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L’IFV s’engage pour accompagner la transition écologique

Lundi 12 mars 2018 par Marion Sepeau Ivaldi

Quelles solutions mettre en place rapidement dans les exploitations viticoles pour s'inscrire dans la transition écologique ? L'IFV a mis à plat un agenda de solutions.
Quelles solutions mettre en place rapidement dans les exploitations viticoles pour s'inscrire dans la transition écologique ? L'IFV a mis à plat un agenda de solutions. - crédit photo : Pixabay
Lors de son conseil d’administration, l’Institut français de la vigne et du vin a adopté un « agenda de solutions », soit une liste d’actions pour accompagner les entreprises dans la transition écologique.

C’est un tournant dans l’orientation stratégique de la recherche viticole. L’Institut français de la vigne et du vin (IFV) s’est engagé, lors de son conseil d’administration qui s’est tenu le 1er mars, à mettre en place un premier agenda de solution, destiné à accompagner les entreprises viticoles dans la transition écologique. L’organisme de recherche appliquée de la filière s’engage ainsi dans la voie tracée par le Plan de la filière vin, rédigé dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation. Le projet met, en effet, largement l’accent sur l’ambition de la filière viticole à répondre aux attentes gouvernementales pour une agriculture moins dépendante aux pesticides.

Adapter les doses

« Quand on prône cet agenda de solution, nous affirmons que l’on ne change pas les pratiques tant que l’on n’a pas trouvé de solutions alternatives » affirme Bernard Angelras, président de l’IFV. « Il faudra ensuite les adapter à la diversité des régions viticoles mais aussi à la diversité des vignerons » complète Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur de l’IFV. L’agenda promouvoir des solutions qui peuvent être mises en place rapidement. A l’instar de la réduction des doses, dont la maîtrise technique est connue depuis des années. « Je n’ai jamais compris pourquoi il n’y avait pas d’adaptation des doses légales en fonction des stades végétatifs de la vigne. Et je suis persuadé que, si on l’avait mis en place, on serait aujourd'hui dans les clous des objectifs d’Ecophyto 2 » glisse Bernard Algleras. « Pourquoi c’est possible en Allemagne et en Suisse et pas en France ? Il faut que les firmes phytosanitaires les acceptent ! » poursuit-t-il.  C’est d'ailleurs pourquoi l’agenda de solutions associe les fournisseurs de la filière comme l’UIPP).

En matière de protection du vignoble, l’organisme de recherche veut mettre tous les moyens pour améliorer la qualité du matériel de pulvérisation, qui apparaît comme un levier majeur pour diminuer l’utilisation des produits phytosanitaires. Mais c’est aussi un enjeu pour « diminuer la dérive et répondre à l’enjeu des riverains » souligne Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Axema est ainsi partie prenante. L’idée est de voir comment généraliser les buses à injonction d’air sur le matériel de pulvérisation. Leur efficacité en matière de limitation de la dérive n’est plus à prouver. L’IFV veut également aboutir rapidement à un système de classification des pulvérisateurs. Enfin, à plus long terme, l’Institut réfléchit à l’accompagnement du renouvellement du parc de pulvérisateurs qui a, aujourd'hui, entre 13 et 15 ans en moyenne. S’il faut le prendre avec beaucoup de recul, le chiffrage du renouvellement du parc se porte à 600 millions d’euros pour la filière vin auquel il faut rajouter l’équipement en matériel du travail du sol, soit entre 600 millions d’euros et un milliard d’euros.

La question du coût

Avec le retrait du glyphosate en ligne de mire, c’est tout un support de connaissances techniques que l’IFV compte mettre à disposition des exploitations en matière d’entretien mécanique mais aussi de gestion et d’entretien de l’enherbement. « Sur, le désherbage mécanique, je pense que la prudence s’impose. La transition ne peut se faire que sur un temps long. D’abord parce que le matériel nécessite un investissement entre 15 000 et 20 000 euros (pour un intercep) auquel il faut parfois ajouter l’achat d’un tracteur suffisamment puissant pour tracter l’outil. Il y a aussi la question du coût d’utilisation et enfin, celle de son utilisation. Sur les vignobles âgés, les radicelles sont détruites par le matériel, ce qui provoque des baisses de rendements sur plusieurs années. Par ailleurs, les pratiques ne pourront pas être les mêmes selon les types de sols » indique Bernard Angelras.

Le financement est aussi au cœur du développement du biocontrôle. « Aujourd’hui, il y a beaucoup de petites start-ups qui cherchent dans ce domaine. Elles n’ont pas assez de ressources pour porter l’homologation de leurs produits, processus qui dure entre 5 et 6 ans » constate Bernard Angelras. Ce dernier milite pour le développement de solutions de partenariat public/privé.

Ce premier agenda de solutions a été construit en cohérence avec la règlementation actuelle. Il sera sans doute amené à évoluer au regard des dispositions qui pourront ou non voir le jour. « Pourra-t-on différencier les ZNT dans le cadre de traitements garantissant l’absence de dérive ? Ou pourra-t-on différencier les molécules autorisées si elles sont utilisées avec un matériel qui garantit zéro dérive ? Pourra-t-on différencier les doses en fonction des conditions d’emploi des produits ?» s’interroge Jean-Pierre Van Ruyskensvelde. Des questions, qui, pour l’instant, restent en suspens.

Les huit thématiques de l’agenda de solutions de l’IFV

 

- Développer la viticulture de précision par un outil d’aide à la décision de traitement à l’échelle de l’exploitation.

 - Formaliser, en lien avec les équipementiers, une classification de la performance environnementale des pulvérisateurs,  levier pour réduire la dérive et les doses de produits.

- Proposer des méthodes de réduction de la dose en fonction du stade végétatif de la vigne et de la qualité de la pulvérisation.

- Anticiper le retrait du glyphosate par la production de références techniques liées au désherbage mécanique et à la gestion et la maîtrise de l’enherbement.

 - Identifier les impasses techniques consécutives à de possibles décisions de retrait de molécules et rechercher les solutions alternatives.

- Faciliter le déploiement des variétés résistantes aux maladies de la vigne, en particulier en renforçant le lien avec les ODG.

– Développer un plan national Biocontrôle avec la recherche publique et les partenaires privés.

- Accompagner les démarches de certifications environnementales (HVE, Bio) et l’application de mesures agroenvironnementales dans les cahiers des charges AOP, IGP.

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