LE FIL

Accords mets et vin

Intelligence artificielle et sommelier mis ex aequo

Vendredi 25 janvier 2019 par Pierrick Bourgault

La sommelière Paz Levinson et Antoine Gerbelle se sont confrontés au chatbot Matcha.La sommelière Paz Levinson et Antoine Gerbelle se sont confrontés au chatbot Matcha. - crédit photo : Pierrick Bourgault
Un tournoi inédit a opposé deux experts internationaux, la sommelière Paz Levinson et le critique Antoine Gerbelle, à Matcha, système modestement intitulé « technologies d’aide à la vente du vin ». Le résultat laisse songeur.

Paris, le 22 janvier à la Station F (Paris), haut-lieu des applis et start-ups. Les fondateurs de Matcha invitaient Paz Levinson, chef sommelière exécutive du Groupe Pic, arrivée quatrième au concours du Meilleur Sommelier du Monde 2016, et Antoine Gerbelle, ancien dégustateur de la Revue des vins de France, créateur de la webtv tellementsoif. Face à eux, Matcha, système expert sachant interpréter des questions écrites avec du texte et sa base de données de vins « dégustés algorythmiquement » aux caractéristiques référencées par curseur.

La première épreuve consistait à proposer le meilleur vin pour un plat classique, gastronomique ou « casse-tête » tant ses ingrédients rendent l’accord complexe. Seconde épreuve, répondre à des demandes telles « Je cherche une bouteille de vin blanc à ouvrir avec Madame pour nos dix ans de mariage. Nous apprécions les vins bio. Budget maxi 50 € ». La troisième : établir une carte pour un restaurant d’après un texte résumant personnalité, plats et localisation. Le jury composé du chef étoilé Alain Dufournier, du vigneron Clément Pinard et de Paolo Bouca Nova, directeur commercial du Repaire de Bacchus (fournissant la base de données de vins), note les réponses anonymisées des deux humains et du caviste virtuel.

Réponses honorables du chatbot

Verdict : dans les deux premières épreuves, l’humain bat le « chatbot », avec un léger avantage à Antoine Gerbelle. Les propositions de Matcha pour des plats complexes sont tout à fait honorables – sauf une, que le fondateur Thomas Dayras s’engage à corriger : « J’apprendrai à la machine que cet accord-là est bizarre, parce que je suis de votre avis ». Pour la troisième épreuve, le jury préfère la carte des vins composée en quelques secondes par Matcha à celle que Paz Levinson a pris une heure à élaborer. Résultat : ex-aequo.

Selon Alain Dufournier, « Matcha est performant ». Pour la quasi-totalité des situations, pour les accords ordinaires – viande, poisson, couscous...  – ses réponses sont pertinentes. Le caviste virtuel s’améliore au fil des versions pour mieux comprendre le langage écrit, voire oral, du consommateur, ses goûts,  la fourchette de prix, s’il apprécie l’acide, l’amer, le bio, telle ou telle région, le sans-sulfite... afin de proposer les vins les plus proches du catalogue ou de la boutique. Le choix d’un plat prestigieux appelle un cru d’une gamme supérieure. Thomas Dayras vise « les 160 000 restaurants de France dont peu ont un sommelier. » La carte des vins joue fortement sur la marge de l’établissement. Matcha sera bientôt chez Promocash, en ligne et au magasin.

Une petite révolution, qui se veut marquante comme le jugement de Paris qui opposait en 1976 les bouteilles de Californie aux grands crus de Bordeaux et de Bourgogne.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2019 - Tout droit réservé