LE FIL

Pour un jeune vigneron

Monbazillac a plus d'avenir que Bergerac

Lundi 28 janvier 2019 par Colette Goinère

Patrick Chabrol va prendre sa retraite en 2020, cédant totalement son exploitation à son repreneur, Kevin Jarzaguet.Patrick Chabrol va prendre sa retraite en 2020, cédant totalement son exploitation à son repreneur, Kevin Jarzaguet. - crédit photo : Office de Tourisme de Bergerac
Reprenant le château de Malfourat en Dordogne, Kevin Jarzaguet, 27 ans, regorge de projets et mise sur l’AOC Monbazillac sur le conseil du précédent propriétaire.

Patrick Chabrol, 60 ans, le répète : « Mes enfants n’étaient pas intéressés pour reprendre. J’étais prêt à tout stopper » confie-t-il. Sauf qu’en 2016, on lui présente un repreneur potentiel, Kevin Jarzaguet, 24 ans. Ce dernier n’a pas un kopeck devant lui, mais de l’énergie à revendre. Pas une ombre d’hésitation pour Patrick Chabrol : « je me suis retrouvé en  lui. Il a la passion de la vigne, veut faire son vin, le commercialiser par lui-même et porter haut le nom de la propriété. Nous avons la même philosophie ». La détermination du jeune homme plaide en sa faveur.

Kevin issu d’une famille de fonctionnaires s‘ennuie à l’école. A la faveur d’un stage chez un viticulteur, il acquiert une certitude : un jour il sera à la tête d’un vignoble.  Alors, il décroche un BEPA, puis un BTS viticulture œnologie, une licence Vinovation et mondialisation. Vite, il veut être sur le terrain et se fait embaucher dans une exploitation de Monbazillac. Puis c’est la rencontre avec Patrick Chabrol qui lui donne sa chance. Kevin intègre la propriété en tant que stagiaire à l’automne 2016 au travers d’un contrat de parrainage qui lie le cédant au futur repreneur avec le soutien de la Chambre d’Agriculture et le centre de formation pour adultes de la Dordogne.

"Si la propriété ne produisait que du Bergerac..."

Pendant un an, Kevin apprend les rouages de la propriété, découvre sa viabilité économique et monte un dossier d’installation en tant que jeune agriculteur. La banque ne rechigne pas.  Sur les 33 ha de la propriété, 22 ha sont dédiés au Monbazillac, 4, 5 ha au Pecharmant et  7 ha seulement en AOC  Bergerac. « Si la propriété ne produisait que du Bergerac, j’aurais dissuadé Kevin de reprendre. On ne peut plus miser sur cette AOC qui ne fait pas rêver. Les consommateurs préfèrent se tourner vers des Bordeaux ou des Côtes-du-Rhône » estime Patrick Chabrol.

En mars 2018, Kevin obtient un prêt de 200 000 € pour le rachat de  25% des parts sociales de l’EARL. Il devient co-gérant. Quelques mois plus tard, Kévin signe un fermage pour 11 ha en Monbazillac. Il se retrouve à la tête de 44 ha aux cotés de Patrick chabrol. Ce dernier va rester dans le château et l’accompagner jusqu’ en décembre 2020, date à laquelle il partira en retraite. Si tout va bien, Kevin rachètera peu à peu toutes les parts. En attendant, le jeune cogérant enchaine les chantiers : la propriété n’écoule que 40 000 bouteilles, la majorité de la production est vendue en vrac. Une tendance que Kevin veut inverser.

GD et CHR

Pour y arriver, il compte se tourner vers la grande distribution. 25 000 cols en monbazillac et Pecharmant sont en train d’être négociés avec des centrales d’achat par le biais d’un courtier. De même il veut booster les ventes en CHR. Une tournée régulière auprès des cavistes est programmée dans le sud-ouest de la France. Pour attirer plus de particuliers au château, l’oenotourisme est dans les tuyaux, avec notamment la réfection d’une salle de dégustation. La refonte des étiquettes des bouteilles a été lancée, avec un graphisme et une écriture  plus modernes.  En termes de visibilité, Kevin parie sur les réseaux sociaux et sur un site web qui va être opérationnel en avril prochain.  

Dans le bergeracois, on regarde la trajectoire du jeune homme en étant admiratif ou circonspect, c’est selon : « il y a des vignerons  qui me disent que je suis fou et qui attendant que je me plante » observe-t-il. Pas de quoi l’émouvoir. Lui trace sa route. « À terme, je sortirai de l‘AOC Bergerac pour aller vers l’IGP Périgord. Je ne me reconnais pas dans cette AOC qui est vieillissante  » .Et de lâcher : « je n’y crois plus ».

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