LE FIL

Vins bio 2019 : la chance, la déconversion ou... la fraude

Vendredi 10 août 2018 par Alexandre Abellan

Trace de cuivre suite à l'application de bouillie bordelaise.Trace de cuivre suite à l'application de bouillie bordelaise. - crédit photo : INRA

Demandant encore à être étayé, c’est un soulagement qui semble désormais acquis : la Commission Européenne serait prête à valider la réhomologation communautaire du cuivre. Espéré par tout le vignoble, le sauvetage de la matière active emblématique de l’agriculture biologique se ferait cependant au prix d’une dose maximale réduite. Et d’une suppression du principe de lissage des quantités annuelles par une moyenne quinquennale.

Pour comprendre la crainte des vignerons bio de voir la limite d’utilisation du cuivre passer à 4 kg par hectare et par an en janvier 2019, il suffit de constater la pression inédite du mildiou ce millésime 2018. Avec un printemps pluvieux, il a fallu cravacher dans de nombreuses régions pour maintenir la protection du feuillage et des grappes. Et malgré les fortes cadences, des décrochages ont amputé les rendements (en bio comme en conventionnel d’ailleurs).

En 2019, faire du bio à 4 kg/ha.an sans lissage représenterait un défi dans de nombreuses régions. Si cette dose était validée, il ne resterait plus aux vignerons bio que trois options. Soit de parier sur la chance d’un millésime climatiquement clément, afin de rester dans les clous. Soit d'envisager la possibilité d’une déconversion, en cas de coup dur nécessitant le recours à des produits conventionnels pour sauver la récolte, et l’exploitation. Soit de tenter la fraude, en traitant au-delà du plafond réglementaire mais en ne l'affichant pas. Que ce soit en trafiquant la comptabilité matière, en se fournissant sous le manteau... Cette dernière hypothèse fera bondir certains gardiens du temple bio, mais même les tenants de cette philosophie ne peuvent ignorer cette tentation.

Quoi qu’il en soit, aucune de ces alternatives ne permet un développement durable de la bio, pourtant appelé par les gouvernants. Si l’impact environnemental du cuivre ne doit pas être sous-estimé, le manque d’alternative créé une impasse alarmante. Cette inquiétude naissante pour le prochain millésime demande à être étayée. Et on l’espère, levée.

