LE FIL

Cognac

Son finish en fût à whisky le prive d’AOC, mais pas de volonté d'expérimenter

Mardi 07 mai 2019 par Alexandre Abellan

Familiaux, les cognacs Drouet possèdent 40 hectares de vigne, pour une production vendue à la propriété et au négoce.
Familiaux, les cognacs Drouet possèdent 40 hectares de vigne, pour une production vendue à la propriété et au négoce. - crédit photo : Cognac Drouet
Affirmant sa liberté d’expérimenter, à la marge de l’appellation charentaise, Patrick Drouet joue autant les trublions que les défricheurs de nouvelles consommations.

Pour sa nouvelle cuvée d’eau-de-vie, le vigneron et distillateur Patrick Drouet se place clairement en dehors des canons charentais. Baptisé Poc’han, macareux moine en langue bretonne, son spiritueux ne joue pas l’ancrage local, conformément à son choix d’élevage iconoclaste. Après cinq ans en barriques de chêne français, 250 litres de Cognac ont été conservés pendant deux ans dans un fût ayant élevé un whisky breton (Armorik de la distillerie Warenghem).

600 cols

Avec 600 bouteilles produites, ce premier essai de finish ne peut bénéficier de l’AOC Cognac, l’eau-de-vie charentaise ne pouvant être élevé que sous un bois n’ayant vu que du vin et de l’eau-de-vie de vin. Un règlement que connaît bien Patrick Drouet, l’expérimentateur produisant des cognacs finis dans des barriques ayant contenu du Pacherenc-du-Vic-Bihl, du Sauternes, du Maury, du Muscat de Rivesaltes…

« Il faut faire attention à la réglementation pour être dans les clous, mais il faut aussi se faire plaisir ! » explique-t-il, disant s’amuser à empiéter sur le terrain des whiskies, « qui ont toujours de plus grands linéaires que les cognacs. Il faut s’attaquer à la consommation en apéro. [Les finishings] originaux permettent de séduire des consommateurs qui deviennent curieux et viennent ensuite au Cognac. »

Blue swift

Vendue 79 €/col dès juin à la propriété et chez les cavistes, cette série limitée connaît déjà son petit succès commercial selon Patrick Drouet. Qui se place dans une catégorie de spiritueux ouverte par Martell en 2016, avec son Blue Swift : un cognac VSOP élevé en fût de bourbon, lui faisant perdre l’appellation. Si Martell souhaite à terme obtenir l’appellation pour ce finish, la porte est maintenue close avec fermeté par Hennessy. Le premier opérateur charentais jugeant que cette technique d’élevage affaiblirait l’image de marque du cognac, en le diluant avec des alcools moins prestigieux (cliquer ici pour en savoir plus).

« Je ne suis pas d’accord, il faut conserver un terrain de jeu pour séduire de nouveaux consommateurs » rétorque Patrick Drouet, qui se répète fier de sa gamme en Grande Champagne, mais reste enclin à l’expérimentation décomplexée pour convertir de nouveaux consommateurs au cognac.

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