LE FIL

Ressentiment d'injustice

Vendredi 09 février 2018 par Alexandre Abellan

Le Tricheur à l'as de carreau, de Georges de La Tour.Le Tricheur à l'as de carreau, de Georges de La Tour. - crédit photo : Musée du Louvre

Si vous n’avez pas de contrats ou de créances avec ce négociant, vous l’avez sans doute oublié, mais le plan de sauvegarde du groupe Raphaël Michel suit son cours. Des candidats à la reprise de pans de son activité sont ainsi sur les rangs, mettant à profit une dette de 20 millions d’euros et une procédure judiciaire sur 300 000 hectolitres frauduleusement revendiqués en Côtes-du-Rhône. Pour les entrepreneurs, il reste en effet un bel outil de production à intégrer.

Business as usual. Les affaires continuent donc, en toute discrétion. Ce voile de mystère nourrissant toutes les spéculations. Ce qui n’est pas nouveau : en témoigne la lassitude des vignerons ayant participé au sondage de Vitisphere sur les actions violentes du CRAV. Une part non-négligeable des sondés voit dans les inculpés des lanceurs d’alerte, ayant sensibilisé les pouvoirs publics sur des dérives gangrenant la filière. Des lecteurs estiment également que le négoce et la distribution sont responsables des coups de sang du vignoble. Les actions commando ayant visé des négociants languedociens semblent ainsi se teinter de vertus aussi révolutionnaires que romanesques dans l’imaginaire du Midi rouge.

Rejetée par le reste de la filière, cette vision revancharde se nourrit des coups portés à l’image et à l’économie des vignobles victimes de fraudes. Le manque à gagner sur les cours des campagnes passés ne sera jamais résorbé, et alimente l’acrimonie. En témoignent l’attention et la tension régnant autour de l’affaire de fraude suspectée sur 4 200 hectolitres à Bordeaux. Ayant défrayé la chronique fin 2017, le dossier suit son cours dans la plus grande discrétion au parquet de Libourne (où une citation directe serait à l’étude). L’omerta entourant ces affaires suscite dans le vignoble autant de spéculation que de ressentiment d'injustice.

À Bordeaux, justement, les rumeurs sur une fraude massive de vins espagnols francisés continuent de courir. Ces échos répétant qu'un règlement à l'amiable serait en négociations au service des contentieux des Fraudes. De quoi donner l'impression au peuple vigneron que seule une infime partie de l’iceberg est visible, alimentant toujours la suspicion. Voire l'impression d'être plumé. Mais quand on voit la tournure de l’interminable affaire Geens, on peut comprendre la volonté de l’administration de résoudre discrètement ces litiges. Une amende honorable certes libérée de la lenteur judiciaire, mais aussi de la connaissance des pairs. Impossible dans ce cas de faire un exemple, ou alors à rebours...

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