LE FIL

De la demande aux commandes

Les pépiniéristes face aux prémices d’un vignoble français de cépages résistants

Jeudi 08 novembre 2018 par Alexandre Abellan

Si les échantillons de vin de nouveaux cépages résistants sont particulièrement courus sur le salon Dionysud, les pieds disponibles le sont encore plus.Si les échantillons de vin de nouveaux cépages résistants sont particulièrement courus sur le salon Dionysud, les pieds disponibles le sont encore plus. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Après la pression mildiou du millésime 2018, la perspective de nouvelles vignes résistantes attise la curiosité auprès des fournisseurs dans les allées de Dionysud.

Les nouveaux cépages résistants étant dans la bouche de nombre de visiteurs, ils sont dans les oreilles de tous les pépiniéristes du salon Dionysud (6-8 novembre à Béziers). « On a des demandes croissantes depuis deux ans. Et l’intérêt a augmenté avec une année aussi difficile que 2018 » témoigne Éric Bourguet, le président des pépiniéristes viticoles d’Occitanie. Gérant les pépinières viticoles Bourguet, le fournisseur propose des commandes des cépages résistants au mildiou et à l’oïdium issus du programme Resdur de l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA). Soit l’Artaban, le Floréal, le Vidocq et Voltis, inscrits il y a un an au catalogue français. Vendues 2,10 euro le pied (+50 % par rapport à un cep traditionnel), ces variétés font office de première vague (la diffusion 2018 ayant été très limitée par l’Institut Français de la Vigne et du Vin).

Ces nouvelles vignes françaises se heurtent avant tout au manque de disponibilité. « Pour 2019, il va être quasiment impossible de trouver de ces greffons en France. Pour proposer des cépages résistants, il fallait se positionner tôt pour obtenir des obtentions de Fribourg comme le Muscaris ou le Souvignier gris* » confie un pépiniériste du Sud-Ouest. Tous les pépiniéristes du salon Dionysud n’ont pas un carnet de commande limité. La filiale française du groupe italien VCR affiche ainsi « 250 à 300 000 plants de Soreli* à vendre 2,5€/pied pour le marché français. On a les volumes pour 80 hectares de plantation » annonce Kevin Baralon, technico-commercial pour VCR France. L’ingénieur agronome rongeant son frein en espérant l’inscription temporaire d’autres obtentions italiennes.

Sélection & commercialisation

Même si le marché des nouveaux cépages résistants n’en est qu’à ses prémices, tout l’enjeu d’avenir est déjà de deviner les variétés qui sortiront du lot. « À notre niveau, on est certains que les cépages résistants vont venir durablement compléter le choix des Vitis vinifera » expose Laurent Hilaire, le chef de zone Grand Sud et Bourgogne pour les pépinières vendéennes Mercier. « Ce que l’on conseille aux clients, c’est de pouvoir attendre 2021-2022 pour choisir. Avec les obtentions du programme Resdur 2, on nous promets encore un nouveau bond » précise le pépiniériste.

Aussi logique qu’inévitable, le manque de recul face à ce nouveau matériel végétal pèse sur les choix. « Nous n’en sommes qu’au début des cépages résistants. Il ne faut pas atteler la charrue avant les bœufs » analyse Éric Bourguet. « Est-ce que les consommateurs vont aimer le goût et acheter ? Il faut que ça plaise… Ce qui fait peur, ce sont les débouchés » résume-t-il.

"Surtout des coopérateurs intéressés"

« La grosse question concerne la commercialisation de ces nouveaux produits » renchérit Hubert Cros, le responsable commercial des pépinières Daydé (Tarn). À l’étude, l’intégration de ces nouveaux cépages dans les cahiers des charges des vins à Indication Géographique Protégée (IGP) permettrait de débloquer les marchés estime le pépiniériste. Qui note que « ce sont surtout les coopérateurs qui sont les plus intéressés par ces cépages. Les caves particulières sont en prise plus directe avec les marchés, elles attendent que la demande se forme et osent peu initier l’offre. » Cette innovation variétale est davantage poussée par la base viticole que par le marché de consommation. Si le sujet est au cœur des conservations sur les salons techniques de fin d’année, il n’est pas encore à l’ordre du jour des salons de vente. Pour l’instant.

 

* : Comptant parmi les 12 cépages résistants inscrits au catalogue en avril 2017.

 

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