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Languedoc

1 à 2 ans requis contre les 5 viticulteurs poursuivis pour association de malfaiteurs

Mercredi 18 avril 2018 par Michèle Trévoux

Martial Bories, entouré des avocats : Me Dupond Moretti, Me Gauer et Me Phung.
Martial Bories, entouré des avocats : Me Dupond Moretti, Me Gauer et Me Phung. - crédit photo : Michèle Trévoux.
Pendant huit heures, les prévenus ont comparu ce mardi 17 avril devant le tribunal correctionnel de Montpellier pour l'organisation d'une opération visant le négociant Castel à Blanquefort. Les avocats de la défense ont plaidé la relaxe. Délibéré le 21 juin prochain.

Il y avait du monde ce mardi 17 avril après-midi devant le Tribunal de Grande Instance à Montpellier. A l’appel du syndicat des vignerons du Gard, près de 150 viticulteurs, vêtus de rouge, sont venus soutenir cinq des leurs : Martial Bories, Claude Jeanjean, Pascal Ruze-Tores (respectivement président, vice-président et administrateur de l’Occitane, à Servian), Thierry Rocamora et Stephan Picas. Ils comparaissaient pour avoir participé à un convoi de véhicules, intercepté en mai 2017 au péage de Saint-Selve en Gironde, avec à bord du matériel permettant de commettre des dégradations (masses, merlins, gas-oil, bombe lacrymogène, cocktails molotov…). Ils sont poursuivis pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un ou plusieurs délits.

Durant les trois premières heures d’audience, les avocats de la défense, parmi lesquels le très médiatique Éric Dupond-Moretti, ferraillent sur des points de procédure. Ils commencent par demander un renvoi, arguant de la communication très tardive de certaines pièces. Ils soulèvent ensuite des exceptions de nullité, contestant notamment la régularité des écoutes téléphoniques, sur lesquelles repose l’essentiel de la procédure. Le TGI a pris note de ces demandes, mais décidé de juger l’affaire sur le fond.

Castel visé

Dans son réquisitoire, le procureur Christophe Barret insiste sur l’organisation clandestine de l’opération, pointant  l’utilisation des téléphones dédiés, le langage codé relevé dans les écoutes téléphoniques, les convocations secrètes. Le but de l’opération était la société Castel Vin à Blanquefort, ont indiqué les prévenus. « La présence de matériel de destruction, c’est pour faire quoi, si ce n’est pour  brûler, casser et attaquer ? » s’interroge Christophe Barret. « Certains avaient pris l’habitude de croire qu’ils étaient intouchables ou que la justice peut prendre ses décisions selon la force de la rumeur dans la rue. La loi est la même pour tous et s’applique à tous ».

Le procureur a souligné que les prévenus avaient raison de s’inquiéter des problèmes de la viticulture, de protester et de se plaindre, mais pas de se mettre hors la loi. « Ce ne sont pas des bandits, ce sont des gens qui incontestablement travaillent dur, ce qui les anime ce n’est pas l’appât du gain comme habituellement dans les affaires d’associations de malfaiteurs, mais leur culpabilité me semble établie ». Il réclame une peine de 24 mois avec sursis et mise à l’épreuve pour Martial Borie, considéré comme le meneur de l’expédition, 15 mois avec sursis et mise à l’épreuve pour Thierry Rocamora et Stephan Picas et 12 mois avec sursis et mise à l’épreuve pour Claude Jeanjean et Pascal Ruz-Tores.

"Pas la moindre intention de dégradation"

Les avocats de la défense ont, eux, demandé la relaxe. « À aucun moment, dans les écoutes, il n’est fait mention de la moindre intention de dégradation. On ne peut pas déduire de la présence de merlins, masses et cocktails molotov qu’il y a un projet de destruction. On a déjà vu des manifestations syndicales où il est fait usage de cocktails molotov. Vous avez un problème de preuve » assène Éric Dupont-Moretti. « Je réfute l’expression de malfaiteurs pour ces cinq hommes. Elle est humiliante et dégradante. Ce sont des viticulteurs qui travaillent 15 heures par jour, ne prennent pas de vacances, tout ça pour 1 500 € par mois. Ce sont des hommes désespérés du silence de l’État en réponse à leur demande de justice face à des pratiques commerciales frauduleuses. Ils se battent pour leur famille, leur survie. On peut imaginer plein de choses mais il faut des preuves. Monsieur le Procureur, où sont les preuves matérielles ? » plaide l'avocat Jean-Robert Phung.

« Ceux qui sont traités ici de malfaiteurs sont en fait victimes d’injustice. Il aurait fallu les protéger au lieu de les poursuivre », surenchérit l'avocat Gilles Gauer. « Ils ont déposé de nombreuses plaintes contre les pratiques commerciales douteuses de négociants ou distributeurs qui font passer des vins espagnols ou étrangers pour des vins français. La DGCCRF est au courant. Les responsables des ces actions sont simples à interpeler et pourtant ce ne sont pas eux qui sont poursuivis. Cette procédure n’est pas seulement irrégulière, elle est profondément injuste ».

Délibéré le 21 juin

La décision du tribunal est mise en délibéré au 21 juin à 14h. Il est 22 h. « C’est la première fois que j’entends parler aussi bien de la viticulture », lâche, ému, un des viticulteurs présents dans la salle d’audience. A la sortie du tribunal, environ 80 viticulteurs sont encore là, attendant calmement la sortie des prévenus, preuve de l’indéfectible solidarité paysanne.

 

« Je suis viticulteur, pas malfaiteur » arbore le T-Shirt des viticulteurs venus devant le tribunal de grande instance de Montpellier en soutien à leurs cinq collègues, poursuivis pour association de malfaiteurs

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