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Italie

Une forte baisse des prix dénoncée par les organismes professionnels

Vendredi 23 novembre 2018 par Sharon Nagel

Dans la région de Vénétie, la production a augmenté de l'ordre de 20% cette annéeDans la région de Vénétie, la production a augmenté de l'ordre de 20% cette année - crédit photo : Sharon Nagel
Les vendanges en Italie ont duré plus longtemps cette année qu’en 2017, retardant le démarrage du marché. Qualité hétérogène et prix en baisse sont les points saillants de ce début de campagne.

Une qualité inégale selon les régions

Selon les sources, le volume de vin récolté en Italie cette année varie entre 49 et près de 56 millions d’hectolitres. « Je pense que le niveau réel se situe entre 50 et 54 millions d’hectolitres », estime Luigino Lazzaretto, du cabinet de courtage Intermediazioni Lazzaretto à Padoue. Sur le plan qualitatif, le courtier italien évoque un bon niveau moyen, « avec des différences selon les régions », notamment en Sicile, où les vins auraient moins de matière que les années précédentes. « La qualité de certains vins blancs de la Vénétie n’est pas très bonne non plus, en raison des volumes produits ». D’après le courtier international Ciatti, des volumes significatifs de moûts ont été utilisés pour augmenter le degré de certains vins italiens, degré en baisse de 10% en moyenne par rapport à l’année dernière. Une utilisation qui diminue d’autant les disponibilités en vins.

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Les prix au plus bas ?

La conjugaison de niveaux qualitatifs en baisse et de production en hausse a eu un impact certain sur le prix des vins cette année, et notamment sur celui des vins blancs génériques. « Le prix des blancs génériques a diminué de moitié par rapport à la dernière campagne », confirme Luigino Lazzaretto. Malgré cette chute des tarifs, les acheteurs ne se bousculent pas au portillon, persuadés que la tendance à la baisse va se poursuivre. « Les acheteurs prévoient des prix extrêmement bas cette année, mais ce n’est pas systématiquement le cas. Le prix des DOC et IGT n’a reculé que de 5 ou 10% par exemple, et je ne pense pas qu’ils reculeront encore. Les acheteurs s’imaginent qu’il se produit une régression significative sur tous les vins blancs, quelle que soit la catégorie, mais cela ne se confirme pas ». Son avis est partagé par Ciatti : « On a le sentiment que les prix ont atteint leur plus bas niveau sur bon nombre de vins de cépages et d’appellations ». Même pour les génériques en blancs, le courtier italien estime qu’à 30-31 cts le litre, ils ont touché le fond. « Les acheteurs étrangers attendent encore parce qu’ils prévoient une nouvelle diminution des prix, mais à mon avis ce ne sera pas le cas. Peut-être qu’ils arriveront à dénicher un bon lot isolé à quelques centimes de moins, mais la réduction ne sera pas énorme ».

 

Des indicateurs nationaux positifs

L’orientation des prix en Italie témoigne surtout de la confiance retrouvée des acheteurs quant aux disponibilités européennes, voire mondiales, dans leur globalité. En effet, les indicateurs italiens sont plutôt positifs. Suite à la faible récolte de 2017, le niveau des stocks n’est pas pesant, même si, pour Luigino Lazzaretto, il n’est pas toujours facile d’en avoir une vision très précise. « Certains bilans ne prennent en compte que les vins en vrac, d’autres les vins en bouteilles, alors que d’autres incluent les stocks au stade des clients. Néanmoins, il est certain que les stocks ne sont pas très élevés ». Par ailleurs, la consommation italienne s’est maintenue avec des achats en valeur en hausse de 4,5% pour les vins tranquilles et mousseux au premier semestre 2018 par rapport à la même période en 2017, selon la Coldiretti qui se base sur des données Ismea. En revanche, les exportations, tout en affichant une augmentation de 4,1% en valeur au premier semestre, ont régressé de 9,8% en volume, d’après les données publiées par la Rabobank. Ces données reflètent surtout la majoration des prix, notamment sur les segments d’entrée de gamme, note la banque, chiffrant les augmentations à 51% pour les vins en vrac, à 26% pour les vins conditionnés en formats de 2 à 10 litres et à 17% pour les vins de consommation courante. Ces évolutions ont entraîné une chute de 34% des expéditions de vins en vrac sur les six premiers mois de l’année.

