LE FIL

Paraphe Parker

Vendredi 01 mars 2019 par Alexandre Abellan

Linguistiquement, il paraît que le vin se produit en français et se vend en anglais. On pourrait aller jusqu’à préciser qu’il se chiffre en américain. Si les États-Unis sont devenus le premier marché mondial de consommation, et attisent tous les appétits export, ils ont participé à la mondialisation du marché du vin avec un gourou dont la signature fait toujours référence : Robert Parker, le dégustateur ayant démocratisé les notes de dégustation sur 100 et ayant fondé la revue Wine Advocate en 1978.

Les oracles étaient pourtant nombreux à prédire la chute de l’influence du critique du Maryland, entre la cession de sa revue à des investisseurs asiatiques en 2012 (depuis rejoints par Michelin) et sa retraite progressive (il ne déguste plus les Côtes-du-Rhône depuis 2013, les Bordeaux en primeurs depuis 2014, les Bordeaux livrables depuis 2016…). Mais son statut de référence reste, si ce n’est absolu, du moins indépassable. Son nom étant devenu une marque de confiance, Robert Parker est la caution planant sur toutes les dégustations des équipes du Wine Advocate.

On voit toujours dans des marchés valorisés, comme Hong Kong ou Singapour, les notes siglées Robert Parker continuer à être affichées en magasins et servir de boussole à de nouveaux consommateurs fortunés, que cette note soit bien de Robert Parker ou non. Dans d’autres marchés, comme les États-Unis, les notes sur 100 ne sont plus affichées dans les rayons, mais elles servent de filtre qualitatif aux acheteurs en amont.

Aussi voué aux gémonies, pour son goût et son influence internationale, que porté aux nues, pour sa mémoire et ses talents de dégustateur, le critique Robert Parker conserve sa position de leader d’opinion. Le paraphe Parker ayant la teneur d’un classement subjectif. On pourra regretter que la complexité et l’histoire d’un vin soient résumées à de simples chiffres, ou se réjouir que Robert Parker continue de convertir de nouveaux consommateurs à la culture du vin.

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DELEZINIER Le 01 mars 2019 à 15:36:09
Robert Parker, comme vous le signaler pertinamment dans votre article, est un dégustateur hors pairs mais ses goûts n'ont jamais été les miens et je constate que depuis qu'il s'est retiré des primeurs à Bordeaux, les vins n'ont jamais été aussi bons. Plus digestes, plus sapides, plus complexes et enfin plus rafraîchissants. Cette dernière notion pourtant élémentaire pour une boisson,était totalement oubliée par un grand nombre de vignerons bordelais opportunistes et attiré par un marché que leur a permis de développer considérablement le "gourou" Parker. Le Bordeaux bashing n'est autre que l'expression du rejet de vins uni- dimentionnels où la notion de terroir avait un peu disparu du côté de la Gironde. De plus, les prix ayant flambés grâce a ces critiques, les amateurs se sont peu a peu détournés de l'appellation pour découvrir de merveilleux vins de terroirs français. Aujourd'hui Robert Parker ne publie plus personnellement ses dégustations et cela me semble bien pour le consommateur français, et son portefeuille. Un Bordelais enfin soulagé !
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