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Le chameau est-il l’avenir de la vigne ?

Lundi 25 décembre 2017 par Marion Sepeau Ivaldi

Les chercheurs ont exposé un camélidé de Ténérife à la maladie du court-noué et ont prélevé ses anticorps. Les chercheurs ont exposé un camélidé de Ténérife à la maladie du court-noué et ont prélevé ses anticorps. - crédit photo : Vitisphere
Trouver des remèdes aux maladies en faisant appel à d’autres espèces vivantes est un axe de recherche de plus en plus développé. C’est aussi le cas pour la vigne.

Publiés dans la revue Plant Biotechnology Journal cet été 2017, les travaux du CNRS et de l’Inra montrent qu’il est possible d’immuniser la vigne contre le court-noué dans des conditions de laboratoire (aucune expérimentation en plein champs n’ayant été menée). Et cette prouesse, les chercheurs la doivent au chameau. L’animal a, avec le lama, la particularité de produire des anti-corps plus petits que ceux de tous les autres mammifères.

Les chercheurs ont exposé un camélidé de Ténérife à la maladie du court-noué et ont prélevé ses anticorps. De ceux-ci, ils ont obtenu des « nanobodies », minuscules extrémités de ces anticorps. Ceux-ci sont très utilisés en médecine (un médicament à base de nanobodie est annoncé pour 2018) et se développent dans le domaine de l’agro-biotechnologies, comme un outil de lutte contre les virus des plantes.

Neutralisation du virus

Les recherches menées in vitro ont mis en évidence que les nanobodies immunisent la plante contre le court-noué. Ils se fixent en effet sur la capside du virus, le neutralisant et empêchant la diffusion du virus de cellule en cellule. « Cette résistance est à large spectre puisqu’efficace envers de nombreux isolats de courts noués génétiquement différents » explique l’Inra. "Cette résistance a été vérifiée lors de l'inoculation du virus mais aussi par transmission avec le nématode" insiste Christophe Ritzenthaler, chercheur du CNRS. Cette découverte oriente différemment les recherches menées par le CNRS : à leur lancement, l'équipe de chercheurs souhaitaient simplement suivre le développement du virus dans la plante.

Du coup, « on a eu l’idée d’introduire le gène de nanobodie reconnaissant le virus du court-noué dans des porte-greffes de vigne. Ce travail a été confié à l'Inra. » explique Christophe Ritzenthaler. Concrètement les chercheurs ont « greffé in vitro un fragment de vigne exprimant le nanobody sur un autre infecté par le virus du court-noué. Les premiers résultats montrent une résistance au virus dans le fragment exprimant le nanobody » explique l’Inra qui s’empresse d’ajouter que la mise au point de ces OGM n’est pas faite dans le but de la sélection de porte-greffes résistants. Il s’agit d’une part de mieux comprendre comment fonctionne le virus et d’autre part d’innover dans le domaine de la détection de la maladie, en permettant une reconnaissance de la présence du virus. Cette découverte est désormais libre d'accès au monde entier. Elle devrait intéresser : à la connaissance de Christophe Ritzenthaler, cette utilisation des nanobodies en biotechnologies végétales est une première mondiale.

 

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