LE FIL

La fin du dogme

L’Europe prête à l’ouverture sur les cépages résistants

Vendredi 27 avril 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Bernard Farges, président de la CNAOC : '« Sans le cuivre, la viticulture biologique est morte, la viticulture conventionnelle est mal en point » Bernard Farges, président de la CNAOC : '« Sans le cuivre, la viticulture biologique est morte, la viticulture conventionnelle est mal en point » - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Intervenant lors du congrès de la Cnaoc ce 26 avril à Calvi en Corse, un représentant de la Commission européenne a annoncé que l’Europe pourrait assouplir la législation sur l’encépagement des indications d’origines.

Voilà qui devrait mettre du baume au cœur de ceux qui voient en Europe une machine administrative éloignée des préoccupations du terrain. Raimondo Serra, représentant de la DG Agri de la Commission européenne, a annoncé lors du congrès de la Cnaoc le 26 avril à Calvi que le paquet législatif qui sera présenté début juin à Bruxelles dans le cadre de la réforme de la PAC, « comportera un élément sur les variétés de vignes résistantes ». L’Europe s’apprêterait donc à adopter une position d’ouverture sur l’intégration des variétés résistantes dans les cahiers des charges des indications géographiques, mettant fin à la règle qui oblige à utiliser des variétés Vitis Vinifera dans les AOP. Une position dans la droite ligne de l’attitude intéressée qu’avait adoptée le Commissaire Phil Hogan lors du congrès unitaire de la viticulture qui s’est tenu en juillet dernier à Bordeaux.

« Arrêtons d’interdire ce qui ne doit pas être interdit ! » a asséné Raimondo Serra. La déclaration n’est certainement pas de l’affichage politique. La Commission européenne vient en effet d’homologuer une AOP vin danoise dont le cahier des charges intègre une variété hybride. Et si cette homologation a de quoi déconcerter les membres de la Cnaoc, elle est en tout cas la preuve qu’en matière de variété, l’Europe est prête à l’innovation.

Evoluer en France

Reste qu’une fois la réglementation modifiée. La marche restera longue pour les IG françaises qui devront entrer dans une procédure de modification de cahier des charges et donc, convaincre l’Inao. Ce dernier a d’ailleurs été la proie a quelques remarques sur sa rigidité administrative au cours d’une réflexion participative et collaborative organisée par le service « prospective » de FranceAgriMer dans le cadre du thème du congrès « Adapter dès maintenant la viticulture AOC pour 2050 ». Les participants de congrès ont exprimé ce qui, selon eux, pourraient être une entrave à l’évolution et l'adaptation des AOC face au changement climatique. Cette critique n’a pas été du goût de Christian Paly, président du Comité vin AOP de l’INAO et ancien président de la CNAOC. « Je trouve inadmissible l'opprobre jetée sur l’INAO. Vous vivez sous le régime de l’AOC depuis 80 ans grâce et avec l’INAO » a-t-il fustigé, soulignant, à titre d’exemple, que si la réglementation en matière d’irrigation a évolué récemment, c’est que l’INAO a su convaincre le ministère de l’environnement de la pertinence du projet.

Autre illustration de la difficulté d’évoluer pour les AOC : l’intégration des MAE dans les cahiers des charges. Alors qu’il est possible depuis deux ans déjà de faire modifier les cahiers des charges pour y intégrer des pratiques environnementales, dans les faits, rien n’a changé. Et ce n’est pas parce que les ODG manquent de projets. Mais, introduire des mesures agro-environnementales suppose qu’elles soient contrôlables, ce qui a conduit à définir des modalités d'intégration en février dernier

Entendu au congrès de la CNAOC

Défendre le Cuivre

Bernard Farges, président de la Cnaoc, a lancé un appel solennel à défendre le cuivre. La molécule pourrait perdre son homologation européenne à compter de 2019. « Sans cette molécule, la viticulture biologique est morte, la viticulture conventionnelle est mal en point » constate-t-il. Ce dernier défend la réhomologation la molécule, « le temps d’avoir des produits de biocontrôles ». Il appelle également à ce que toutes les organisations professionnelles impliquées par le sujet se coordonnent. « Je ne voudrais pas que l’on se réveille en se disant que l’on aurait dû réagir plus tôt ».

Politique de prévention contre l'alcoolisme

Bernard Farges a également pris la parole au sujet de la défense du vin face aux politiques de Santé. Il a salué le travail de Vin et Société au cours des mois écoulés. Entre la publicité du tire-bouchon et les déclarations d’Agnès Buzyn, l’association a pu montrer son efficacité. Elle travaille désormais, comme le lui a demandé le président de la République, Emmanuel Macron, sur un plan de prévention pour lutter contre les consommations excessives et l’informer les consommateurs. La filière agit déjà en matière de prévention à travers les fêtes du vin, l’éducation à la consommation, les interventions en Grandes Ecoles, a remarqué Bernard Farges. « Nous n’allons pas mobiliser des financements supplémentaires » pour financer la prévention, a-t-il indiqué. Pourtant, certains membres de la filière y seraient favorables.

La Cnaoc réactive sa cellule fiscale

Au sein de la Cnaoc, une plateforme fiscale réunissant des représentants professionnels a été réactivée. La Confédération avait mis un peu de côté ces questions ces dernières années. La plateforme a fait des propositions en matière de gestion des risques avec la création d’une réserve financière climatique. Elle propose également la création d’un crédit d’impôt à destination des exploitations qui s’engagent dans un processus de certification environnementales. Enfin, la plateforme veut innover en matière de transmission familiale. Elle propose d’exonérer de droits de mutation les terres et bâtiments cédés à titre gratuit dans le cadre familial, en prévoyant un engagement d’exploitation des biens pour une durée minimale de 18 ans et un système de sanction. Autre proposition : exonérer les propriétaires fonciers de l’impôt sur la fortune s’il loue pour une durée de 18 ans dans le cadre familial. « Cela permettra notamment de mettre des baux sur le marché du foncier. En Champagne, il n’y a presque plus de fermage disponible » regrette Maxime Toubart, co-président de la plateforme fiscale.                                                                                                                                                       

 

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