LE FIL

Étiquetage des ingrédients et calories

La filière vin compte toujours échapper au pire

Vendredi 02 mars 2018 par Alexandre Abellan/Marion Bazireau

« Nous sommes dans les temps. Nous sommes parvenus à un accord et nous remettrons un projet à la Commission le 12 mars » annonce Thomas Montagne. « À mesure que l’échéance approche, on réussit à cristalliser une position à peu près commune » souligne Bernard Farges, ce premier mars à Cissac-Médoc.« Nous sommes dans les temps. Nous sommes parvenus à un accord et nous remettrons un projet à la Commission le 12 mars » annonce Thomas Montagne. « À mesure que l’échéance approche, on réussit à cristalliser une position à peu près commune » souligne Bernard Farges, ce premier mars à Cissac-Médoc. - crédit photo : Marion Bazireau (La Vigne)/Alexandre Abellan (Vitisphere)
De moins en moins floue, la fin du régime d’exemption des boissons alcoolisées pour la déclaration nutritionnelle et la liste des ingrédients est actée. Mais pas les modalités de la prochaine réglementation, qui mobilise les filières européennes jusqu'à la fin du mois.

« Nous devons faire le deuil de ce que nous connaissons aujourd’hui : zéro renseignement sur les étiquettes de vin » pose Bernard Farges, le président de la Confédération Nationale des vins et eaux-de-vie AOC (CNAOC), ce premier mars devant l’assemblée générale de l’Organisme de Défense et de Gestion des AOC Médoc, Haut-Médoc et Listrac-Médoc. « Nous devrons renseigner les calories, probablement les ingrédients. Est-ce que cela sera sur les étiquettes, ou est-ce que cela sera un outil dématérialisé ? Rien n’est décidé » reconnaît le président de la Fédération Européenne des Vins d’Origine (EFOW), face à une salle médusée par la perspective de devoir mettre à jour pour chaque millésime et cuvée ces données.

À entendre Thomas Montagne, le président des Vignerons Indépendants de France, le même jour, mais au Salon de l'Agriculture à Paris, les représentants de la filière vont proposer à la Commission Européenne l’apposition d’un QR Code sur les bouteilles, qui renverra le consommateur vers un site d’informations généralistes (conformément au plan de filière remis en janvier). « Mais rien n’empêche un vigneron qui veut aller plus loin de le faire » précise le vigneron du Vaucluse. « Nous sommes dans les temps. Nous sommes parvenus à un accord et nous remettrons un projet à la Commission le 12 mars » indique-t-il.

"Éviter le pire"

« Dans quinze jours il faut que le secteur des boissons donne sa réponse. On essaie d’éviter le pire, l’étiquetage des calories et ingrédients sur toutes nos étiquettes de vin » tente de rassurer Bernard Farges. Le viticulteur bordelais rappelant que cette mécanique infernale a été enclenchée par la Commission Européenne, suite à la demande du Parlement Européen de lever l’exemption d’étiquetage des ingrédients et calories pour les boissons alcoolisées (cliquer ici pour en savoir plus).

« La Commission Européenne a été très maline sur le coup » glisse Bernard Farges. « Plutôt que de subir les critiques habituelles sur les fonctionnaires européens imposant des contraintes, elle a demandé au secteur des boissons alcoolisées de proposer un texte de sortie de cette exemption… De donner le texte avec lequel nous allons nous flageller » résume-t-il.

Opposition aux brasseurs

Mettant autour de la table tous les types d’opérateurs (artisanaux comme industriels) de toutes les filières (bières, vins, spiritueux…) de tous les pays d’Europe, cette discussion n'a pas été une partie de plaisir. « Arriver à un compromis a été difficile. Les brasseurs n’ont eu de cesse de nous mettre des bâtons dans les roues. Ils voulaient nous imposer l’inscription de tous les ingrédients sur les étiquettes, accompagnée d’un affichage des calories aux 100 ml. Sans tenir compte des portions, car ils en sortaient gagnants. » explique Thomas Montagne.

La Confédération européenne des Vignerons Indépendants (CEVI) a finalement réussi à tenir sa position. « Nous nous sommes battus pour que les vignerons ne soient pas assommés par de nouvelles contraintes. C’est facile pour les gros brasseurs, qui suivent systématiquement les mêmes recettes, mais imaginez un vigneron qui embouteille une partie de sa cuvée en janvier et l’autre en août. Il suffit qu’il ait à rajouter un peu d’acide tartrique en mai pour faire face à une montée de pH et voilà qu’il doit faire refaire toutes ses étiquettes ou modifier son QR code avant la seconde mise ! »

"Faire une proposition cohérente"

« Si nous ne faisons pas une proposition acceptable, le risque est que n’importe quel État membre puisse décider d’ajouter sa propre législation plus restrictive. Nous pourrions avoir 28 textes différents en Europe… » souligne Bernard Farges, pensant aux propositions de la République d’Irlande d’étiqueter les liens entre consommation d’alcool et risques de cancer.

La CEVI présentera plus en détail ce projet à la presse le 13 mars. La Commission européenne aura six mois pour l’évaluer. Si elle ne le valide pas, elle devra réaliser une analyse d’impacts dans les seize mois qui suivront, avant qu’un processus législatif ne soit engagé. « Or en 2019, il y a de nouvelles élections européennes. Du changement à la DG Santé pourrait avoir du bon… » a glissé Lorenza Romanese, chargée de missions à la CEVI.

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