LE FIL

Millésime Bio

Baisse de l’offre, même pas peur !

Mardi 29 janvier 2019 par Marion Sepeau Ivaldi

Le salon Millésime Bio 2019 accueillent 1200 exposants et espère dépasser les 6000 visiteurs.
Le salon Millésime Bio 2019 accueillent 1200 exposants et espère dépasser les 6000 visiteurs. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
La 26ème édition de Millésime Bio a ouvert ses portes ce 28 janvier dans une sérénité assurée par une demande toujours croissante, alors que les volumes ne sont pas toujours au rendez-vous après un millésime 2017 et 2018 difficile sur le plan météorologique et sanitaire.

Gel 2017, mildiou 2018, sécheresse, parfois grêle… les évènements climatiques n’ont pas manqué d’affecter les millésimes 2017 et 2018, conduisant parfois à des pertes d’une ampleur non négligeable pour la viticulture bio. Dans les allées, certains visiteurs, notamment des cavistes, s’inquiètent pour leurs approvisionnements. Les domaines ne peuvent pas toujours répondre à leurs demandes. Ils cherchent des vins.

Côté exposants, l’heure n’est cependant pas à l’affolement. Il y a du vin à vendre et chacun a sa recette pour atténuer la baisse des volumes. Pour certains, si une cuvée est en rupture de stock, il y en a d’autres à proposer aux acheteurs. C’est ainsi le cas du Clos des Saumares, en Côtes-du-Rhône Village. La cuvée, Les Sarments d’Hippocrates, a déjà connu une rupture de stock en décembre 2017 et il ne reste plus que quelques palettes cette année. Mais, le domaine profite pour faire découvrir ses cuvées en appellation Côtes du Rhône Gadagne, peu connue du public.

Supprimer une référence

D’autres choisissent de ne pas produire certaines cuvées. Au Château Grand Renard (Blaye, Côtes de Bordeaux, 26 hectares), les ennuis se sont enchaînés. Gel en 2017, grêle en 2018, mildiou puis stress hydrique sévère la même année. La propriété fait face aux caprices du climat. « Depuis que nous sommes en bio (en 1987), nous avons toujours fait le rendement de l’appellation voire davantage. Mais cette année, nous avons un rendement moyen de 42 hl/ha. C’est du jamais vu depuis 20 ans ! » constate Francis Joubert, qui gère le domaine avec sa femme et son fils Sylvain. Du coup, le vigneron a dû faire des choix et renoncer à certaines de ses références. « Nous produisons 1000 hl en bib. Nous n’avons pas conditionné de blancs en bib » explique-t-il. Renoncer à certaines cuvées, c’est aussi ce à quoi doit s’oblige Jan Matthias Klein, du domaine Weingut Staffelter Hof. Cet allemand installé en Moselle vient d’enchaîner deux années de stress hydrique qui a diminué ses volumes. Un évènement qui vient contrarier le lancement de sa cuvée Mad Cap Magnus. Créée en 2016, il n’a tout simplement pas pu la produire en 2017 et en faible volume en 2018. « Et pourtant, elle connaît un vrai succès » regrette-t-il.

Jouer sur les rotations produit

En Corse, le domaine Signadore a dû, lui aussi, affronter les assauts du mildiou. Après un stress hydrique important en 2017, 2018 a ainsi été marquée par la maladie. Du coup, son offre est moins importante que ce que lui réclame sa clientèle. Pour faire face, Christophe Ferrandis joue sur les rotations. « Ma gamme est constituée de six vins et pour chacun d’eux, j’ai quatre à six mois de stocks. Je fais donc un roulement sur l’année » explique-t-il, non sans reconnaître que la situation est assez inconfortable. Le risque de perdre des marchés est une inquiétude bien présente. « Mais, ce n’est pas pour autant que je renonce à Millésime Bio. Il faut être présent sur le salon pour ne pas se faire oublier » assure-t-il.

En profiter pour choisir ses clients

Mais la baisse de l’offre n’est pas forcément un frein. Certains y voient aussi une opportunité commerciale et même la possibilité d'exercer le choix du roi, c’est-à-dire sélectionner ses clients. « L’accroissement de la demande permet de mieux choisir les distributeurs et de se passer du commerce d’opportunisme » confie un domaine en Saint-Emilion Grand Crus. C’est aussi un moyen de diversifier sa clientèle en segmentant davantage les volumes vendus, sous prétexte de la rareté de l’offre.

Par ailleurs, certaines ruptures de stock n’ont néanmoins rien à voir avec la météo, mais tout simplement à la hausse de la demande. En Alsace, le Domaine Neumeyer peine à répondre aux sollicitations sur ses pinots noirs. Depuis que la Bourgogne a multiplié ses prix par deux en cinq ans, les acheteurs viennent sourcer en Alsace, à la recherche de prix plus abordables. Du coup, cela fait trois ans que le domaine écoule toute sa production de pinot noir en six mois. « Mais sans que les prix augmentent » regrette Jérôme Neumeyer, qui attribue cette stabilité des prix à un manque de notoriété de l’Alsace.

Enfin, la météo n’a pas fait que des malheureux. A Chinon, le Château de Coulaine a renoué avec les volumes en 2018. Après deux années de gel en 2016 et 2017, c’est le soulagement. « Nous avons perdu 70 % de notre production deux années consécutives » explique Jean de Bonnaventure qui précise avoir fait appel aux stocks pour assurer la transition. La générosité de la vendange 2018 vient à point nommé pour prendre le relais !

 

 

 

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