LE FIL

Languedoc

L'irrigation au pixel près

Jeudi 02 mai 2019 par Michèle Trévoux

Christophe Derbez, de Netafim, et Bastien Lalauze, régisseur aux Domaines Paul Mas, devant la parcelle expérimentale.Christophe Derbez, de Netafim, et Bastien Lalauze, régisseur aux Domaines Paul Mas, devant la parcelle expérimentale. - crédit photo : Michèle Trévoux
Les domaines Paul Mas teste un système d’irrigation au goutte-à-goutte apportant plus ou moins d’eau, selon la vigueur, au sein d’une parcelle. Une première en France.

Moduler les apports en eau en fonction de la topographie et de la nature du sol, c’est le projet que nourrit Netafim avec son système VRDI (Variable Rate Drip Irrigation), qui a été testé en Israël et en Californie et qui le sera bientôt en Australie. En France, le premier site pilote vient d’être installé sur 2,2 ha de syrah, aux domaines Paul Mas, à Montagnac (Hérault).

Test dans un sol hétérogène

Comme souvent dans des parcelles de cette taille, la vigueur et le rendement n’y sont pas uniformes. « Cette parcelle a une partie basse en son centre qui, tous les ans, est plus productive que les pentes, et ce malgré l’irrigation. Le sol, lui aussi, est hétérogène. Nous avons ainsi repéré une poche où les rendements sont plus faibles », indique Bastien Lalauze, le régisseur du domaine.

Le VRDI vise à moduler les apports d’eau au sein de la parcelle. Le principe consiste à diviser le vignoble en carrés de 30 x 30 m – appelés pixels – qui peuvent être irrigués séparément. Chez Paul Mas, la vigne test compte 42 rangées de 210 m de long, avec un interrang de 2,50 m. Elle se subdivise donc en 21 pixels.

Observations précises

En début de rangée, sont installées des électrovannes, chacune commandant l’arrivée d’eau sur 30 m de tuyau pourvu de goutteurs tous les 50 cm. C’est ainsi que chaque pixel peut recevoir la quantité d’eau souhaitée.

Le système est radiopiloté à distance. Les messages envoyés depuis un ordinateur central commandent l’ouverture ou la fermeture des électrovannes. Un compteur d’eau, positionné en début de rang, permet de vérifier que l’apport correspond bien au programme défini, tout dysfonctionnement étant signalé par une alarme.

Les équipes israéliennes de Netafim développent le programme d’irrigation. « Ce sont des spécialistes de l’irrigation. Ils y travaillent depuis cinquante ans. Nous allons leur fournir toutes les données pour qu’ils puissent calculer les besoins des vignes dans chaque pixel : météo, photo satellite à différents stades végétatifs, potentiel hydrique foliaire de base, évapotranspiration... », explique le régisseur.

Le vignoble sera bien sûr observé de très près, avec un suivi de la maturité, une mesure des rendements et de la composition des jus, etc. Des prélèvements seront aussi réalisés sur cinq pieds de vigne dans chaque pixel. L’ensemble des résultats sera comparé à la parcelle témoin, irriguée classiquement, qui jouxte cette parcelle d’essai.

"La Rolls de l'irrigation"

« Cette installation vise d’abord à vérifier comment la vigne répond au VRDI, qui est la Rolls de l’irrigation. C’est un dispositif d’une précision extrême, qui sera sans doute simplifié. L’enjeu de cet essai est de développer un modèle d’irrigation de précision qu’il faudra ensuite adapter à la réalité du terrain », précise Christophe Derbez, directeur technique et marketing de Netafim France.

De leur côté, les domaines Paul Mas cherchent à développer leur savoir-faire. « C’est une technique que nous connaissons mal en France. Être en contact avec des pros de l’irrigation va nous permettre de progresser sur le sujet et d’être à la pointe de ce qui va se faire dans le futur. À cause du réchauffement climatique, la préservation de la ressource en eau va devenir une obligation. Avec le VRDI, nous nous y préparons », confie Bastien Lalauze.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé