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Ile de France

Trois viticulteurs entament une grève de la faim

Mercredi 21 mars 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Les trois grévistes de la faim se sont installés sur un rond point. Par leur action, ils souhaitent obtenir le droit de planter de la vigne.
Les trois grévistes de la faim se sont installés sur un rond point. Par leur action, ils souhaitent obtenir le droit de planter de la vigne. - crédit photo : Envoyée par les trois viticulteurs
C’est une action sans concession qu’ont décidé de mener trois viticulteurs du Soissonais : entamer une grève de la faim jusqu'à ce que l’Etat leur accorde le droit de planter des vignes.

Installés sur un rond-point à Venizel sur la commune voisine d’Acy, Marie-Madeleine Caillet-Desmaret, Antoine Mazurkiewicz et Dominique Pienne ont entamé une grève de la faim le 19 mars. Leur camionnette leur permettra de prendre du repos et un panneau explique leur action : « Acy viticole veut revivre, les Champenois l’étouffent ». Car, les trois compagnons sont en guerre : ils souhaitent planter des vignes sans IG sur leur terre pour produire un vin, « comme cela se faisait au début du vingtième siècle : des vins tranquilles rouges, blancs et rosés » indique Marie-Madeleine Caillet-Desmaret. Pourtant, le ministère a tranché dans l'arrêté paru le 28 février 2018, limitant les plantations du bassin champenois à 0,1 ha.

Obtenir une décision politique

Pourquoi aller vers tant d’extrémisme ? Une action en justice ne serait-elle pas mieux proportionnée ? « Nous avons l’impression d’être devant un mur. Nous attendons depuis un an de pouvoir planter. Nous allons faire un recours auprès du Conseil d’Etat, mais ce n’est pas suffisant. Car la question se posera de la même façon l’année prochaine » explique Marie-Madeleine Caillet-Desmaret. Ils attendent donc une validation de leurs demandes de plantation 2018 et mettent la pression pour qu'une décision politique soit prise. Les trois compagnons ont dans leur ligne de mire les producteurs de Champagne qui s’y opposent : les demandes s’exercent en effet dans l’aire délimite de l’appellation champagne. Les producteurs de Champagne font valoir qu'ils ont largement montré leur volonté de négocier en témoigne l'évolution de leur position. Au départ, celle-ci défendait une régulation stricte des plantations de vins sans IG sur un périmètre large : aire actuelle du Champagne, aire étendue après la révision de la délimitation de l'AOC et cordon de sécurité d'une largeur de trois communes autour de ce périmètre central. Désormais, les producteurs champenois proposent de réguler strictement les plantations de vins sans IG dans l'aire actuelle, l'aire future et un cordon réduit à 58 communes. Avec cette nouvelle position, les producteurs champenois insistent sur le fait qu'une large partie du bassin peut être librement plantée.

Trouver un point d'accord

Le débat s’inscrit sur fond  de création de l’IGP Ile-de-France : les plantations en vins sans IG pourraient obtenir cette dénomination si elle est créée. « Nous allons déposer le cahier des charges le 5 avril prochain à l’INAO » annonce Patrice Bersac, président du Syvif (Syndicat des vignerons d’Ile-de-France). La commune d'Acy est concernée par la création de cette IGP. Là encore, les producteurs de Champagne sont méfiants de cette demande. Notamment, parce qu’il est actuellement impossible de savoir où, précisément, passera le trait de la région de l’aire de l’AOC Champagne. Cette incertitude conduit notamment une partie des producteurs du soissonnais à préférer attendre pour planter. Par ailleurs, les producteurs de Champagne sont ouverts à la discussion concernant la délimitation de l'aire de l'IGP Ile-de-France. Ils souhaitent être rassurés sur le périmètre et le profil des produits. Ils ont été fortement refroidi par certains produits détournant manifestement la notoriété de l'AOC Champagne. Ils citent des cas de vins sans IG produits à proximité de l'aire champenoise se présentant "comme du Champagne".

Michel Servage, président du Comité national des IGP, appelle à ce que les acteurs locaux se parlent pour définir « où passe la bordure de l’IGP Ile-de-France » et soutien la création d’une zone de mixité Champagne et vin sans indication géographique. Cette demande a d’ailleurs été soumise à la Champagne par le Syvif. Et Michel Servage d’analyser : « c’est au niveau ministériel que cela devrait être tranché ». Pour la Champagne, le ministère a déjà tranché avec l'arrêté du 28 février.

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VOS RÉACTIONS
craoux Le 27 mars 2018 à 10:49:17
Madame Caillet, je ne suis pas vraiment certain (c'est même peu dire) que la Champagne ait contribué à "stériliser" l'ambition d'un renouveau viticole de la région Ile de France. En revanche, il est incontestable qu'il y ait eu des freins objectifs (économiques - urbanisation) au renouveau viticole de ce très-très-trop grand bassin parisien de production tel qu'il est dessiné dans le projet de CDC de l'IGP Île de France. Pour avoir pris connaissance de la zone géographique IGP, je me dis que ce projet a quelque chose d'iconoclaste car on voit assez mal comment pourrait s'envisager même à moyen-long terme une reconversion des terres agricoles vers le "viticole" dans ces départements (sans même évoquer ici le cas de ces départements très citadins inclus dans la zone géo ou des secteurs très urbanisées .. mais qui peut penser sérieusement qu'à Montreuil - 93 un vignoble viable pourrait ressurgir ? ). Ce projet (rassurez-vous, je n'ai aucun pouvoir de le bloquer) ne repose que sur une pure réflexion/spéculation intellectuelle. S'il devait aboutir (ce qui est fort probable), la concrétisation "terrain" ne sera que très modeste en l'état de la réglementation actuelle, sauf à pouvoir (!) ou à tolérer de rapatrier des droits en provenance d'autres régions viticoles ... et on a bien vu, en Cognac, comment la filière locale pouvait s'arc-bouter pour bloquer "l'import" de droits notamment ceux venant du Muscadet) pour créer une entité viable économiquement. A défaut, les plantations s'organiseront ou ne seront possibles que via des "plantations nouvelles" que les Etats Membres ne doivent accorder qu'au goutte à goutte. Ce contexte ne me semble pas favorable à la création d'un projet rentable économiquement en IGP Île de France. Bien sûr, ce projet IGP Île de France apportera réponse (et la satisfaction d'avoir "gagné") aux seuls sympathiques "gaulois" qui, comme vous Madame, voulez tenter la vigne et le vin ... sans vraie réalité économique derrière. Pour finir, il me semble impossible de planter autre chose qu'un vignoble à prétention "vin de garage". Sans possibilité de "transférer" assez massivement des droits dans une zone quasi vierge de vignes (même si l'on évoque une centaine d'ha résiduelle dans le CDC), je ne vois pas comment - par exemple - pourrait être créé un vignoble "vins de base" pour mousseux (sans IG bien sûr). Projet de "gaulois" qui aura bien fait bosser les instances.
Fabien Le 27 mars 2018 à 10:41:19
Une question me brule quand même les lèvres Mr Caillet. Avez-vous fait une étude au niveau consommateurs pour évaluer l'intérêt de cette nouvelle IGP Ile de France ? A titre très personnel et pour avoir grandit dans cette région, elle ne me fait absolument pas rêver ! Et autre chose troublante, le code postal d'ACY est 02200, on est pas un peu loin de l'IDF ? Je pense que tout n'est pas dit et que des raisins pourrais circuler facilement en cas de disette...
Caillet MM Le 26 mars 2018 à 14:32:19
En réponse à craoux. La destination finale des raisins est claire : une production en IGP Île-de-France lorsque celle-ci sera reconnue. Donc les plantations nouvelles sont cadrées. Il ne s'agit pas "de laisser des vignobles se créer un peu partout" mais de permettre à une région viticole stérilisée par sa voisine depuis 80 ans, de pouvoir renaître.Il s'agit aussi de respecter la réglementation européenne ...
craoux Le 21 mars 2018 à 19:30:31
J'ignore la réalité du risque que semble redouter la Champagne. Et à la limite, je trouve ça assez drôle car je suis certain que les producteurs champenois ont un dossier sous le coude de demande de révision - dans le sens "extension" of course - de leur aire AOP. Les intérêts ne sont pas a priori convergents ... En revanche, il aurait été pertinent que l'article nous éclaire sur ce que veulent très précisément ces 3 "gaulois" car, si on parle de droit de plantation nouvelle, le Minagri a logiquement le devoir de freiner le truc (R UE oblige). Et que laisser se créer ex-nihilo des vignobles un peu partout, même riquiquis, ça mériterait a minima une réflexion et des modalités d'encadrement car, il conviendrait de savoir quelle serait la destination finale de ces raisins, non ?
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