LE FIL

Garanti sans bashing

Le panégyrique critique dont les vins de Bordeaux ont besoin

Dimanche 28 octobre 2018 par Alexandre Abellan

« Derrière le [terme de château], on découvre deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, tout autant la splendide demeure d’époque avec tourelles, lambris et parquet Versailles que la masure dressée sur quatre murs menacés d’écroulement » estime Jean-Luc Schilling.« Derrière le [terme de château], on découvre deux mondes aux antipodes l’un de l’autre, tout autant la splendide demeure d’époque avec tourelles, lambris et parquet Versailles que la masure dressée sur quatre murs menacés d’écroulement » estime Jean-Luc Schilling. - crédit photo : Éditions Philippe Rey
Sur le ton du plaidoyer sans consession, Jean-Luc Schilling dresse les quatre vérités du vignoble et du négoce girondins dans un dictionnaire amoureux à mettre entre toutes les mains.

De la logique financière des primeurs (notamment sur les seconds vins des crus du Médoc) à la lenteur de la conversion d’une partie du vignoble aux blancs secs (en particulier dans l’Entre-deux-Mers et à Sauternes), Jean-Luc Schilling fait peu d’impasses sur les imperfections de la place de Bordeaux. Paru aux éditions Philippe Rey (368 pages, 20 euros), son Éloge immodéré du vin de Bordeaux porte pourtant bien son titre. « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur » affirme l'ouvrage, citant le monologue du Mariage de Figaro (Beaumarchais, 1876).

Fin connaisseur de l’histoire bordelaise, Jean-Luc Schilling rappelle toutes les bonnes fées, notamment anglaises, qui se sont penchées sur le vignoble girondin. Parvenant à lui donner une réputation mondiale qui virait à l’ambition de monopole sur les vins faits. Ce qui fut un temps le cas : « jusqu’au début des années 1980, tout était beaucoup plus simple. Le vignoble bordelais était le plus réputé et le meilleur » rapporte l’auteur. Même si l'orgueil est resté intact, les temps ont changé depuis. Avec l’émergence d’une offre internationale de vin de qualité, dont le jugement de Paris aura été le premier coup de semonce, ou affront, en 1976.

Deux mondes

« Depuis, le vent a tourné. Bordeaux va bien, Bordeaux va mal » résume Jean-Luc Schilling, qui distingue « d’un côté, l’opulence des grands domaines, parée d’architectures flamboyantes. De l’autre, les nouveaux damnés de la terre, qui guettent l’improbable acheteur ou la prime d’arrachage comme ultime planche de salut. Entre ces extrêmes, entre les riches et les pauvres, la frange des seigneurs et des débrouillards se fraie un espace au travers d’une concurrence aiguë. »

En dehors de Gironde, cette réalité contrastée est cependant méconnue. Comme le jugeait le critique Robert Parker dans le Wine Advocate, en juin 2015 : « Bordeaux souffre d’une réputation de cupidité et de prix élevés ». Une critique habituelle qui a connu son apogée il y a quelques années avec la mode du Bordeaux bashing. « Il est de bon ton, dans certains milieux mal informés ou malintentionnés, de dénigrer le vin de Bordeaux » souligne Jean-Luc Schilling. Pour qui « l’accusation frôle parfois la critique sociale contre Bordeaux, ses riches châtelains et ses arrogants domaines. [Alors que] la majorité des vignerons girondins affichent des tarifs raisonnables par rapport à ceux de leurs concurrents français et étrangers. »

"Moins de week-ends au bassin"

Plaidant pour un travail collectif de modernisation de l’image des vins de Bordeaux (« le malentendu [est] surmontable »), cet Éloge met surtout en avant la prise de risque en faisant le portrait d’anticonformistes (notamment Jean-Luc Thunevin à Saint-Émilion). Et prévient : « gare à se reposer sur ses lauriers. Attention au succès paresseux et au profit gourmand ! […] Maintenant il va falloir passer moins de week-ends au bassin d’Arcachon et se bouger un peu plus. » Que ce soit pour développer les 65 appellations de Gironde, ou partir à l’assaut des nouveaux vins à la mode : les effervescents et les rosés.

D’autant plus que « le goût du bordeaux offre un avantage de fraîcheur, de digestibilité et une envie d’y revenir, par contraste avec beaucoup de vins de chaleur qui ne résistent pas à l’épreuve du premier verre » souligne Jean-Luc Schilling.

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