LE FIL

Alsace

Davantage d’esca dans les sols légers

Mardi 18 septembre 2018 par Christelle Stef

Le manque de réserve favoriserait-il l’expression des maladies du bois ?
En Alsace, l’IFV mène une vaste étude statistique pour déterminer quels sont les facteurs qui favorisent les maladies du bois. Les premiers résultats confirment l'effet cépage. Ils montrent également qu'il y davantage de symptômes dans les sols légers, sujets au stress hydrique.
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Philippe Kuntzmann Le 11 novembre 2018 à 18:34:42
Maladies du bois : De quel effet cépage parle t-on ? Le sujet des maladies du bois me préoccupe depuis quelques temps déjà… J’ai commencé par faire mes premières notations d’esca et d’eutypiose au tout début des années 1990 dans une parcelle de cépage auxerrois du domaine familial. Avec environ 2 à 3 % de pieds exprimant des symptômes cette parcelle était déjà très touchée pour l’époque alors que le vignoble était dans l’ensemble indemne. Ensuite Ingénieur à l’ITV de Colmar j’ai pu enrichir mes connaissances à ce sujet en collaborant à diverses actions du projet maladies du bois et grâce au travail en réseau avec mes collègues et notamment à Philippe Larignon et à son expertise. En tant que responsable technique de VitiVina, la filière vigne du Comptoir agricole, je n’ai pas perdu de vue la thématique des maladies du bois. Depuis quelques années nous proposons des formations à la taille douce en collaboration avec Simonit et Sirch. Je suis aussi en première ligne pour évaluer l’intérêt des produits proposés aux viticulteurs dans la lutte contre le fléau des maladies du bois. Mais s’il est une chose dont j’ai assez rapidement acquis la certitude tout au long de ces années et au fil de ces différentes expériences, c’est que pour les maladies du bois plus que pour toute autre maladie, les facteurs environnementaux au sens large-sol et climat mais aussi pratiques viticoles- sont d’une importance cruciale, comme le soulignait déjà Madame Dubos. C’est pourquoi, conscient de l’enjeu, je n’ai pas hésité en 2008 à prendre en main l’observatoire régional des maladies du bois en Alsace, menacé d’abandon alors qu’il pouvait commencer à livrer ses premiers résultats. J’ai tout d’abord imaginé repartir de zéro à l’aide d’un questionnaire d’enquête assez simple puisque qualitatif, pour essayer de dégager les facteurs clés, en ciblant, par exemple, les 3 parcelles les moins atteintes d’une exploitation et les 3 parcelles les plus atteintes. Par la suite j’ai tout simplement appliqué cette enquête aux parcelles de l’observatoire des maladies du bois. Les résultats ont été publiés dans Vitis, revue scientifique à comité de lecture éditée par le JKI, l’équivalent de l’INRA en Allemagne. Comme vous l’écrivez dans votre article, nous avions montré l’effet cépage, mais aussi que les parcelles récoltées plus tardivement que les autres présentent plus de symptômes. Le problème de cet effet cépage, c’est qu’il n’est pas clairement établi qu’il soit lié à une caractéristique intrinsèque du cépage ou à une différence de pratiques, comme par exemple la date de récolte. Le cépage auxerrois qui présente la plus faible fréquence d’expression est par exemple toujours récolté pour élaborer des vins effervescents ou des vins tranquilles d’entrée de gamme, donc vendangé relativement tôt. Alors que le Gewurztraminer, le plus atteint, est vendangé plus tard, pour élaborer des vins tranquilles, le plus souvent riches et concentrés, et des vins liquoreux. Or la date de récolte influence potentiellement la mise en réserves. Nous en étions donc arrivés à l’hypothèse que la qualité de mise en réserves pourrait influencer la sensibilité aux maladies du bois. C’est d’ailleurs de là que vient cette approche originale que j’ai été le premier à développer qui consiste à analyser l’expression temporelle des maladies du bois en recherchant les facteurs d’influence potentiels-climatiques notamment- avec un décalage d’une année au moins et pas uniquement l’année en cours, à l’instar du témoignage relaté dans votre article. Cette hypothèse et ces explications ont été développés dans deux articles de vulgarisation, l’un dans Phytoma, l’autre dans la revue de l’ODG « Vins d’Alsace ». Pour tester cette hypothèse de l’implication des mises en réserves des manips avaient été mises en place en réseau par l’IFV. Malheureusement, à ma connaissance, ces manips n’ont pas permis de valider l’hypothèse. J’ai cependant toujours la conviction que des modifications simples des pratiques viticoles, dans le but d’optimiser la mise en réserve et de limiter les contraintes diverses que la vigne peut subir, de limiter les perturbations des trajets de sève et de stimuler la production annuelle de bois au niveau du tronc, permettront de mieux vivre avec les maladies du bois. Mais la conviction n’a rien à voir avec une méthode scientifique. En revanche le terrain ne ment jamais. Si les mécanismes en jeu ne sont pas connus, il existe des preuves concrètes de maîtrise des maladies du bois par la mise en œuvre de pratiques culturales adaptées. La parcelle indiquée en introduction de ce témoignage, ainsi qu’une autre, après avoir connu des pics d’expression à 13-14% pendant plusieurs années sous l’effet de pratiques inadaptées, présentent actuellement des niveaux d’expression stables de 2 à 4%, obtenus par suite de mise en œuvre de pratiques plus favorables à la vigne. Le témoignage de ce viticulteur qui a observé une variation en relation avec le rendement de l’année précédente doit aussi inciter à la réflexion.
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