LE FIL

Décorum

(Re)vivez la Fête de la Fleur de l'intérieur

Samedi 16 juin 2018 par Alexandre Abellan

Se tenant les années paire dans le jardin public, en parallèle de la fête du vin, le dîner de la Commanderie du Bontemps se tient les années impaires dans des châteaux, en clôture du salon Vinexpo.Se tenant les années paire dans le jardin public, en parallèle de la fête du vin, le dîner de la Commanderie du Bontemps se tient les années impaires dans des châteaux, en clôture du salon Vinexpo. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
Rendez-vous mondain du tout-Bordeaux viticole, le dîner de la Commanderie du Bontemps des Médoc, Sauternes et Barsac suit un protocole moins suranné que compassé. Récit romancé, à peine exagéré.

Malgré une chaude fin de journée bordelaise, les pelisses et autres zibelines sont de sortie ce 15 juin. Privatisé, le jardin public ne l'est plus, accueillant la Fête de la Fleur. Le dîner printanier de la Commanderie du Bontemps Médoc, Graves, Sauternes et Barsac remplaçant momentanément l’habituel défilé de t-shirts colorés, sages tailleurs, poussettes braillardes et casquettes à visière par des smokings noirs, robes échancrées, cheveux argentés et chapeaux crêpés. Tout ce beau monde de négociants, courtiers et vignerons se massant aux grilles du jardin. Car s’il est un usage d’habitué, c’est bien d’oublier son carton d’invitation chez soi. Ce qui ralentit l’entrée, mais permet d’ajouter à sa collection un papier épais vierge de toute tâche ou pli*.

S’aveuglant sous le soleil rasant sur l’esplanade, moins pour la cérémonie d’intronisation que pour ses petits fours, le millier de convives et Adriana Karembeu sont conduits aux tentes du dîner par d’insistantes cloches argentées. Chacun trouvant la place qui lui a été assignée sur la table de son hôte, qu’il est de bon ton de remercier chaleureusement pour son aimable invitation et le chèque qu'il a concédé à la commanderie à cette fin. Ce dîner tenant de la fête de la faveur, même si l’on se retrouve entre le très jeune fils d’un important acheteur chinois et un mutique exportateur russe.

L’essence de la fête

Débutant sur le coup de 21 heures par un discours ayant le mérite d’être bref (lire encadré), le dîner est ponctué par les arrivées en sons tonitruants et lumières grandiloquentes des maîtres de chai de la Commanderie du Bontemps, jouant les sommeliers de leurs grands crus classés. Si le repas concocté pour l’occasion par le chef Julien Lefebvre (château Cordeillan Bages) reste mémorable, les accords mets et vins sont assombris par la bévue du Pauillac servi avec des fromages à pâtes pressés.

Une erreur aussi vite oubliée que le feu d’artifice sur les quais rappelle, au moment du dessert, que pendant ce temps-là une fête du vin anime les quais bordelais pour le commun des mortels. Les convives ayant chaleureusement applaudi le chef et ses sommeliers, ils dédaignent froidement une tentative infructueuse pour « faire tourner les serviettes ». Les 120 tables se dispersent progressivement, pour prendre un robuste café ou une coupe pétillante dans le patio. Où l’ambiance glisse sans transition du dîner de la fine fleur protocolaire à la fête légèrement canaille, la bande-son oscillant entre tubes des années 1980 et rythmes latinos. Mais de là à parler de bal populaire…

 

* : Le challenge est bien plus ardu avec le menu du soir, soigneusement disposé sur les assiettes, mais affichant un format si peu pratique que l’en ramener indemne demande moins de l’habilité qu’une grande poche intérieure dans sa veste ou un sac à main à disposition.
 

Bordeaux Fête le Vin…expo

Qui a dit qu’un salon Vinexpo à Paris en 2020 était une mauvaise idée ? « L’an prochain, je vous demande à tous de participer au succès de Vinexpo à Bordeaux » appuie avec une subtilité toute relative Emmanuel Cruse, le grand maître de la Commanderie du Bontemps dans la version française de son discours d’accueil (la version anglaise se limitant à une invitation à visiter la capitale girondine). « Nous apportons notre soutien à Vinexpo et son salon à Bordeaux » renchérit Virginie Calmels, la première adjointe à la mairie de Bordeaux, remplaçant le maire Alain Juppé (« en pleine forme [mais] encore en séance de kinésithérapie »).

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VOS RÉACTIONS
Robert G Le 18 juin 2018 à 07:36:34
j"ai bien aimé le sarcasme, la fete de la faveur résume tout, j'ai encore plus aimé avec la réponse de normand : attention vitisphère, on ne mord ps la main qui vous nourrir, surtout sur l'aimable et douillette place de bordeaux!
Gilbert Normand Le 17 juin 2018 à 10:02:15
La critique est aisée mais l’art est difficile Apprenez monsieur à exprimer votre gratitude... sans ironie ! Ou relatez sans parti pris! A bon entendeur...
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