LE FIL

Couple de vignerons japonais

25 000 signatures contre leur expulsion

Mercredi 04 juillet 2018 par Michèle Trévoux

L’émoi suscité dépasse les frontières : une pétition lancée par Rouge Passion, importateur belge de vins bio et naturels, a déjà recueilli plus de 25 000 signatures en 24 h.
L’émoi suscité dépasse les frontières : une pétition lancée par Rouge Passion, importateur belge de vins bio et naturels, a déjà recueilli plus de 25 000 signatures en 24 h. - crédit photo : CC0 Creative Commons
A Banyuls, un couple de vignerons japonais est menacé d’expulsion. L’administration estime leurs revenus insuffisants alors qu’ils produisent un vin nature, déjà référencé dans les plus grands restaurants.

C’est une affaire qui fait grand bruit au sein de la communauté des producteurs de vin nature et biodynamie. Rié et Hirofumi Shoji, deux ressortissants japonais, installés depuis janvier 2017 à Banyuls, sont menacés d’expulsion. Ces deux jeunes Japonais sont venus en France il y a 5 ou 6 ans pour apprendre à cultiver la vigne et produire du vin. L’un a travaillé comme ouvrier viticole sur plusieurs domaines en Bourgogne, à Bordeaux et en Val de Loire. L’autre s’est formée à l’oenologie à la faculté de Dijon.

Une première cuvée référencée chez El Celler de Can Roca

Forts de cet apprentissage, en janvier 2017, ils déboursent 60 000 € pour acquérir un bail à complant sur 3,5 ha de vigne à Banyuls. Leur première cuvée, un vin rouge nature, rencontre un vif succès, puisqu’elle est d’emblée référencée chez le célébrissime El Celler de Can Roca, sacré meilleur restaurant du monde en 2013. « Les premières bouteilles de ce premier millésime ont été vendues à 12 € la bouteille, mais compte tenu de la qualité du produit et de la forte demande, elles ont doublé de prix en cours d’année », affirme Me Codognès, leur avocat. Et les trois quart des bouteilles du millésime 2018 sont d’ores et déjà réservées. Les deux jeunes Japonais ont investi 100 000 € de leurs deniers personnels et emprunté 50 000 € pour financer leur installation. Détenteurs d’un titre de séjour jusqu’en 2020 au titre de salarié, ils ont déposé en février 2017 une demande au titre de chef d’exploitation. La préfecture des Pyrénées Orientales, qui a épluché leur dossier, a estimé « que les éléments transmis ne permettaient pas de justifier du revenu minimal fixé par la loi ». Elle leur a refusé ce titre de séjour et demandé de quitter le territoire français.

Une pétition recueille déjà 25 000 signatures

« C’est incompréhensible. Ces deux jeunes reprennent des vignes dont personne ne veut, élaborent un vin que l’on s’arrache. Ils sont à jour de leurs cotisations, ils n’ont demandé aucune aide et la France veut les renvoyer chez eux », tempête Me Codognès. Selon l’avocat perpignanais, l’ambassade du Japon aurait transmis les articles de presse parus en France au Ministère de l’Intérieur au Japon et l’affaire pourrait tourner à l’incident diplomatique. L’émoi qu’elle a suscité dépasse les frontières hexagonales : une pétition lancée par Rouge Passion, importateur belge de vins bio et naturels, a déjà recueilli plus de 25 000 signatures en 24 h.

Me Codognès a déposé un mémoire en réplique contre cette expulsion devant le tribunal administratif de Montpellier. Le verdict sera connu lors de l’audience prévue le 6 septembre prochain. 

Sollicités les deux jeunes Japonais n’ont pas souhaité s’exprimer. « Ils ont honte. Ils redoutent que leurs compatriotes apprennent que la France va les mettre dehors »,  confie, désolé, leur avocat.

 

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