LE FIL

Pépins et amphores

L'archéologie réécrit l'histoire de la vigne en France

Samedi 02 février 2019 par Juliette Cassagnes

Matthieu Poux est enseignant-chercheur en archéologie à l'université Lyon II. Il est spécialisé dans l'époque de la Gaule romaine et préromaine et dans la viticulture et le commerce du vinMatthieu Poux est enseignant-chercheur en archéologie à l'université Lyon II. Il est spécialisé dans l'époque de la Gaule romaine et préromaine et dans la viticulture et le commerce du vin - crédit photo : J Cassagnes
Grâce aux récentes découvertes, les chercheurs en archéologie permettent de faire progresser les connaissances historiques sur la production de vigne et de vin en France.

Ces quinze dernières années, les archéologues ont multiplié les découvertes de traces de production de vignes et de vin en France, qui remonteraient pour les plus anciennes au cinquième siècle avant notre ére, à Massilia (Marseille). C'est aussi à partir de cette époque que la consommation de vin s'est propagée un peu partout sur le territoire. Les preuves sont nombreuses : une quantité importante de morceaux d'amphores ont ainsi été mises à jour ces dernières années, sur de nombreux sites. C'est par exemple le cas en basse et moyenne vallée-du-Rhône, traduisant un essor important du commerce du vin à cette époque.

Outre des débris d'amphores, ces découvertes peuvent aussi prendre la forme de pressoirs, de contre-poids de pressoirs en pierre, d'outils, comme des serpettes, ou encore de traces anciennes d'implantation de vignes. Un domaine viticole antique a été par exemple découvert en 2009 à Saint-Laurent d'Agny, près de Lyon, datant de -40 avant notre ère. Des sortes de tranchées correspondant à des plantations de vigne conduites en pergola haute y ont été mises à jour, ainsi qu'un pressoir.

D'autres découvertes de ce type ont aussi eu lieu à Lentilly (Rhône), Piriac sur Mer (Normandie) ou encore Gevrey-Chambertin (Côte d'Or). « Les découvertes vont être amenées à se multiplier dans les années à venir », prévoit Matthieu Poux, professeur d'archéologie à l'université Lyon II.

L'analyse de pépins de raisins millénaires

Les chercheurs utilisent également les débris de végétaux, comme les pédicelles ou les nombreux pépins retrouvés dans les sols ou au fond de puits (voir encadré), pour dater la présence de la vigne. C'est ainsi qu'ils ont pu retrouver la présence de vigne cultivée très tôt en Europe, dans le nord de l'Italie et en Sardaigne, dès -1 400 av. JC. « Contrairement à ce que l'on peut croire, l'idée que la vigne cultivée a été introduite en Occident lors de la colonisation grecque est donc désormais dépassée », a t'il expliqué. Et il est donc également possible que des vignes aient été installées en France dès cette époque, des « indices » le suggérant. Mais les découvertes « restent à consolider ». En attendant, c'est à Saint-Jean du Désert, à Marseille, que l'on peut trouver les traces les plus anciennes, du 4-5ème siècle avant JC, d'un vignoble cultivé en France ; cette découverte a été faite dans les années 1990.

Au départ présente sous forme de vigne sauvage - les plus anciennes retrouvées remontent au mésolithique (entre -10 000 et -6 000 av. JC) - la plante a été peu à peu « domestiquée ». Les premières preuves de présence de vignes cultivées dans le monde datent d'environ -5 000 avant JC ; elles ont été mises à jour il y à peu, en 2017, en Europe centrale, en Géorgie. « Mais on ne sait pas encore si ces premières vignes cultivées l'ont été à partir de la vigne sauvage, a indiqué Laurent Bouby, chercheur en archéobotanique. Il nous manque des jalons ». Ce que l'on sait en revanche, grâce à la morphométrie, c'est que la domestication de la vigne s'est accélérée à partir de cette période-là.

Ces propos ont été recueillis lors d'un symposium sur la Syrah organisé par le syndicat des vignerons de Côte-Rôtie le jeudi 17 janvier 2019, à l'occasion du salon des vins d'Ampuis.

La morphométrie et l'ADN des pépins, deux techniques pour dater la domestication de la vigne et étudier les variétés antiques

-La morphométrie est une technique qui consiste à analyser les contours des pépins de raisins afin de dater la période de domestication de la vigne. Les vignes cultivées présentent des pépins de taille et forme différentes que ceux de la vigne sauvage : les premiers sont plus gros et allongés. Cette technique permet aussi de créer des groupes selon leur morphotype (cépages apparentés ou de région proches) ; cela a permis d'établir des liens de parentés entre les raisins cultivés à cette période en Languedoc et dans le Valais (Suisse)

-La paléogénomique : analyse de l'ADN ancien conservé dans les pépins archéologiques ; a par exemple permis de mettre en évidence une très grande diversité des variétés cultivées au sein d'un même vignoble, à l'époque romaine

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