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WBWE Amsterdam
Un salon pour prendre le pouls du marché du vrac

Célébrée comme « l'édition la plus stratégique jusqu'à ce jour », la World Bulk Wine Exhibition à Amsterdam a été marquée par les faibles disponibilités et l'arrivée des Pays de l'Est.
Par Sharon Nagel Le 24 novembre 2017
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Un salon pour prendre le pouls du marché du vrac
Le secteur du vrac devient de plus en plus transparent, professionnel et personnalisé - crédit photo : WBWE
L
es faibles disponibilités un casse-tête pour tout le monde

L’effervescence était palpable dans les allés du salon où l’habituelle montée en puissance progressive a laissé place cette année à une animation dynamique dès l’ouverture des portes. Pour les acheteurs et courtiers représentant 60 nationalités il s’agissait, non seulement de consolider les relations existantes mais aussi de tenter d’identifier les disponibilités à des prix « gérables ». Un défi de taille. Pour les producteurs, en position de force cette année, l’objectif était plutôt de satisfaire la clientèle actuelle et de faire patienter de nouveaux clients jusqu’en 2018. « D’une production de 50 000 hectolitres, nous sommes passés à 37 000 hl cette année », a déploré Stéphane Roques, directeur de la Cave de Florensac dans l’Hérault. « C’est un problème majeur. Certains contrats triennaux en rouge et en rosé vont prendre une grande partie des volumes. En blanc, nous n’avons pas pu fournir certains de nos clients en certaines qualités. Nous sommes ici pour préparer la campagne 2018-2019 ». La pénurie de rosé en Provence s’est fait sentir aussi dans le Languedoc : « Nous n’avons plus de rosé à la vente. En raison du système des vases communicants entre la Provence et le Languedoc, le marché du rosé est pratiquement terminé pour le millésime », estime Stéphane Roques.

 

La volatilité des prix espagnols jugée préjudiciable

Ce n’est pas le cas de toutes les catégories de produits. Les stocks français sont globalement significatifs et le millésime languedocien a été difficile. « En termes de récolte, 2017 est une année compliquée », affirme Jean-Philippe Alquier, œnologue chez Foncalieu. « C’est une année technique avec des qualités variables. Ceux qui auront bien travaillé n’auront pas de mal à vendre leurs vins, pour les autres ce sera difficile ». Qualifiant les prix actuels dans le Languedoc de « tendus ou à la hausse », Joël Baconin, œnologue responsable des Domaines des Marins à Capestang dans l’Hérault qui commercialise 200 000 hl exclusivement en vrac, observe que « les acheteurs ne se bousculent pas spécialement ». Pour Jean-Philippe Alquier, « les prix ne peuvent plus monter. Sinon, l’année prochaine nous ne vendrons pas ». L’effet yoyo qu’on constate dans des pays producteurs comme l’Espagne crée une volatilité que les opérateurs français déplorent, et s’avère préjudiciable pour l’image des vins espagnols. « Les prix en Espagne ont pratiquement doublé cette année », note Inge Straetmans, ancienne acheteuse auprès des supermarchés Delhaize, Colruyt et Spar qui a créé en 2016, sa propre société de conseils et de sourcing en vrac, Wines & Stories. « Si les prix restent à ce niveau-là, l’Espagne aura des problèmes parce qu’en temps normal, les acheteurs iront ailleurs. L’Espagne va devoir améliorer la qualité pour justifier ce niveau de prix ».

 

L’arrivée des pays de l’Est

Pour cette année, les acheteurs n’auront « sans doute pas d’autre choix que d’absorber une partie de l’augmentation du prix, mais pas tout », estime l’acheteuse belge. Il reste peu d’alternatives en termes de sourcing : « L’Afrique du Sud est la gagnante cette année, mais tous les acheteurs y sont déjà allés ». L’Europe de l’Est commence alors à se profiler comme source de vins d’entrée de gamme et des pays comme la Moldavie (12 exposants) étaient très bien représentés au salon cette année. La faiblesse des disponibilités au niveau mondial ravive les espoirs de premiumisation sur le marché du vrac, plus particulièrement parmi les opérateurs espagnols et sud-africains. Si cette montée en gamme se concrétise, on pourrait très bien imaginer des vins roumains, bulgares et autres moldaves s’engouffrer dans la brèche pour occuper le segment de l’entrée de gamme. La percée phénoménale réalisée sur le marché québécois par la cave moldave Vinaria din Vale, présente à la WBWE, est à ce titre éloquente : référencés à la SAQ au prix consommateur de 6,90 $, le sauvignon blanc et le cabernet-sauvignon « Crama Regala » ont bouleversé la structure tarifaire du monopole et laissé les fournisseurs du réseau des épiceries – débouché classique des vins d’entrée de gamme – stupéfaits. Depuis leur lancement en janvier, les vins, largement salués par la presse locale pour leur rapport qualité-prix, ont fait un tabac selon Réal Wolfe, directeur de la division des vins fins chez Univins & Spiritueux et propriétaire de la société Francs-Vins, qui a déniché l’offre moldave. De quoi donner des idées à d’autres…

Une segmentation plus fine pour mieux cibler la demande

En attendant, la montée en gamme s’impose dans les pays producteurs occidentaux, comme l’a fait remarquer Blandine Philibert-Maret, directrice France du salon : « La segmentation de l’offre s’affine et les producteurs sont de plus en plus conscients du besoin de maîtriser cette segmentation car ils connaissent de mieux en mieux leurs marchés, grâce en partie à la WBWE ». Les équipements technologiques permettent de proposer des produits dont le niveau qualitatif ne cesse d’augmenter, et qui sont mieux adaptés à chaque débouché. « L’utilisation du bois, que l’on n’aurait pas imaginé sur le vrac il y a quelques années, se répand désormais pour faire ressortir le fruité, le caractère variétal et la fraîcheur, et pour assouplir la fin de bouche, rendant les vins plus faciles à boire et rapidement consommables avec une certaine élégance ». Soulignant par ailleurs le profil « sublime » des rosés, Blandine Philibert-Maret pointe des efforts plus poussés au niveau de la présentation des produits – sous l’effet peut-être des bag-in-box® – ainsi qu’une volonté plus affirmée de préserver le goût du terroir dans les vins, malgré le recours à la technologie. Ce sont là autant de pistes que les opérateurs de vrac vont continuer à creuser – il en va de leur pérennité. 

Un programme très complet

La World Bulk Wine Exhibition s’enrichit chaque année de nouvelles animations destinées à favoriser les échanges et l’émulation dans un objectif d’amélioration qualitative. Outre les nouvelles conférences sur l’art de l’assemblage, qui ont fait salle comble, le salon s’est ouvert cette année aux boissons spiritueuses tout en maintenant ses zones destinées aux produits gastronomiques et à la dégustation en libre service – la Silent Tasting Room – qui n’a pas désempli pendant l’événement. En préambule au salon, les organisateurs ont également réuni 23 dégustateurs pour juger plus de 150 échantillons dans le cadre du Concours international du vin en vrac. Au total 45 médailles ont été décernées, dont douze d’or et 27 d’argent. Les 6 grandes médailles d’or ont été attribuées aux entreprises suivantes : New Zealand Wineries et MGP Cooperative (Nouvelle-Zélande) ; E-Vino S.R.O (République tchèque) ; Casas De Fernando Alonso (Espagne) ; Paladin Giovanni Srl et Cantine Solferino Snc (Italie) . 

Tags : Vin en vrac
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