LE FIL

Marché du vrac

La grande messe du secteur s’ouvre sur fond de conjoncture atypique

Vendredi 17 novembre 2017 par Sharon Nagel

Le nombre de visiteurs et d'acheteurs devrait être en hausse cette année, prévoient les organisateurs
Le nombre de visiteurs et d'acheteurs devrait être en hausse cette année, prévoient les organisateurs - crédit photo : World Bulk Wine Exhibition
La World Bulk Wine Exhibition ouvre ses portes ce lundi 20 novembre à Amsterdam dans un contexte mondial où faibles disponibilités riment avec augmentation des prix. La directrice du salon, Otilia Romero de Condés, nous présente les points forts de l’édition 2017 et nous livre ses réflexions sur les orientations actuelles du marché du vrac.

Quelles sont vos attentes pour cette 9ème édition de la WBWE ?

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Les producteurs et les importateurs sont confrontés à une année charnière, peut-être la plus exceptionnelle depuis 50 ans. Pour bien des raisons, nous sommes persuadés que la présence des professionnels du secteur à Amsterdam sera cruciale car il s’agit de l’édition de toutes les opportunités. La conjoncture actuelle a ouvert la voie à de nouvelles possibilités de positionnement pour les professionnels qui recherchent une meilleure valorisation de leurs raisins, une plus grande rentabilité de leur production et un avenir plus radieux pour leurs vins. Le défi cette année, c’est de se dire qu’on ne peut pas disparaître une année pour revenir l’année suivante. Plus que jamais, il faut être présent.

Vous lancez cette année une série de conférences de haute volée intitulée ‘L’Art de l’Assemblage du Vin’. D’où en est venue l’inspiration ? 

Ces conférences s’inspirent de l’expérience personnelle des organisateurs, d’œnologues et d’autres professionnels. Nous abordons l’assemblage comme un art, une philosophie qui permet de comprendre le vin et ses possibilités, de projeter ses caractéristiques vers l’avenir... Beaucoup de professionnels ne sont pas sensibilisés à une technique qui oscille entre art et technicité et qui leur permettrait d’améliorer considérablement la qualité ou même la personnalité de leurs vins… Il nous a semblé que la WBWE représentait le lieu idéal pour organiser le premier séminaire mondial dédié à cet art, qui compte la présence d’intervenants d’envergure mondiale tels que Michel Rolland, Christophe Ollivier, Anita Oberholster ou Frank Smulders.

En 2017 vous avez également lancé le Bulk Wine Club. Quelles en sont les ambitions ?

Il s’agit de la plus grande nouveauté de l’édition 2017. Le Bulk Wine Club est une idée originale développée par les organisateurs de la WBWE qui vise à rassembler et à favoriser le secteur du vin en vrac, mais aussi à servir de forum d’échange d’informations, permettant à nos partenaires de suivre directement et en temps réel ce qui se passe dans notre secteur à l’échelle mondiale : des données de vente, les prix, les flux commerciaux et les tendances. Nous avons prévu un lancement officiel le lundi 20 novembre à 18 heures dans la salle des conférences pour expliquer aux professionnels intéressés comment fonctionne le Club.

A l’instar d’autres salons professionnels, avez-vous prévu des événements itinérants ?

Effectivement, et c’est l’un des avantages proposés aux membres du Club, nous allons organiser des tournées professionnelles. Nous pouvons d’ores et déjà annoncer que pour 2018, une rencontre est prévue avec différentes wineries en Californie avec des visites et des interventions techniques impliquant certains des œnologues et des professionnels les plus respectés de la région pour qu’ils puissent partager leur vision et leurs expériences avec les membres du Bulk Wine Club.

Comexposium vient de devenir un partenaire stratégique de la WBWE. Cela entraînera-t-il des changements ?

Il n’y aura pas de changement au niveau du concept, du lieu ou des dates. La WBWE continuera de se tenir la troisième semaine de novembre à Amsterdam, comme c’est le cas depuis neuf ans. Cette alliance servira à enrichir fondamentalement notre savoir-faire. Une telle alliance avec un organisateur d’événements de premier plan, à l’œuvre lors de certains des plus gros salons du monde comme le SIAL ou le SIMA, est une très bonne nouvelle pour tout le monde.

La montée en puissance du vrac a donné naissance à d’autres événements spécialisés. Le leadership de la WBWE est-il menacé ?

