LE FIL

Emploi et viticulture

Naissance du premier vignoble d'insertion sociale en France

Mardi 03 juillet 2018 par Juliette Cassagnes

Au premier plan à droite, Pauline Chatin et derrière elle, Jean-Charles Thibault, qui accompagnent Isabelle et Mounir dans leur apprentissageAu premier plan à droite, Pauline Chatin et derrière elle, Jean-Charles Thibault, qui accompagnent Isabelle et Mounir dans leur apprentissage - crédit photo : Vigne cocagne
Un nouveau projet, «Vigne cocagne », est né en Languedoc. Il permet de remettre au travail des chômeurs en les formant pendant deux ans aux travaux de la vigne et du chai sur une exploitation-école. Explications sur ce projet novateur.

Le 22 juin 2018 a été inauguré le nouveau projet « Vigne cocagne », au domaine de Mirabeau, à Fabrègues (34). Le principe : la société coopérative d'intérêt collectif « Vigne cocagne » a pris en fermage les 7 ha de vignes du domaine Mirabeau, dont la mairie de Fabrègues est propriétaire. La SCIC, qui a le statut d'entreprise d'insertion, embauche ensuite des personnes en recherche d'emploi longue durée, afin de les initier aux arts de la viticulture et des vinifications. Le contrat court sur deux ans, correspondant à la durée maximale prévue par les contrats dits « CDD d'insertion » dont ils bénéficient.

"Nous sommes un tremplin"

« Cela correspond aussi à deux saisons viticoles, soit un temps suffisamment long pour les former et les rendre autonomes et polyvalents : conduite du tracteur, taille, travail de cave, etc », détaille Pauline Chatin, fondatrice du projet. Elle est accompagnée dans son aventure par Jean-Charles Thibault, vigneron passionné « qui avait besoin d'apporter une dimension plus humaine à son métier », et qui a la charge de les encadrer et de les former.

Car l'idée reste, passée cette période de formation de 2 ans, que ces personnes repartent avec « l'envie de continuer dans le secteur viticole et qu'ils y trouvent du travail », par exemple comme ouvrier viticole dans un domaine. « Nous ne sommes qu'un tremplin », poursuit cette dernière, qui croit dur comme fer à l'insertion par le travail pour remettre les gens "sur les rails". « L'idée est partie du constat tout simple que d'un côté beaucoup de vignerons n'arrivent pas à trouver de salariés viticoles, et que de l'autre, on a 15% de chômage dans le département ». Une idée qu'elle a en outre reprise de ce qui existe déjà - et qui fonctionne très bien - dans le maraîchage depuis 30 ans, grâce au réseau Cocagne, auquel elle a adhéré.

Une phase expérimentale de 2 ans

Le projet vient à peine de démarrer, en décembre 2017 ; les deux premiers travailleurs, Isabelle et Mounir, ont été embauchés et participent depuis cette date aux différents travaux viticoles. Ils bénéficient également d'un suivi socio-professionnel par une accompagnatrice, qui les rencontre tous les 15 jours, afin de construire leur projet professionnel.

Ils pourront effecturer leurs premières vinifications dès cette récolte 2018, suivies des mises en bouteilles et des ventes : il est prévu que toute la production soit écoulée en bouteilles. Une pré-vente des premières cuvées embouteillées en mars 2019 a déjà été organisée sur une plateforme de financement participatif, « blue bees », afin d'amener de la trésorerie plus rapidement pour financer les frais de conditionnement. La SCIC fonctionne sinon avec des fonds privés issus de fondations, d'aides publiques et d'emprunts.

Si le projet se déroule comme prévu, ce type d'initiatives de "vignobles-écoles" devraient se multiplier dans d'autres vignobles, d'ici quelques années : « Des vignerons m'ont déjà contactée, ils sont intéressés pour avoir cette double-activité de vigneron et d'entreprise d'insertion », conclut Pauline Chatin.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le projet Vigne cocagne, c'est par ici.

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