LE FIL

Sous la mer, la neige, la mine...

Franck Labeyrie, explorateur de l’élevage des vins en milieu naturel

Jeudi 15 février 2018 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 16/02/2018 14:08:29

« C’était vraiment l’année où il fallait le tenter ! Beaucoup de neige est tombée » se félicite le vigneron bordelais.« C’était vraiment l’année où il fallait le tenter ! Beaucoup de neige est tombée » se félicite le vigneron bordelais. - crédit photo : Château du Coureau
Après avoir immergé ses vins près d’une station balnéaire, le vigneron bordelais les enterre dans une station de ski avec la conviction de ne pas être dans l’innovation anecdotique mais dans celle œnologique.

Un élevage de vins en bouteille, un ballet d’hélicoptère et de dameuse représente une logistique pour le moins inhabituelle. Mais, pour enneiger une caisse de 1 200 bouteilles de vins à 2 400 mètres d’altitude, il ne fallait pas moins ce 18 janvier à Cauterets Avec le soutien de la station de ski et de la mairie, le vigneron Franck Labeyrie a pu réaliser l’igloo pyrénéen qu’il avait construit pour tester l’élevage sous neige des vins blancs et rouges de son château du Coureau (20 hectares en Graves et 50 ha en Bordeaux supérieur).

« Dans la filière viticole, la partie de l’élevage des bouteilles n’est pas explorée, alors qu’il y a des leviers importants pour optimiser la qualité » appuie Franck Labeyrie. « Je veux me prouver et partager l’idée que les vins peuvent s’améliorer par la conservation dans un milieu naturel. On peut optimiser les conditions de conservation comme on ne pourrait pas le faire sur terre » souligne-t-il, évoquant une constance de l’obscurité, de l’hygrométrie et des températures fraîches (à -0,4 °C). Voire un effet de l’altitude sur la moindre présence de l’oxygène.

"La mer est la meilleure cave de vieillissement au monde"

Ce premier essai d’élevage enneigé débouchera au printemps prochain, avec la fonte complète des neiges, sur une première dégustation croisée des différences apportées par cette modalité. « C’est une première mondiale, personne n’a de recul… Mais je le sens très bien » glisse, avec confiance, Franck Labeyrie. Son intuition se base sur dix années* durant lesquelles le vigneron a immergé des bouteilles dans le bassin d’Arcachon. Ayant une concession ostréicole, il engloutit tous les six mois 15 000 cols dans un box (avec des poches à huître pour amortir sur chaque bouteille les effets des marées et optimiser le contact avec l’eau).

D’après ses comparaisons avec des témoins restés à terre, cet élevage donne aux vins blancs des « notes toastées et iodées » et pour les rouges une « harmonisation précoce. Un an d’immersion triple le vieillissement » témoigne Franck Labeyrie. Qui rapporte à chaque fois l’apport de notes rondes et grasses en bouche. « On pourrait croire qu’il y a un passage en barrique, alors que ces vins n’ont pas vu de bois. Ce n’est pas qu’une cuvée originale dans le concept, c’est aussi un goût spécifique » martèle-t-il

Dans une mine

Avec 30 000 bouteilles élevées chaque année sous la mer, le château de Coureau voit dans cette édition limitée une locomotive commerciale. Qui véhicule les images positives et touristiques du Bassin d’Arcachon à même la bouteille (recouverte d’une couche de vase). Celle-ci est « vendue trois fois plus cher, en corrélation avec le coût de revient trois fois plus élevé » ajoute Franck Labeyrie. À la recherche d’autres sources de différenciation, il s’essaie également à l’élevage dans les profondeurs de la terre. Il a ainsi placé 600 cols dans une mine abandonnée en Belgique.

 

* : Franck Labeyrie a commencé à immerger ses vins en 2008, en même temps qu’Emmanuel Poirmeur lançait ses vinifications sous-marines (avec des cuves immergées dans la baie de Saint-Jean-de-Luz).

 

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