LE FIL

Cépages résistants

Le Conseil d’État autorise l'étiquetage des vins de cabernet blanc et cortis

Jeudi 13 décembre 2018 par Alexandre Abellan

Rendue le 7 décembre dernier, la décision n° 411909 du Conseil d’État demande aux pouvoirs publics de verser 3 000 euros à Piwi France.Rendue le 7 décembre dernier, la décision n° 411909 du Conseil d’État demande aux pouvoirs publics de verser 3 000 euros à Piwi France. - crédit photo : Conseil d'État
La plus haute juridiction administrative vient de retoquer l’arrêté ministériel interdisant l’étiquetage de ces deux variétés germaniques. Sa décision ouvre la possibilité de commercialiser des vins de cépages résistants dont les noms font référence aux variétés mondialement connues.

Plus qu'un baptême, il s’agit d’une bénédiction. « Pour excès de pouvoir », le Conseil d’État vient d’annuler ce 7 décembre l’interdiction d’étiquetage des cépages résistants cabernet blanc et cabernet cortis fixée par l’arrêté ministériel du 19 avril 2017 (inscrivant au classement 12 variétés de vigne à raisins de cuve). Lancée l’an dernier par l’association française de promotion des cépages résistants (Piwi France), cette procédure administrative vient d’autoriser les vins issus de ces nouvelles variétés à afficher leurs noms sur leur communication. Cette décision invalide également l’argumentaire réglementaire sous-tendant les précautions françaises vis-à-vis de la dénomination des cépages résistants aux maladies cryptogamiques (mildiou et oïdium) qui revendiquent l’un de leurs illustres parents (ici, le cabernet sauvignon).

Si ce débat n’a pas eu lieu dans les pays d’obtention de ces deux variétés*, d’éminents ampélographes français estiment que relier, par leur nom, des hybrides à des cépages internationaux risquerait de créer une confusion, voire une tromperie, des consommateurs. Une grille lecture déconnectée des réalités du marché et de la compétition internationale selon de nombreux représentants de la filière, qui souhaitent inscrire les nouveaux cépages résistants dans l’héritage gustatif des variétés les plus connues (comme Jacques Gravegeal, le président de l’interprofession des vins IGP Pays d’Oc).
 

"Suppression des restrictions"

Mais la décision du Conseil d’État ne devrait pas clôturer le débat sur la dénomination des cépages résistants. « Les juges ne disent pas que l’on peut prendre le nom de famille de papa ou maman pour nommer un nouveau cépage. La décision estime seulement que le ministère de l’Agriculture n’est pas fondée à prendre cette décision selon les textes européens » explique Vincent Pugibet, le président de Piwi France. Virulent face à tout ce qu’il considère être une dérive technocratique, le vigneron languedocien souligne que cette « suppression des restrictions d’étiquetage remet en question la légitimité des fonctionnaires de FranceAgriMer pesant sur les classements de cépages. Ils ont fait passer leurs idées avant les choix politiques du vignoble. » Vincent Pugibet en veut pour preuve l’arrêté de 2017, où sur les 25 cépages candidats poussés par la filière viticole, seuls 12 avaient été retenus, avec des restrictions.

Nouveau round prévu lors du prochain conseil spécialisé vin de FranceAgriMer, ce 19 décembre, où l’on trouve à l’ordre du jour « classement des variétés de vignes et simplifications de dénominations ». Le baptême tout juste autorisé, PiwiFrance est sur la défensive pour éviter de passer directement à l’extrême onction.


* : Le cabernet blanc est une variété suisse obtenue par Valentin Blattner et le cabernet cortis une variété allemande de l’université de Fribourg

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