LE FIL

Ils ont fait les comptes

La certification viticulture durable n’est pas neutre

Mercredi 04 avril 2018 par Aude Lutun
Article mis à jour le 06/04/2018 09:51:51

Mettre en place le référentiel viticulture durable en Champagne a un coût : entre 0.24 et 0.92 euros/kg/an.Mettre en place le référentiel viticulture durable en Champagne a un coût : entre 0.24 et 0.92 euros/kg/an. - crédit photo : CC0 Creative Commons
Selon la chambre d’agriculture de la Marne et le cabinet comptable AG2C, la certification viticulture durable n’est pas neutre économiquement pour les exploitations. Une conclusion tirée après avoir décortiqué tous les postes impliqués.

La certification Viticulture Durable en Champagne (VDC) génère des inquiétudes et des réticences sur le surcoût qu’elle induit. Pour faire un point précis, Lucie Solier, conseillère viticole à la Chambre d’agriculture de la Marne et Hervé Lepelletier, expert-comptable chez AG2C, ont examiné chaque poste selon la typologie de l’exploitation. Selon leurs estimations présentées lors d’une série de réunions qui se sont déroulées fin mars, le surcoût est estimé entre 0.24 et 0.92 euros/kg/an, selon la taille de l’exploitation et sans équipement du travail du sol au préalable.

Mais quels sont les points de surcoût ? « De nombreux points exigés par la certification le sont déjà par le Code du travail, le cahier des charges de l’AOC ou par les arrêtés préfectoraux, souligne Lucie Solier. C’est le cas du Document Unique si vous avez des salariés, de l’armoire à produits phytosanitaires ou encore d’une cuve à fuel ». Il y a ensuite des coûts liés à la certification, tels l’audit initial et l’audit de suivi (entre 500 et 1740 € HT les deux), la charge administrative et la traçabilité (estimées de 70 € à 1 169 € HT), la biodiversité dont l’implantation de haies (3 à 8 €/m2 linéaire). « Nous avons fait le choix de calculer les coûts maximums pour éviter d’avoir de mauvaises surprises, précise Lucie Solier. Nous avons pris comme base des exploitations qui sont en 100 % herbicides, or la plupart des viticulteurs pratiquent déjà l’enherbement et sont en partie équipés pour le travail du sol ».

Tenir compte de l'amortissement

Hervé Lepelletier précise « qu’à terme, les coûts sont moins importants. Dans la simulation, l’enjambeur est amorti sur 7 ans mais on peut souvent l’utiliser encore après, même s’il faut intégrer le coût des réparations. Dans notre cabinet, qui compte 1 000 vignerons au réel, seuls 7 étaient certifiés VDC en 2016. L’échantillon est trop faible pour donner des moyennes. Le passage à la VDC entraîne des surcoûts mais cet effort se fait généralement dans le temps et non en partant de zéro comme dans les exemples de nos simulations».

La prime VDC, attribuée par quelques négociants ou coopératives, est souvent comprise entre 0.15 et 0.25 €/kg. Elle ne compense donc pas le surcoût, d’autant que les rendements baissent généralement de 20 % avec l’enherbement. Dans l’auditoire, la plupart des vignerons pratiquaient déjà le travail du sol et la traçabilité. Ils mesurent déjà le surcoût de ces nouvelles pratiques. Le passage à des vignes semi-larges a été évoqué pour réduire les coûts et simplifier le travail du sol. Mais il s’agit là d’un autre débat…

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