LE FIL

Usage français et droit européen

Ouverture d’une concertation pour maintenir le repli des vins AOC

Vendredi 25 janvier 2019 par Alexandre Abellan

« Une interprétation des services du ministère de l'Agriculture et de l'INAO a conduit à remettre en cause [le repli des AOC], pourtant codifiée par la voie législative et encadrée par la voie réglementaire » alerte le sénateur Daniel Laurent dans sa question orale ce 22 janvier.« Une interprétation des services du ministère de l'Agriculture et de l'INAO a conduit à remettre en cause [le repli des AOC], pourtant codifiée par la voie législative et encadrée par la voie réglementaire » alerte le sénateur Daniel Laurent dans sa question orale ce 22 janvier. - crédit photo : Sénat
Demandant des adaptations pour être sécurisée dans le cadre européen, la pratique française de repli entre vins d’appellation va être mise en débat dans chaque bassin de production.

« C'est grâce à la concertation dans chaque région viticole et avec ce que la filière et les parlementaires feront remonter que nous pourrons argumenter à l'échelle européenne pour [sécuriser le repli entre appellations] » a posé Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, ce 22 janvier au palais du Luxembourg. Répondant à une interpellation du sénateur charentais Daniel Laurent, le président du groupe d'études vigne et vin du Sénat, le membre du gouvernement a aussi apaisé les inquiétudes de la filière vin. Qui craint une suppression de ce dispositif, suivant la lecture du droit européen réalisée par l'Institut National de l'Origine et de la Qualité (INAO).

Pyramide française

Interpellé dans le vignoble, Didier Guillaume a montré au Sénat sa connaissance du dossier et de ses enjeux européens. Rappelant que la revendication d’une appellation autre que celle initiale est une pratique ancienne dans le vignoble français, Didier Guillaume souligne que « cette pratique est liée au principe de hiérarchisation des appellations d'origine, qui […] s'emboîtent de manière pyramidale à partir d'une appellation régionale socle […]. Dans cette optique, le vin élaboré selon le cahier des charges d'une appellation hiérarchiquement supérieure répondrait de facto aux exigences de l'appellation régionale, dont les conditions de production sont moins contraignantes. »

Mais, « la réglementation européenne entrée en vigueur en 2009 ne prévoit ni la hiérarchisation des appellations ni le repli » poursuit Didier Guillaume, ce qui signifie qu’« un cahier des charges est attaché à chaque appellation et les opérateurs doivent respecter l'intégralité des conditions prescrites ». Pour le repli des AOC ne soit pas remis en cause par ce cadre, le ministère de l’Agriculture va donc organiser avec l’INAO une concertation dans les bassins viticoles. Seront débattues l'adaptation des cahiers des charges des appellations concernées par le repli et la mise à profit de la réforme européenne de l'Organisation Commune du Marché vitivinicole (OCM vin).

"Levier de construction des marques"

Devant commencer dans les prochaines semaines, « cette concertation est utile, et elle doit être rapide, efficace et concrète » note le sénateur Daniel Laurent. Rappelant que 200 000 hectolitres de vins d’appellation sont repliés annuellement, le parlementaire souligne que « le repli entre appellations est une stratégie qualitative déterminante pour le renforcement qualitatif des produits […]. Il constitue donc un levier essentiel dans la construction de ces marques, qui participent à la structuration de l'offre, en particulier à l’international. »
 

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VignerondeRions Le 25 janvier 2019 à 23:15:55
Pour Craoux, Ne vous déplaise ce n'est pas une duperie, certaine marque en AOC A achètent des AOC A+ à leur prix (voir même au dessus) pour améliorer la qualité de leur marque vendu en AOC A. Mon voisin a fournis un célèbre berger pendant presque toute sa carrière, le vendeur et l'acheteur semblant y trouver leur petit. Puisque vous souhaitiez une explication je vous la donne. A votre tour de nous expliquer pourquoi ce serai une abomination
craoux Le 25 janvier 2019 à 10:20:07
Par son propos que vous rapportez dans l'article .. je le cite « le repli entre appellations est une stratégie qualitative déterminante pour le renforcement qualitatif des produits […]. Il constitue donc un levier essentiel dans la construction de ces marques, qui participent à la structuration de l'offre, en particulier à l’international .» ... le Sénateur Daniel Laurent exprime précisément, à mon sens, toute l'hypocrisie qui entoure cette pratique du repli. Le repli n'est pas une pratique "positive", elle s'impose économiquement par défaut. Qu'on ne me soutienne pas qu'un producteur serait assez couillon pour viser l'AOP A ++ (et la revendiquer) pour se satisfaire de trouver un marché dans l'AOP de repli A +. Le repli n'est conçu que comme une opportunité "déversoir", pour des lots dont la seule vertu sera d'avoir obtenu le "papier sésame AOP A ++ " par la seule magie d'un contrôle interne non exigeant, et dont seul le négoce profitera (assemblage - valorisation au négoce). Un point c'est tout. J'aimerais bien que nous soit expliquée la "stratégie qualitative" dans cette duperie qu'est le repli !
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