LE FIL

Viticulture ésotérique

Cosmobacchus, la BD qui donne une odeur de soufre à la biodynamie

Dimanche 25 février 2018 par Alexandre Abellan

Plantant le décor, le livre s’ouvre sur une citation de Rudolf Steiner : « Lucifer s’est saisi du développement de l’homme à l’époque de la race lémurienne. Il a agi comme un libérateur en donnant aux humains l’indépendance et l’enthousiasme pour la sagesse. »Plantant le décor, le livre s’ouvre sur une citation de Rudolf Steiner : « Lucifer s’est saisi du développement de l’homme à l’époque de la race lémurienne. Il a agi comme un libérateur en donnant aux humains l’indépendance et l’enthousiasme pour la sagesse. » - crédit photo : Eidola éditions
Sortant des cases consensuelles tracées par les reportages dessinés sur le vin et la biodynamie, Jean-Benoît Meybeck livre un album irrévérencieux sur la part de mysticisme du gourou des vignerons alternatifs.

Intitulé Lucifer, le premier tome de Cosmobacchus sent d’emblée le bouc. L’album bouscule à coups de sabots les totems de la BD sur les vignerons et la biodynamie. Pourtant, tous les ingrédients classiques sont là : un auteur de bandes dessinées, Jean-Benoît Meybeck, rencontre un caviste à forte personnalité, qui a préféré rester anonyme, pour rencontrer des vignerons en biodynamie et lever le voile sur leurs pratiques viticoles. Mais ce cadre classique explose d’emblée, prenant la forme d’un carnet de route aussi ésotérique qu’éthylique, la virée tournant à l’enquête sur les liens entre la biodynamie et l’anthroposophie.

Entre Bourgogne et Côtes-du-Rhône, ces tribulations sont ponctuées par la lecture du Cours aux Agriculteurs de Rudolf Steiner, une formation chez Claude et Lydia Bourguignon, un entretien avec le vigneron Dominique Derain (Saint-Aubin), une découverte de la cosmoculture au domaine Viret (Saint-Maurice-sur-Eygues)… Si l’auteur et le caviste semblent ballottés et débordés par un excès de verbe, de vin et de concepts qui viennent d’un scénario bien ficelé, l’essentiel est bien vrai.

"Ce truc magico-religieux, la biodynamie"

« En réalité, l'histoire s'est passée quasiment comme raconté dans le livre » explique Jean-Benoît Meybeck. L’auteur-dessinateur a eu l’idée de cet album après la lecture « du blog de Grégoire Perra, ancien anthroposophe repenti. Son témoignage a été un déclic ». Levant les voiles de fumées hermético-spirituelles et folklorico-surnaturelles, Cosmobacchus sort des sentiers battus en relevant l’utilisation de Goethe comme caution respectable du mouvement anthroposophe, les prises de distance avec les excès symboliques des écrits de Rudolf Steiner pour mieux les cautionner…

En rouge et noir

Paru en février aux éditions Eidola (88 pages pour 15 €), l’album 88 pages est non seulement marquant dans le fond, mais aussi dans la forme. Nerveux et exubérant, le trait est nourri de changements d’angles et de luminosités, soulignés par une bichromie du plus bel effet. « D'un point de vue technique, la bichromie du livre est une vraie bichromie » précise Jean-Benoît Meybeck, qui n'a travaillé qu'à l'encre de chine et l'encre Sennelier rouge.

Le tome deux est attendu pour janvier 2019, et le salon d’Angoulême, il se commencera à Bordeaux, entre salon Vinexpo et militante antiphyto...

 

Au détour d’une planche, un clin d’œil amical aux Ignorants d’Étienne Davodeau. L'album fait également référence à une case du Crabe aux pinces d’or de Hergé, et plus généralement à l’humour des série Jack Palmer de Pétillon ou Georges et Louis de Goosens.

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