LE FIL

Cotisation de solidarité

L’AOC Bordeaux va distribuer 500 000 euros à ses vignerons gelés

Vendredi 23 février 2018 par Alexandre Abellan

« Toutes les exploitations ayant un rendement inférieur à 33 hl/ha (en comptant DPLC 2016 et VCI) recevront au moins 59,80 € » résume Rémy Villeneuve.« Toutes les exploitations ayant un rendement inférieur à 33 hl/ha (en comptant DPLC 2016 et VCI) recevront au moins 59,80 € » résume Rémy Villeneuve. - crédit photo : Château Motte Maucourt
Une taxe de 11 €/hl de DPLC 2016 permettra aux vignerons bordelais plus touchés que la moyenne d’avoir a minima un remboursement de leurs frais administratifs de revendication de l’AOC.

« Il est facile de récupérer une cotisation exceptionnelle. Il est bien plus difficile de la redistribuer de manière équitable » pose Rémy Villeneuve, le trésorier adjoint du syndicat viticole de l’AOC Bordeaux. Demandée en urgence après les violentes gelées du printemps 2017, la mobilisation du Dépassement du Plafond Limite de Classement sur le millésime 2016 aura permis de mettre en marché 42 200 hectolitres de vin AOC Bordeaux (moins de 1 % de la production 2016) et de lever 504 151,45 euros HT, grâce à la cotisation de solidarité demandée par l’Organisme de Défense et de Gestion (ODG).

« Il n’y avait pas d’obligation de verser cette taxe supplémentaire de 11 euros par hectolitre. Mais tout le monde l’a réglée » se félicite Rémy Villeneuve. Pour fixer les modalités de versement, une commission réunissant les anciens présidents du syndicat viticole a été créée. Pour l’instant, elle a fixé comme seuil d’éligibilité le rendement moyen des AOC Bordeaux en 2017 (rouge, blanc, rosé, crémant, fine…). Soit 32,87 hectolitres/hectare, cette valeur pouvant encore évoluer selon les modalités de répartition. L’aide serait ainsi réservée aux seuls domaines affichant un rendement inférieur (en ayant intégré les DPLC débloqués en 2016 et le stock de Volume Complémentaire Individuel disponible en 2017). En l’état, 2 000 domaines auraient accès à cette aide. Soit la moitié des propriétés revendiquant les AOC Bordeaux.

Calculs

Cette commission spéciale a ensuite planché sur un système permettant d’aider les vignobles à la hauteur de leurs pertes de récolte. Sans que les chèques les plus conséquents soient réservés aux domaines les plus importants. « On ne voulait pas que quelqu’un reçoive un chèque de 10 euros… Ce serait au mieux ridicule » rapporte Rémy Villeneuve. D’où la mise en place d’un plancher pour les aides, fixé à 59,80 € TTC. Soit la valeur de la cotisation pour les frais administratifs d’enregistrement à l’AOC. Avec une base de 2 000 domaines éligibles à l’aide, il resterait 400 000 euros HT à verser. La répartition de cette somme va être calculée au pro rata des pertes de récolte cumulées par les domaines éligibles. Ce volume manquant est calculé en comparant le rendement moyen 2017 (avec DPLC et VCI) à celui de 2016 (rendement agronomique seulement). Il est actuellement estimé à un million d’hectolitres.

Par exemple, pour un domaine de 50 hectares ayant enregistré des rendements de 50 hl/ha en 2016 et de 20 hl/ha en 2017 (sans avoir de DPLC ou de VCI), la perte de récolte en 2017 est de 30 hl/ha, soit un volume total de 1 500 hl. Avec 400 000 € restant dans l'enveloppe pour un million hl de perte, l'aide est de 40 centimes d'euros par hectolitre perdu. Ce qui représente un versement de 600 euros, en plus des 59,80 € de base.

"On espère que cela restera unique…"

Le versement des primes est attendu pour juin, le temps de finaliser les seuils et calculs. Le principe ayant été validé par l’assemblée générale du 16 février dernier. « 500 000 euros, c’est beaucoup, et c’est très peu pour tous ceux qui sont sinistrés » reconnaît Bernard Farges, le président du Syndicat Viticole des Bordeaux et Bordeaux Supérieur. Soulignant que « c’est une action originale suite à un gel. Le syndicat viticole est très fier d’avoir fait le maximum pour aider les vignerons. On espère cependant que cela restera un cas unique… »

Ailleurs dans le Bordelais

À noter qu’une cotisation de solidarité similaire à celle de l’AOC Bordeaux a été créée pour les Côtes de Bordeaux, dont les modalités sont encore à fixer. L’AOC d’Entre-deux-Mers a également ajouté une cotisation aux DPLC 2016. Mais « étant une petite ODG, cette cotisation était pour le soutien de notre fonctionnement cette année. Pour que le gel ne nous oblige pas à faire des coupes trop impactantes dans les budgets » précise Alice Lemoine, la directrice du syndicat des vins de l’Entre-deux-Mers.
 

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