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Economie

Faut-il vraiment avoir peur du Brexit ?

Lundi 08 janvier 2018 par Marion Sepeau Ivaldi, Juliette Cassagnes, Alexandre Abellan

Le Brexit modifie la structure du marché de consommation des vins en Grande-Bretagne.
Le Brexit modifie la structure du marché de consommation des vins en Grande-Bretagne.
Alors que la Grande-Bretagne et l’Union européenne ont trouvé un accord financier pour se séparer, la consommation du vin en Grande-Bretagne a déjà commencé à se modifier.

Hausse des prix (exacerbée par la petite récolte 2017), taux de change défavorables à l’importation, une augmentation du coût du travail et des taxes de propriété : les conséquences du Brexit ne sont pas sans laisser de traces économiques dans le quotidien des Anglais. Les prix des vins augmentent, franchissant la barre des 5 livres en 2017 (5.6 euros), atteignant les 5.56 livres au second trimestre (7.56 euros).

Préserver la marge

Dans ce contexte, explique la Wine Intelligence dans un rapport daté de fin 2017, les distributeurs anglais du on-trade cherchent des solutions pour préserver leurs marges. Certains optent soit pour une substitution de qualité de vin, d’autres jouent sur le volume vendu. La vente de vin au verre est évidemment vu comme un moyen salvateur dans cet objectif, d’autant que les tendances de consommation s’orientent déjà depuis plusieurs années vers une baisse du volume et une recherche de qualité.

D’ailleurs, c’est sur le segment des vins premiums que la dévaluation de la livre joue le moins. Comme l’explique Olivier Dupré, P.-D. G. de Gratien et Meyer. « Nos Champagne positionnés sur le segment haut de gamme souffrent peu d'une variation de quelques livres. Nous ne nous positionnons pas dans la bagarre des prix, même si nous avons un peu renforcé nos efforts de promotions. Nous faisons des efforts pour qu’il y ait une cohérence avec les prix de marché. Mais sur notre segment, les prix ont plutôt eu tendance à s’orienter à la hausse ».

Pour d’autres, en revanche, le Brexit se fait franchement sentir. Les vins de Chablis ont baissé de 30% sur les 9 premiers mois de 2017 sur le marché anglais. Ce retrait est lié à la baisse de la production chablisienne mais également au vote anglais. Pour l’ensemble de la Bourgogne, les ventes en Grande-Bretagne ont baissé de 10 % sur la même période. « La situation est contrastée selon les AOC, avec un report sur les appellations régionales », a tempéré Frédéric Drouhin, lors de la conférence de presse des Hospices de Beaune. Les expéditions de vins blancs du mâconnais (Mâcon et Mâcon villages) connaissent en effet une croissance de +6,6 % en volume et de +8 % en valeur. Celles des vins blancs de la Côte chalonnaise (appellations villages et 1er crus) suivent la même tendance, avec +11% en volume et +23,4% en valeur.

Le Champagne affecté

En Champagne, l’effet Brexit se ressent également. En 2016, l’AOC a exporté 143,6 millions de cols pour un chiffre d’affaires de 2,63 milliards d’euros. Le marché anglais est le premier responsable de cette chute des expéditions, avec des replis de 8 % en volume et 12,8 % en valeur (à 31,3 millions de cols pour 450 millions €). Ce contre-coup du Brexit, Jean-Marie Barillère, président du l’Union des maisons de Champagne, le relativise. En mars 2017, il expliquait ainsi : « Il y a un divorce à prononcer. S’il se passe bien, le marché anglais et les vins européens ne perdront pas leurs liens commerciaux ». Mais, d’autres sont moins optimistes, comme Nicolas Feuillatte qui a pris la décision de se retirer du marché anglais, ne souhaitant pas jouer le jeu des demandes de baisse de prix.

 

 

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