LE FIL

Nouveau départ

Le ministre d'Agriculture à l'écoute, active, de la filière viticole

Vendredi 15 juin 2018 par Alexandre Abellan

Avant d’assister aux Assises de la Mer à Sète, Stéphane Travert est passé par le campus de Montpellier SupAgro et son conservatoire viticole. Qui l’a visiblement fasciné.Avant d’assister aux Assises de la Mer à Sète, Stéphane Travert est passé par le campus de Montpellier SupAgro et son conservatoire viticole. Qui l’a visiblement fasciné. - crédit photo : Ministère de l’Agriculture (Xavier Remongin)
En déplacement languedocien, Stéphane Travert a agréablement surpris les représentants du vignoble en se montrant d’avantage ouvert à leurs revendications sur l’OCM vin, l’assurance climatique, l'épargne de précaution…

On peut dire que Stéphane Travert a su se montrer disponible, ou du moins flexible, pour caser une rencontre avec les élus de la Chambre d’Agriculture lors de son déplacement du 14 juin dans leur département de l'Hérault. Leur dédiant une heure avant son départ de l’aéroport de Montpellier, le ministre de l’Agriculture est reparti sur de nouvelles bases avec le monde viticole, logiquement au cœur des échanges héraultais.

« Par rapport à sa venue au dernier Sitevi, où il n’y avait pas de solutions apportées, on a eu un ministre mobilisé, dans ses dossiers, et avec une écoute attentive. On a l’impression d’une meilleure appréhension des sujets viticoles » résume Jérôme Despey, le président de la Chambre d’Agriculture de l’Hérault (et du conseil spécialisé vin de FranceAgriMer). « La rencontre s'est bien passée, dans une atmosphère détendue. Mais nous ne sommes pas tombés de la dernière pluie, nous allons attendre de voir ce qui sera mis en place pour juger » renchérit Boris Calmette, le président de Coop de France Occitanie (et de la Confédération des Coopératives Vinicoles de France).

Soutien ferme et début d'ouverture

Sur le sujet de la future Politique Agricole Commune, le ministre a affirmé ses demandes de maintien du budget et de préservation du programme national d’aide au secteur viticole. Se montrant déterminé à la défense du modèle actuel, il s’est fermement engagé à porter le sujet lors du conseil des ministres agricole de l’Union Européenne, qui se tient le 18 juin prochain à Bruxelles. « Nous sommes complétement en phase sur les questions de conservation du budget, de maintien de l'OCM vin et d'opposition à toute renationalisation » précise Boris Calmette,

Interpellé sur les aléas climatiques ayant marqué l’Hérault ces dernières années (gel, grêle, sécheresse…), le ministre s’est désormais montré ouvert à une mise en œuvre française des avancées européennes concernant l’assurance multirisque. Fixées par le règlement omnibus de la fin 2017, ces évolutions concernent le passage de 30 à 20 % de dégât pour les seuils de déclenchement, ainsi qu’une augmentation à 70 % de la subvention communautaire. « La porte est entrouverte, il va falloir travailler pour proposer une application française des avancées communautaires » souligne Boris Calmette,

"La fréquence des aléas ne permet pas l’immobilisme"

Satisfaits par cette nouvelle position, les élus héraultais ont également demandé à revoir le principe de moyenne olympique. « Au vu de la récurrence des aléas, les viticulteurs ne peuvent pas bénéficier de l’assurance, ils partent avec des références trop basses » plaide Jérôme Despey qui insiste sur le fait que « la fréquence des aléas ne nous permet pas de rester dans l’immobilisme, il faut ouvrir la discussion en complément des autres outils ».

Les représentants languedociens ont ainsi demandé d’ancrer en Languedoc le volume complémentaire individuel (VCI), en déployant rapidement l’expérimentation menée par les pays d’Oc. Ils ont également réclamé une fiscalité incitative pour l’épargne de précaution, qui sera étudiée dans la prochaine loi de Finance, cette fin d’année. « Le ministre a confirmé la volonté d’aboutir sur le sujet » se réjouit Jérôme Despey.

Régime dérogatoire

Le viticulteur languedocien souligne également l’attention de Stéphane Travert à ses demandes de régime dérogatoire pour les vignerons inscrits dans un plan collectif, mais ne pouvant pas réaliser leurs chantiers de plantations avant le 31 juillet à cause des intempéries frappant la région. La filière vin demande que ces exploitants ne soient pas pénalisés par FranceAgriMer, que ce soit en n’étant pas soumis à une sanction de 10 % en cas de perception d’avance pour la réalisation de ces chantiers, ou en ne perdant pas les autorisations de plantation s’achevant cette campagne.

"Maintien de l'amendement sur l'étiquetage de l'origine"

L'échange ne s'est cependant pas fait sans heurts. Le ministre s’est en effet montré plus circonspect sur les enjeux d’étiquetage de l’origine. Adopté contre l’avis du gouvernement par l’assemblée nationale, l’amendement de mise en évidence de la mention de l’origine sur les étiquettes de vins et les cartes de restaurant vient d’être supprimé par la commission économique du Sénat. « Nous demandons avec force le maintien de ce dispositif, afin d'éviter les substitutions et les tromperies des consommateurs » martèle Jérôme Despey. Si le ministre a semblé moins fermé que précédemment à cet amendement, il a souligné l’enjeu de respecter la réglementation européenne en la matière.

Le ministre et les élus du vignoble sont par contre restés sur leur opposition concernant les aides à l’emploi saisonnier. Demandant le maintien des exonérations sur les contrats saisonniers (Travailleur Occasionnel/Demandeur d’Emploi) après la fin du Crédit d’Impôts sur la Compétitivité et l’Emploi (CICE), les membres de la Chambre d’Agriculture ont reçu une fin de non-recevoir, faute de budget (34 millions d’euros sont nécessaires pour le maintien de la mesure). « On n’a pas abouti, mais on a mis le pied dans la porte pour ne pas fermer le dossier et pouvoir montrer la perte de compétitivité de la filière en termes du coût du travail » souligne Jérôme Despey, qui compte bien mettre à profit la nouvelle ouverture du ministre aux enjeux viticoles pour revenir prochainement à l’assaut.
 

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