grêle de ceux du gel… J’ai 80 à 95 % de dégâts sur 15 hectares » témoigne Jean-Christophe Baraud, viticulteur à Montendre, grêlé mi-avril.

Si les installations de brasero et même d’hélicoptères ont permis de protéger les vignobles exposés, ceux n’ayant pas réalisé ces investissements le regrettent désormais. « J’ai 20 à 25 hectares gelés à 50 %. C’est encore beaucoup, et ça retombe toujours sur les mêmes vignes, qui commencent à avoir des problèmes de santé » soupire Didier Bureau, le président de la nouvelle association Charentes Anti Gel (80 ha en Borderies et Fins Bois). Touché lundi, il va remettre à plat les devis pour installer une tour antigel sur une parcelle de 15 ha : « ça devient trop récurrent » lâche-t-il.

Le reste du Sud-Ouest n’est pas épargné

Encore peu lisibles, les dégâts gélifs dans le vignoble du Sud-Ouest semblent très hétérogènes. Si le Gers aurait été globalement épargné d'après les premiers retours (à part quelques bas-fonds), la gelée la plus violente aurait eu lieu à Cahors. « La grosse vague de froid de lundi matin va avoir un impact significatif. On trouve des parcelles touchées un peu partout. Ça va peser… » avance Maurin Bérenger, le président du Syndicat de Défense de l'AOC Cahors. N’ayant pas de chiffres à communiquer, il compte lancer la réflexion sur la protection des parcelles contre le gel, peu de dispositifs étant mis en place dans un vignoble cadurcien très morcelé.

Également gelé ce 6 mai, le vignoble de Fronton l’aurait été avec moins d’ampleur. « Nous avons été touchés hier, de manière assez aléatoire. Cela concerne surtout les vignes en Tarn-et-Garonne » estime Benjamin Piccoli, le directeur du syndicat des vignerons de Fronton. Qui ajoute que globalement « ce sera moins catastrophique que 2017, mais il y aura des impacts localisés pour certains chais particuliers ». Des dégâts ponctuels ont également été constatés dans les Landes, le Tarn et le Pays Basque (à Irouléguy). « Les dégâts sont difficiles à estimer, car certains bourgeons semblentpartiellement impactés. Il faut attendre de regarder leur évolution d’ici les quinze prochains jours pour estimer le réel impact de ces gelées » avance le dernier Bulletin de Santé du Végétal du Sud Aquitaine.

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