 

Au coude à coude avec l’Espagne

Les régressions constatées sur les prix du millésime 2018 permettront sans aucun doute aux opérateurs italiens de retrouver leur compétitivité. « Je pense que cette année, l’Espagne et l’Italie sont quasiment sur un pied d’égalité en matière de tarifs donc nous serons probablement compétitifs dans certains pays comme l’Allemagne, tandis que l’Espagne le sera sur d’autres marchés, comme la France », prédit Luigino Lazzaretto. « Nous devrions donc pouvoir nous partager les marchés et ne pas revivre l’expérience d’il y a deux ans, par exemple, lorsque l’Espagne était plus compétitive que l’Italie. Rappelons, toutefois, qu’il n’y a pas que le prix qui compte. Il y a également la qualité des vins et les conditions de vente, par exemple ». Pour l’heure, les acheteurs attendent de voir venir, faisant leurs achats souvent au mois le mois. Pour le courtier italien, cette situation risque de perdurer. « Je pense que les acheteurs concluront davantage de contrats au début de 2019 mais qu’ils chercheront à répondre uniquement à leurs besoins les plus immédiats. Ils ne feront pas de gros achats, et continueront à réfléchir sur le court terme. Les acheteurs sont plutôt détendus cette année parce qu’ils ont le sentiment qu’il y a suffisamment de vins pour satisfaire les besoins de tout le monde ».

 

Forte demande sur certaines catégories

Toutes les catégories ne doivent pas être mises dans le même panier cependant, les quantités de certains vins étant par nature limitées. « Pour des catégories particulières comme des DOC ou des vins bios, je conseillerais aux acheteurs de réaliser leurs achats en début d’année parce qu’il y a une limite aux volumes que l’Italie peut produire. Même dans le cas d’une récolte abondante, les restrictions au niveau des rendements limitent les volumes de production ». Ciatti partage le même point de vue. « Les vins bios sont fortement demandés et se commercialisent à des prix supérieurs d’au moins 30% à ceux des vins conventionnels ». Pour ce qui est des vins de cépage, Lazzaretto observe que la demande la plus forte concerne le chardonnay et le sauvignon, sachant que les premiers échantillons en rouges n’ayant été rendu disponibles que début novembre, le marché n’est pas encore actif. Le chardonnay s’échange actuellement entre 65 cts et un euro le litre, et le sauvignon entre 90 cts et 1,50 euros. Parallèlement à cela, le marché des vins de base pour mousseux est qualifié par le courtier italien d’actif à des prix très variables. « Il est difficile de donner une fourchette pour les vins de base car les demandes des clients varient de manière sensible », ajoute-t-il. Le prix des génériques rouges, du fait d’une production certes en hausse par rapport à 2017 mais néanmoins moins abondante que celle des vins génériques blancs, tourne autour de 35 cts en entrée de gamme.

 

« Une logique spéculative »

Compte tenu d’une dynamique de consommation interne et d’un niveau de stocks plutôt faible, plusieurs organismes professionnels sont montés au créneau pour dénoncer les fourchettes de prix actuellement pratiqués. « Dans ce contexte, en tenant compte des stocks et de l’augmentation de la demande intérieure et extérieure, toutes les réductions de prix des vins en amont sont injustifiées », a martelé la Coldiretti. « Face à ces données, une réflexion sur l’évolution des prix est indispensable », a affirmé pour sa part Paolo Castelletti, secrétaire général de l’Unione italiana vini. « Aussi généreuse qu’ait été la récolte, nous dénonçons une baisse des prix des vins en amont absolument injustifiée et qui semble être le résultat d’une logique spéculative totalement dommageable pour le secteur ». Estimant que les stocks s’inscrivent en baisse de 10% par rapport à 2017, Paolo Castelletti considère que « la disponibilité globale du produit ne justifie pas la pression à la baisse sur les prix des vins que nous détectons sur les marchés ».

 

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