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Vallée du Rhône

La famille Labruyère prête à reprendre Raphaël Michel et ses dettes

Mercredi 28 mars 2018 par Alexandre Abellan

« Si la société part en liquidation, les grands perdants seront les vignerons » Sébastien Bouvet-Labruyère.
« Si la société part en liquidation, les grands perdants seront les vignerons » Sébastien Bouvet-Labruyère. - crédit photo : Raphaël Michel (siège de Piolenc)
En procédure de sauvegarde suite aux fraudes massives révélées l’an dernier, le négociant rhodanien serait à quelques semaines d’une mise en liquidation judiciaire, malgré une candidature de reprise qui est actuellement suspendue aux évolutions du volet judiciaire.

« S’il n’y avait pas d’aléas judiciaires pesant sur la société Raphaël Michel, mise en examen en tant que personne morale, on aurait peut-être déjà abouti à sa reprise globale. Mais c’est là toute la complexité, inhabituelle, de ce dossier » résume, non sans fatalité, Sébastien Bouvet-Labruyère, le directeur du pôle private equity du groupe Labruyère. En parallèle de leurs activités viticoles*, les entrepreneurs mâconnais mènent en effet une activité d’investissements sur des sociétés en difficulté. Qui les a conduits à s’intéresser au dossier du vracqueur Raphaël Michel, dans la tourmente depuis un an dans une affaire de fraudes défrayant la chronique. Plusieurs centaines de milliers d’hectolitres de vin ayant usurpé des appellations rhodaniennes.

Actuellement, la holding d’investissements Labruyère serait le dernier candidat en lice pour la reprise globale du négoce Raphaël Michel auprès des administrateurs judiciaires. Ce qui n’est pas une mince affaire, alors que les créances dépasseraient les 20 millions d’euros. « Les échanges avec les banquiers sont constructifs, et nous travaillons avec les vignerons afin qu’ils soient traités correctement. Ils sont importants dans le dispositif amont de Raphaël Michel et ne doivent pas perdre leurs créances pour maintenir l’activité » explique Sébastien Bouvet-Labruyère.

Épée de Damoclès

Si le dossier de reprise est avancé, il n’est pas appliqué à cause de la mise en examen de la société, aux côtés de son ancien dirigeant. « On ne peut pas reprendre une affaire tant que la société est impliquée en tant que personne morale » souligne Sébastien Bouvet-Labruyère. « Pour l’instant, il n’y a rien de ferme et de définitif. Notre groupe s’est positionné, mais son intérêt ne sera pas confirmé tant qu’il n’y aura pas d’éclaircissements judiciaires. Nous ne souhaitons reprendre qu’une entreprise vierge » renchérit Édouard Labruyère, le président du groupe familial éponyme.

Dirigeant également le pôle d’activités viticoles de la holding, ce dernier souligne que si la reprise des activités de vracqueur de Raphaël Michel pouvait se conclure, elles ne seraient pas intégrées dans le périmètre viticole de son groupe. L’activité de vracqueur de Raphaël Michel est, en effet, bien distincte de celle en bouteilles des propriétés Labruyère.

"Question de semaines"

En l’état, le dernier dossier de reprise global reste donc au conditionnel. Alors que Raphaël Michel reste à l’arrêt et en menace la pérennité, faute de trésorerie. « Si aucune solution n’est trouvée, c’est une question de semaines avant la mise en liquidation judiciaire » estime Sébastien Bouvet-Labruyère, qui s’en remet aux hasards du calendrier judiciaire pour faire pencher la balance.

* : Le groupe familial réunit le domaine Labruyère (14 hectares de vignes en appellation Moulin-à-Vent), le domaine Jacques Prieur à Meursault (21 ha, depuis 1988), le château Rouget (17 ha à Pomerol depuis 1992) et les champagnes J.M. Labruyère (6 hectares à Verzenay et Verzy, depuis 2012).

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