Bien sûr que non. La WBWE est le fruit d’un projet, certes novateur et risqué, mais aussi très réfléchi, puisqu’elle puise ses origines dans la région considérée comme le plus grand vignoble au monde, celui de Castilla-La Mancha. L’objectif était de créer le premier salon international visant à promouvoir l’activité du vrac et à apporter aux professionnels du secteur une plate-forme susceptible de générer les meilleures opérations commerciales de l’année en l’espace de deux jours. Le concept était unique au monde. La WBWE était un salon international pionnier, dont la première édition était, il est vrai, compliquée. Cela s’explique par le fait qu’il était difficile de faire comprendre au secteur l’avantage de créer une plate-forme transparente dans un monde habitué à opérer dans l’ombre. Ce rassemblement cherchait, non seulement à optimiser l’activité économique, mais aussi à positionner le monde du vrac au bon endroit.. Le choix d’Amsterdam était donc stratégique et a connu un vif succès… Le fait que de nouvelles rencontres voient le jour est tout à fait normal et positif.

La faible récolte mondiale cette année a-t-elle eu un impact sur le visitorat et le nombre d’exposants à la WBWE ?

A vrai dire, nous n’avons pas ressenti d’impact significatif parce que la plupart des caves, des coopératives et des exploitations comprennent qu’il s’agit d’une année très particulière qui peut ouvrir de nouvelles opportunités commerciales. A titre d’exemple, la présence d’acheteurs du monde entier est à son plus haut niveau cette année. Il est surprenant de constater qu’exceptionnellement la demande est supérieure à l’offre et par conséquent, les opérateurs se bousculent pour faire avancer leurs achats, consolider leurs approvisionnements et mettre en place des partenariats. Tous les producteurs qui n’ont pas une vision à court terme comprennent qu’ils ne peuvent pas se permettre d’être absents lors d’une année comme celle-ci…

Comment la conjoncture actuelle pourrait-elle influer sur la manière dont les affaires sont conclues lors du salon ?

Sachant que la demande est exceptionnellement supérieure à l’offre au niveau mondial, les prix augmentent de manière sensible. Dès le 30 juin dernier, ils avaient déjà progressé de 5% à l’échelle mondiale pour atteindre 0,75 € le litre en moyenne. Il ne faut pas oublier que le vrac représente 40% des exportations de vins, soit 3 000 millions d’euros sur le plan international. Une partie importante de ces échanges se négocie lors des deux jours du salon d’Amsterdam.

Depuis le lancement de la WBWE, le marché du vrac a considérablement évolué. Quels sont, selon vous, les changements les plus importants ?

Le secteur du vrac est de plus en plus transparent et cette transparence entraîne un meilleur niveau qualitatif et un plus grand respect au sein du secteur. Petit à petit, le vrac est de plus en plus perçu comme un vin qualitatif et en tant que première rencontre mondiale dédiée à cette activité, nous ne pouvons qu’être fiers d’avoir contribué à l’amélioration de son image et de la qualité elle-même, qui progresse chaque année. Néanmoins, le secteur doit encore s’affranchir totalement de sa réticence et gagner en fierté dès lors que sont évoqués les vins en vrac.

Pensez-vous que la part du vrac sur le marché mondial continuera à augmenter ?

Nous devrions connaître une légère croissance mais l’évolution fondamentale du secteur viendra de la qualité et non pas de la quantité. Les vins en vrac avec une valeur ajoutée sont ceux qui bouleversent le secteur. Nous promouvons la qualité depuis le début, en créant par exemple l’International Bulk Wine Competition, seul concours au monde à récompenser les vins en vrac. Notre plus grande fierté, c’est d’avoir contribué à consolider l’aspect qualitatif du vrac, segment qui progresse le plus. En Espagne, par exemple, 16% des vins en vrac vendus en 2009 comportaient une mention qualitative – cépage, IGP, AOP ou bien BIB ; à l’heure actuelle, cette part avoisine 30%... De manière générale, la stratégie internationale des grosses entreprises passe par l’expédition des vins en vrac et le conditionnement à destination. Cette tendance va se poursuivre sur fond de prise de conscience concernant l’empreinte carbone et l’environnement. La WBWE facilite des échanges de gros volumes, mais aussi de petites quantités qualitatives. Nous voyons beaucoup d’opérateurs concernés par les marques de distributeurs pour lesquelles des profils de vins exclusifs peuvent être recherchés. Rappelons aussi que depuis 2017, tout un pan de l’activité vrac cesse d’être qualifié comme tel : il s’agit des bag-in-box®, dont beaucoup d’opérateurs sont présents au salon…

Enfin, quelle est votre plus grande satisfaction depuis le lancement de la WBWE ?

Qu’un secteur oublié et marginalisé ait réussi à s’imposer avec une plus grande présence, une plus grande transparence et un plus grand prestige, car il en va du maintien de la population rurale à travers le monde. C’est notre plus grand défi : préserver la superficie du vignoble mondial afin de maintenir une population rurale importante et de protéger l’environnement. 

Tags : Vin en vrac

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