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VOS RÉACTIONS
Houillon Le 21 août 2018 à 10:41:10
Bonjour Messieurs, Pour répondre à vos questionnements je suis situé sur un vignoble de Suisse, à Morges plus précisément, où la pluie et les orages suivis de fortes chaleurs ne nous ont pas épargnés. 308.2mm est un cumul de pluie récolté entre 01 Mai et 31 Juillet 2018, source de la station météo cantonale située à 200 mètres de nos parcelles. Dans l'année, nous sommes censés recevoir 1200 à 1400mm en total. Donc pour le Domaine 15 hectares sur cépages différents dont le Chasselas, le Pinot Noir, le Chardonnay, le Gamay, le Gamaret, Garanoir, Dunkelfelder, Doral, Pinot Gris, dans 6 ensembles de parcelles de sols différents mais majoritairement "moyen sableux", ressuyant assez vite et praticable en tracteur étroit. Les rendements en Gamay avoisinent le Kilo au m2, chasselas également, et des pinots entre le Kg pour les sélections à mousseux et 600g pour les pinots de garde. Donc entre 2 rires, avec l'équivalent de la chambre d'agriculture du coin, des tests ont été faits sur les doses montrant (sans publication officielle) que les applications de 200g valent une application de 500g de Cu métal en terme d'efficacité. Les paramètres pour un contrôle du mildiou en bio (valable aussi en conventionnel selon moi selon les matières actives choisies) sont dans l'ordre (et vous allez voir qu'il n'y a rien d'extraordinaire). 1- Positionnement du traitement, toujours avant la pluie evidemment, au plus proche de celles-ci, en attendant la maturation des oeufs pour la première application ou bien les 80% d'incubation du champignon. 2- Renouvellement de l'application / fréquence de passage, au maximum 10 jours si tout va bien, mais bien souvent 7 jours, ne pas hésiter à descendre à 3 jours si lessivage complet > 30mm/pluie 3- Qualité d'application, donc qualité de pulvérisateur, en bio on traite de bas en haut, donc oublier les canons, les mains du style Berthoud (j'en ai fais la triste expérience), et opter pour des turbines mécaniques (les hydrauliques ne sont pas suffisamment puissantes en termes de traversement de feuillage), mais aussi la vitesse de passage qui peut être de 6kmh au premier et deuxième passage mais qui ensuite ne doit pas dépasser 5 km.h (fonction de votre litrage hectare également) 4- Quantité de cuivre utilisée par passage, préférer les petites doses pour plus de fréquence de passage, mais encadrer la fleur, et ne pas redescendre les dosages en cours de saison (toujours crescendo). 5- Forme de cuivre utilisée. Bouillie bordelaise (sulfates de Cu) est apparemment la plus préventive grâce au calcium contenu qui va réactiver les ions cuivre lors des périodes humides, les hydroxydes (Kocide) vont être des ions cuivre disponibles rapidement mais peu actifs sur la longueur (permettent donc de maitriser les sporulations excessives), Les oxychlorures sont un juste milieu entre les deux formes précédentes . Personnellement j'utilise à tous les traitements de la bouillie bordelaise, et je la renforce selon la situation avec une des deux autres formes si nécessaire) Après même si cela ne vous intéresse pas forcément, le tout est en biodynamie donc certaines tisanes notamment prêle, ortie et osier sont appliquées et 2 silices de corne également. Mais attention ceci est juste un plus, encore aucune publication scientifique ne prouve leur efficacité réelle. Bonne lecture, et j'espère que cela puisse aider certains à répondre à leur questionnement, j'ai essayé de faire une réponse complète, très chronophage alors merci aussi pour votre respect ;)
JOSEPH 34 Le 20 août 2018 à 09:16:55
Bonjour, il serait intéressant de connaître la zone,les cépages, les moyen d'application, le rendement ha prévisionnel, ... Etc du Viticulteur qui gère 300 mm dans la saison avec 1.4 kg ha de Cuivre. Merci de la réponse Cordialement
gz33 Le 17 août 2018 à 16:27:39
déjà, il serai intéressant de savoir ou se trouve le vignoble de M. Houillon...je crois que dans le bordelais il est tombé un peu plus de 300 mn cette année….
Stef Le 14 août 2018 à 10:08:15
La puissance des lobbies chimistes gagnent encore... Bonjour l'hypocrisie du système.
Robert G Le 13 août 2018 à 09:06:31
qu'entre 2 rires Mr Houillon partage ses 3 paramètres les plus importants du cuivre et qu'ils donnent donc solution à problèm e insoluble pour ses petits camarades. mais attention, l'histoire des jours feuilles, de la saint glinglin tournante et de la résistance métacosmique des plantes ne sont pas acceptées!
Houillon Le 11 août 2018 à 08:37:29
Ça me fait gentiment rire quand je lis ça... La dose arrive au 4ieme rang dans les paramètres importants avec le cuivre... Ainsi on peut faire des doses de 100-200g par passage qui contrôlent tout aussi bien que des 500g. Pour information sur le vignoble cette année pire que 2016 avec 300mm en deux mois et demi, je n'ai mis que 1,375g de cuivre pur par hectare en 13 traitements, et ce n'est pas pire qu'ailleurs au niveau des pertes.... Alors qu'on arrête d'avoir peur, on ne fait pas du bio comme du conventionnel.
Sylvie Le 10 août 2018 à 15:56:31
certains ne peuvent toujours pas s'empêcher d'opposer conventionnels et Bio ,quitte à s'appuyer sur des fake news, mot à la mode ,mais hélas pratiques également à la mode : les engrais foliaires à base de cuivre sont bien comptabilisés dans les quantités de cuivre utilisés ( cf Ecocert ) Si la dose de cuivre en certification Terra Vitis est de 4 Kg/ha/an, les produits chimiques de synthèse sont autorisés en complément . En Bio ,il n'y a pas d'utilisation de produits chimiques de synthèse .
JEAN-LUC BURC Le 10 août 2018 à 15:20:41
ceci est d'une grande hypocrisie car en bio seuls sont comptabilisé les cuivres des traitements et pas les cuivres contenus dans le engrais foliaire alors que dans la certification Terra Vitis la dose maximale est déjà de quatre kg ha y compris les engrais foliaires. Alors BIO ou BIOBISNESS
Juan Le 10 août 2018 à 14:36:31
Si l’on considère que je suis dans une région « facile » avec peu de pluie et beaucoup de vent, et que ma dose de cuivre était de 3,5 kgs/ha en 2017 (année de sécheresse) et qu’en 2018 il était de 6,5 (année difficile), on peut imaginer que pour des régions « normal » et des années « normal » : 4kgs sans lissage ne semble pas crédible sans nouvelle option autorisée.
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