LE FIL

Phyto cancérigène

Plus de 100 000 travailleurs viticoles exposés à l’arsénite de sodium

Mardi 22 janvier 2019 par Alexandre Abellan

 Les cancers suivants peuvent être reconnus en tant que maladie professionnelle jusqu’à 40 ans après la fin d’exposition et sous réserve que cette exposition ait duré plusieurs années : carcinomes cutanés baso-cellulaires ou spinocellulaires ; cancer bronchique primitif ; cancer des voies urinaires ; adénocarcinome hépatocellulaire ; angiosarcome du foie » liste Santé Publique France. Les cancers suivants peuvent être reconnus en tant que maladie professionnelle jusqu’à 40 ans après la fin d’exposition et sous réserve que cette exposition ait duré plusieurs années : carcinomes cutanés baso-cellulaires ou spinocellulaires ; cancer bronchique primitif ; cancer des voies urinaires ; adénocarcinome hépatocellulaire ; angiosarcome du foie » liste Santé Publique France. - crédit photo : Ameli
Pour la première fois, une étude française chiffre l’ampleur de l’exposition professionnelle à ce produit hautement toxique. Dont les effets peuvent survenir jusqu’à 40 ans après la première utilisation.

La population de travailleurs exposée à des « pesticides arsenicaux pour le traitement de la vigne » s'élève a minima à 101 359 personnes en 1979 et 61 376 individus en l'an 2000 selon une récente étude de Santé Publique France. L’agence nationale de santé publique a estimé rétroactivement l’exposition parmi les exploitants, leurs salariés permanents et la main d’œuvre familiale. Sans réussir à quantifier l’exposition auprès des travailleurs saisonniers et des prestataires de service. Même sous-estimée, cette évaluation statistique donne l’ampleur de l’exposition à l’arsénite de sodium dans le vignoble français. Après l’interdiction française de 1973 des dérivés minéraux de l’arsenic, classés cancérogènes certains, seul l’arsénite de sodium a été prolongé jusqu’en 2001, pour la seule lutte contre les maladies du bois de la vigne.

Calculées par Santé Publique France, ces estimations recoupent l’exposition aux pesticides arsenicaux dans un domaine viticole (fluctuant entre 20 et 35 %), les chiffres des recensements agricoles décennaux (de 1979, 1988 et 2000) et les quantités moyennes d’arsenic utilisées par exploitation (15 kilos d’arsenic en 1979, 18,4 kg en 1988 et 26,8 kg en 2000*).

72 cas de maladie professionnelle

Liée à un tableau de maladies professionnelles du régime agricole (le numéro 10), l’exposition aux dérivés arsenicaux peut « provoquer des cancers variés (poumons, vessie, peau) avec un temps de latence entre l’exposition et la survenue de la maladie souvent très long (en moyenne 20 à 40 ans) » souligne Santé Publique France. Qui rappelle qu’en 25 ans (de 1991 à 2015), 72 maladies professionnelles ont été liées à une exposition à l’arsénite de sodium. Mais au-delà des chiffres, cette étude se veut une alerte concrète pour prévenir toute maladie en lien avec ces expositions viticoles.

« L’arsenic étant classé au niveau européen comme cancérogène de catégorie 1, les travailleurs de la vigne ayant été exposés aux dérivés arsenicaux doivent bénéficier d'une surveillance médicale renforcée dont le but est notamment de détecter précocement l’éventuelle survenue d’une maladie pouvant être induite par leur exposition professionnelle » précise Santé Publique France (qui précise que cette surveillance est spécifique aux personnes actives, mais qu’au moment de la retraite, « le médecin du travail a la faculté de mettre en place une surveillance post-professionnelle en lien avec le médecin traitant »).

"Suivi individuel renforcé"

Considéré comme un pesticide prioritaire par Santé publique France, l’arsénite de sodium continue de faire planer un lourd voile sur la santé des travailleurs actifs et retraités du vignoble. Transmise aux autorités compétentes, l’étude sanitaire doit être utilisée par la Caisse Centrale de la Mutualité Sociale Agricole (CCMSA) pour « organiser le suivi individuel renforcé pour les assurés encore en activité et délivrer une attestation de suivi post-exposition et post-professionnel pour tous ceux en cessation d’activité ».

 

* : « L’augmentation de ces quantités n’est pas due à une augmentation de la dose par hectare mais à une surface moyenne de vigne par exploitation qui augmente : 4,2 ha en 1979, 5,3 ha en 1988 et 7,6 ha en 2000 » précise Santé Publique France.

Précédente estimation

Réalisée dans le cadre du programme Matphyto (matrices cultures-expositions aux produits phytosanitaires), cette estimation de Santé Publique France multiplie par deux les résultats de la seule étude précédente sur l’exposition viticole à ces phytos (datant de 1999, elle estimait que 25 920 travailleurs français avaient été exposés à l’arsenic entre 1990 et 1993, d’après des extrapolations).

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