LE FIL

Sébastien Bouvet-Labruyère

« La promesse d’Anagram : vendre du vin en vrac de façon loyale, rigoureuse et transparente »

Mercredi 19 septembre 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Sébastien Bouvet-Labruyère, président exécutif Anagram : 'La distribution française a besoin de gens comme nous, capables de respecter un cahier des charges, des normes alimentaires'.Sébastien Bouvet-Labruyère, président exécutif Anagram : 'La distribution française a besoin de gens comme nous, capables de respecter un cahier des charges, des normes alimentaires'. - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Le président exécutif d’Anagram s’exprime pour la première fois sur les ambitions de cette société qui fait renaître l'activité vrac de Raphaël Michel.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est Anagram ?

Anagram est le nouveau nom de Dolia, ex filiale de Raphaël Michel. Son nom a été choisi pour faire échos à son métier : celui de composer des vins, de les assembler comme on assemble des lettres identiques pour formuler des mots différents.

Techniquement, Raphaël Michel a apporté ses actifs et passifs à Dolia qui était l’une de ses filiales. Labruyère Développement et Industrie (LDI) est entrée au capital de Dolia à hauteur de 90 %, laissant 10 % à Raphaël Michel. Ces 10 % sont une assurance de solvabilité de Raphaël Michel en cas de condamnation judiciaire. La part permettra à l’entreprise de payer si elle devait s’acquitter d’amendes.

Par cette opération, LDI récupère donc une dette de 28 millions d’euros.

 

C’est une dette importante ! Pourquoi s’être lancé dans une aventure aussi périlleuse ?

Notre groupe est un groupe familial déjà présent dans le vin sur les marchés de la bouteille en Bourgogne, Champagne et bordelais. Avec Anagram, nous nous intéressons à un tout autre marché : celui du vrac. Je tiens à préciser que ces deux activités du groupe sont différenciées avec une direction séparée et différente.

Par ailleurs, nous sommes des entrepreneurs, nous avons le goût des défis !

 

Quand les créanciers seront-ils remboursés ?

Nous avons un premier groupe de créanciers qui sont les producteurs de raisins et de vins. Ces producteurs seront remboursés en 2 ans et demi. En échange, ils s’engagent à continuer à livrer à Anagram. Nous traitons leur situation au cas par cas. Certains n’avaient plus assez de trésorerie pour financer les vendanges. Nous leur avons fait des avances.

On a pu nous reprocher cette condition d’engagement à livrer en échange du remboursement. Certains ont dit qu’il s’agissait de chantage. Mais en fait, c’est plutôt affirmer que si les producteurs nous aident, il nous sera plus facile de gagner de l’argent et de les rembourser.

Notre objectif est de collecter cette année 250 000 hl dont environ 15 % d’achats de raisins (soit une part identique aux achats réalisés par Raphaël Michel).

Le second groupe de créanciers sont les banques. Avec les établissements bancaires, nous avons travaillé à un plan de refinancement d’une partie de la dette, l’autre sera remboursé sur cinq ans.

Enfin, le dernier groupe de créanciers sera remboursé sur huit ans.

 

Aujourd’hui, quelle est l’ambition commerciale d’Anagram ?

Nous avons posé un objectif : celui de traiter 400 000 hl d’ici trois ans (Raphaël Michel travaillait 450 000 hl). Notre second objectif est un positionnement très précis : faire du vrac premium. Ce seront des produits AOC génériques ou des crus issus de la Vallée du Rhône, de l’Arc méditerranéen et des vignobles du Sud-Ouest (via une filiale Claude Nicolas). Il y a un marché important pour ce type de produit ; notamment à destination de négociants en complément de gamme.  Le vrac premium est mieux valorisé et peu adressé. C’est aussi un marché où sont travaillés des volumes importants mais avec beaucoup moins de concurrence que sur le marché de la bouteille. Le métier de pinardier d’antant n’existe plus. Aujourd’hui, les vraqueurs doivent travailler une masse critique sur des profils de produits précis. Cela suppose d’avoir des capacités d’analyses et de sourcing adéquates.

Anagram a vocation à se développer fortement à l’international, c’est d’ailleurs pour cela que nous serons présents à Amsterdam lors de la prochaine World bulk wine exhibition. Chez Raphael Michel, l’internationalisation était récente et concernait principalement les marchés allemands et belges. Anagram a donc beaucoup à construire.

 

Le domaine chilien va-t-il jouer un rôle dans cette ambition internationale ?

Nous possédons un domaine de 30 hectares baptisé Casa Tipaume au Chili. Nous comptons dupliqué le modèle du site de Piolenc pour développer une activité de vrac sur les marchés américains et chiliens.

 

Quelles ambitions sur le marché français ?

Raphaël Michel travaillait principalement avec le négoce ou des embouteilleurs ayant des commandes précises de la grande distribution. Aujourd’hui, le principal enjeu d’Anagram est de rétablir la confiance. La promesse d’Anagram est de vendre du vrac de façon loyale, rigoureuse et transparente. Pour cela, nous recevons de nombreux clients sur le site de Piolenc pour montrer comment nous travaillons. Nous insistons sur l'installation d'une nouvelle direction. Nous souhaitons être connus comme un acteur qui offre un service à grande valeur ajoutée pour ses clients. La distribution française a besoin de gens comme nous, capables de respecter un cahier des charges, des normes alimentaires. Par ailleurs, nous couvrons un grand territoire de sourcing allant de la Vallée du Rhône au Languedoc.

 

Justement en matière de qualité des process, des rumeurs rapportent que le site de Piolenc n’est pas aux normes. Est-ce exact ?

Le site a reçu en juin 2018 les accréditions IFS et BRC. Nous veillons à travailler avec des processus de traçabilité rigoureux ainsi qu’un contrôle des matières premières.

 

Parmi les actifs, y avait-il des stocks ?

Oui. Nous détenons 80 000 hl de vins. C’est une petite aubaine dans un contexte où il y a peu de stocks. Nous commercialisons en priorité les blancs et rosés datant des millésimes 2016 et 2017. Pour les rouges, nous pouvons attendre.

 

Il se murmure aussi que des voitures de collection faisaient partie des actifs. Est-ce exact ?

Oui, nous allons les vendre.

 

 

 

 

 

 

 

Quelques chiffres

- En plus du site de Piolenc, Anagram c'est 2 domaines en côtes du rhône, 1 en vinsobres, 1 en côtes de provence, 1 dans le carcassonais, 1 au Chili et un site d'assemblage de vrac près de Toulouse (filiale Claude Nicolas)

- 30 salariés

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