LE FIL

Tracteurs interlignes

Chute libre des immatriculations

Vendredi 06 juillet 2018 par Lucie Marné

Axema a constaté une baisse de 25% des immatriculation de tracteurs spécialisés entre 2017 et 2018 sur la période janvier-mai.Axema a constaté une baisse de 25% des immatriculation de tracteurs spécialisés entre 2017 et 2018 sur la période janvier-mai. - crédit photo : Lucie Marné
Sur la période janvier-mai, Axema annonce une baisse des immatriculations de tracteurs spécialisés en 2018 versus 2017. En cause : la météo capricieuse et la hausse des prix des tracteurs.

« Je savais que nous avions moins bien vendu chez nous, mais je ne pensais pas que la tendance était générale.» Comme ses confrères, Johan Herisson, chef de produit chez Massey Ferguson, a constaté avec regret la chute des ventes des tracteurs vignes et vergers. En 2017, le syndicat français des constructeurs de machines agricoles, Axema a enregistré 1272 immatriculations entre janvier et mai contre, seulement 953 en 2018 ; soit une baisse de 25%. « Ce n’est pas une petite baisse des ventes, regrette Johan Herisson. Avec notre nouvelle gamme 3700, nouveauté de cette année, nous aurions dû écouler un volume plus important. »

Achats groupés

Ce chef de produit trouve plusieurs arguments pour expliquer ce recul. « Pour faire des économies d’échelles, des petites structures se regroupent et mettent en commun leurs matériels. Résultat : même s’ils nous achètent trois nouveaux tracteurs par exemple, ils vont nous en rendre cinq. » L’optimisation des systèmes agricoles et les économies d’échelles engendrées, ne font donc pas le jeu des constructeurs d’engins agricoles.

Deuxième explication de cette baisse des ventes : la météo très capricieuse. « Même si certains domaines touchés ont encore de la trésorerie, les chefs d’exploitations n’osent plus investir, ou repoussent à l’année suivante leurs investissements », constate Johan Herisson. Et pour les domaines les plus durement touchés par les intempéries ; parfois plusieurs années consécutives; la question ne se pose même pas. « S’il n’y a plus de stocks de vin, il n’y a plus d’entrée d’argent. Pas question alors d’investir dans un nouveau tracteur », souligne Johan Herisson.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des données biaisées par une nouvelle norme

La hausse des prix des tracteurs cette année pourrait aussi expliquer l’important recul des ventes. En cause : la nouvelle norme de sécurité « mother régulation » à laquelle sont soumis les constructeurs de tracteurs depuis le 1er janvier 2018. « Les tracteurs qui n’étaient pas aux normes aux 1er janvier ne pouvaient plus être immatriculés », explique Hervé André, commercial chez Pagès Motoculture à Pertuis. Résultat : la plupart des concessionnaires ont immatriculé les tracteurs en stock en fin d’année 2017. Selon Johan Herisson, certains concessionnaires auraient même fait des stocks d’anciens modèles revendus à des prix plus attractifs que les nouveaux modèles répondant à la nouvelle norme. « Pour être conforme avec la « mother regulation », nous avons dû modifier les freins et le moteur ce qui a entrainé un surcoût des machines. » Pour Hervé André, ce surcoût serait autours de 10%. Mais la « mother regulation » n’explique pas tout. Marwan Bassil, directeur marketing chez Same-Deutz-Fahr reste très confiant : « Tous les constructeurs annoncent de nouveaux produits dans leurs gammes qui ne sont pas encore livrés en France. Lorsqu’ils arriveront à la rentrée, les ventes devraient repartir à la hausse. » Et il relativise les chiffres : « En 2016, on est monté à plus de 4000 immatriculations, mais c’était exceptionnel. Il y a 10 ans, on était entre 2500 et 3000. Donc si l’on reste à 3000 immatriculations cette année, ça reste tout à fait correct ! » D’autant plus que le suramortissement proposé par la loi Macron en 2016 puis 2017 a poussé les viticulteurs à anticiper leurs achats. « Ce suramortissement de 40% était très intéressant. Au lieu de changer leurs tracteurs tous leurs 5 ans, certains de nos clients les ont changés plus tôt », précise Hervé André.

Reste à savoir si la tendance ne va pas continuer à baisser. Pour le moment, les vignerons français vont encore avoir une année difficile à passer. Et changer de tracteur ne sera peut-être pas leur priorité…

 

 

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