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Recherche et développement
« La viticulture peut devenir la vitrine des biocontrôles »

Plus qu'émergentes, les nouvelles modalités de gestion naturelle de l'état sanitaire du vignoble attirent l'attention et la foule à l'occasion d'un colloque dans le vignoble bordelais.
Par Alexandre Abellan Le 14 décembre 2017
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« La viticulture peut devenir la vitrine des biocontrôles »
Témoignant de l’appétence des biocontrôles pour les praticiens et étudiants de la vigne, la conférence se tenait à guichets fermés ce 13 décembre, au lycée viticole de Montagne. - crédit photo : Alexandre Abellan (Vitisphere)
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oussée autant par une pluie venteuse que l’enthousiasme de mieux connaître les biocontrôles, la foule de vignerons et d’étudiants était compacte ce 13 décembre, dans les couloirs et l’auditorium du lycée viticole de Montagne, pour le colloque « Construisons l'avenir avec le biocontrôle ». Si le sujet est à la mode, il y a encore peu de recettes concrètes à proprement parler pour réussir la mise en place de ces méthodes alternatives de protection du vignoble. Mais l’attention des nombreux participants est restée en alerte lors de cette journée grâce à des pistes suffisamment prometteuses dans la filière et d’autres (drones contre la carpocapse du châtaignier, peptides antimicrobiens contre les bactérioses pour les fruits et légumes, biofumigation contre les taupins du maïs…).

« Il faut bien se dire qu’en matière de biocontrôles, on ne part pas de zéro. Les premières générations de ces traitements alternatifs se sont développées dans les années 1980. Et sont très utilisés dans les serres de maraîchage » rappelle Thibaut Malausa, le chargé de recherche à l’INRA sur les biocontrôles. Non sans optimisme, l’expert estime que « techniquement il n’y a pas de verrous au développement des biocontrôles dans l’agriculture française. Le challenge est de réunir tous les acteurs autour de la table pour avoir une vraie force de frappe expérimentale. La vigne est un terrain de recherche très favorable, ayant la capacité d’investir et une vocation de démonstrateur pour les cultures pérennes. La viticulture peut devenir la vitrine des solutions de biocontrôle. » Thibaut Malausa en veut pour preuve les dossiers de recherche et développement qu’il suit quotidiennement : « sur chaque projet, il y a deux à trois cultures testées. Il est très rare que la vigne n’en fasse pas partie ».

Instabilité et prédictibilité

Alors qu’une nouvelle génération de solutions de biocontrôle arrive sur le marché, « le plus difficile pour un vigneron avec les biocontrôles, c’est d’appréhender l’incertitude sur leur niveau d’efficacité. Elle est variable selon les conditions, contrairement aux produits chimiques conventionnels qui sont stables » souligne Hubert de Rochambeau, le président du centre INRA Bordeaux.
L’enjeu de la formulation et de l’industrialisation des biocontrôles marquera l'arrivée de la troisième génération de biocontrôle précise Thibaut Malausa. Le chercheur estime que des solutions pleinement satisfaisantes seront disponibles dans 15 à 20 ans. Terme au bout duquel « on peut envisager que les pesticides chimiques ne soient plus utilisés qu’en ultime recours. » Ce qui ne serait pas pour autant un retour vers le passé. « On va chercher le meilleur des techniques qui existaient par le passé, mais en maintenant des volumes de production grâce aux technologies et connaissances actuelles » résume Hubert de Rochambeau.

Manque de moyens

Si l’optimisme peut prévaloir à moyen terme, les difficultés actuelles pèsent. « Il y a un énorme décalage entre la communication faite aujourd’hui sur le biocontrôle et les financements réalisés. Tout le coût de la recherche repose sur des start-up et le financement public » regrette Thibaut Malausa. Pour aiguillonner le développement de ces nouveaux produits, la pression ne devrait pourtant pas baisser. Que ce soit de la part de la société civile ou des professionnels. « Nous reconduirons une telle journée d’échange et de formation dans d’autres vignobles » annonce d’ores et déjà Dominique Graciet, le président de la Chambre Régionale d’Agriculture, qui organisait le colloque avec l’INRA et l’ACTA.
 

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