LE FIL

Entraînement et modestie

La dégustation à l’aveugle ne permet pas (tout de suite) de mieux reconnaître un vin

Jeudi 14 juin 2018 par Alexandre Abellan

« Un peu de pourriture noble en suspension, les impuretés descendent lentement. Ce vin a 23 ans. Le vin, c’est la terre. Celle-ci est légèrement graveleuse, c’est un Médoc. Le vin, c’est aussi le soleil. Ce vin a profité d’une belle exposition sud-ouest sur un coteau de bonne pente. C’est un Saint-Julien. Château Léoville Las Cazes 1953 ! » lance Louis de Funès dans l'une des plus fameuses dégustation à l'aveugle.« Un peu de pourriture noble en suspension, les impuretés descendent lentement. Ce vin a 23 ans. Le vin, c’est la terre. Celle-ci est légèrement graveleuse, c’est un Médoc. Le vin, c’est aussi le soleil. Ce vin a profité d’une belle exposition sud-ouest sur un coteau de bonne pente. C’est un Saint-Julien. Château Léoville Las Cazes 1953 ! » lance Louis de Funès dans l'une des plus fameuses dégustation à l'aveugle. - crédit photo : L’Aile ou la Cuisse de Claude Zidi (1976)
Des chercheurs d’Oxford montrent qu’un entraînement intensif à la dégustation à l’aveugle permet rapidement de mieux caractériser le cépage d’un vin inconnu. Ce qui n’est pas le cas pour son origine et encore moins son millésime.

« La dégustation à l’aveugle n’est pas un canular. Les dégustateurs formés obtiennent de meilleurs résultats que des réponses données au hasard » posent les chercheurs Qian Janice Wang et Domen Prešern, des départements de psychologie expérimentale et de Chimie de l’Université d’Oxford. Récemment publiée par l’Association Américaine des Économistes du Vin (AAWE), leur étude prend des précautions pour mieux dynamiter l’idée qu’il suffit de déguster à l’aveugle pour gagner en compétence. La réalité est évidemment plus compliquée.

A LIRE AUSSI

Championnat mondial de dégustation de vin à l’aveugle
L'Espagne n°1
Conseil d'experts
Comment mieux déguster les vins à l'aveugle, par le meilleur sommelier du monde

Avec l’expérience, « les dégustateurs augmentent l’exactitude de leurs pronostics sur les cépages. Mais leurs suppositions sur les origines restent stables, tandis que celles sur les millésimes perdent en justesse. [Comme si] les dégustateurs gagnaient en confiance et faisaient plus d’erreurs en proposant de plus en plus de millésimes » résument les chercheurs anglais. Qui supposent que « l’acquisition d’une expertise en dégustation à l’aveugle est probablement une démarche de long terme, qui prend plus de 4 semaines. […] Ainsi, il est possible que si la reconnaissance des cépages peut être rapidement acquise (au moins dans une certaine mesure), apprendre à correctement déduire un pays et une région d’origine est une tâche qui demande davantage d’entraînement et d’expérience. »

Oxford University Blind Tasting

Ces résultats se basent sur les notes de 15 dégustateurs* de l’Oxford University Blind Tasting Society, rassemblés à l’automne 2017 lors des 18 séances de préparation avant la compétition avec leurs homologues de Cambridge. Ayant dégusté 212 vins sur une période d’un mois, les dégustateurs devaient à chaque fois indiquer les principaux cépages, les pays d’origine, les régions, millésimes et indiquer leurs préférences.

 

* : Il s’agit de 3 femmes et 12 hommes, âgés de 19 à 32 ans, étant soit novices, soit experts en dégustation.

RÉAGISSEZ A L'ARTICLE

Recopier le code :
Processing
Voir toutes les réactions
© Vitisphere 2018 - Tout droit réservé