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Sauternes tourne le dos aux Sweet Bordeaux

Lundi 13 novembre 2017 par Alexandre Abellan
Article mis à jour le 21/11/2017 10:21:00

Si l’Organisme de Défense et de Gestion souhaite tourner au plus vite la page des Sweet Bordeaux, ses vins se trouvaient encore sous bannière lors des dernières fêtes du vin à Québec, Bruxelles et Hong Kong.Si l’Organisme de Défense et de Gestion souhaite tourner au plus vite la page des Sweet Bordeaux, ses vins se trouvaient encore sous bannière lors des dernières fêtes du vin à Québec, Bruxelles et Hong Kong. - crédit photo : Sweet Bordeaux
La plateforme de promotion collective des liquoreux bordelais ne convainc plus à Sauternes et Barsac, où l’on souhaite reprendre sa promotion en main, dès 2018.

Vertement critiquée par le rapport de Georges-Pierre Malpel, l’initiative Sweet Bordeaux, lancée par l’Union des Grands Vins Liquoreux de Bordeaux en 2009 pour promouvoir d’une voix ses dix appellations*, est désormais abandonnée par Sauternes. « La notion de Sweet Bordeaux est contre-productive » pose sans ambages Xavier Planty, le président du syndicat viticole de Sauternes et Barsac, qui fait son « mea culpa. À l’origine nous pensions que le concept serait fédérateur. Mais il nous enferme dans de mauvaises tranches de prix. »

Ruant dans les brancards, Xavier Planty s’appuie sur les votes de son conseil d’administration et de son assemblée générale, qui ont validé cet été le départ de Sauternes des Sweet Bordeaux. Si tout se passe selon les plans du syndicat viticole, l’émancipation promotionnelle sera effective dès 2018. « Ce n’est pas encore tout à fait accompli ! Que Xavier Planty ne prenne pas ses envies pour des faits » s’insurge Philippe Dejean, l’ancien président de l’Union des Grands Vins Liquoreux de Bordeaux, qui a cédé son fauteuil fin juin dernier à… Xavier Planty. « C’était l’avenir de nos liquoreux, de jouer une partition commune basée sur la complémentarité des profils » regrette le vigneron, désormais retraité**.

"Mon AOC, ce n’est pas Sweet Bordeaux"

Pour Xavier Planty, le départ de Sweet Bordeaux se place dans la continuité d’une étude marketing estimant que le marché des Sauternes était dissocié des autres liquoreux. « Nous ne parlons pas le même langage. Mon AOC ce n’est pas un anglicisme, je veux voir Sauternes sur les banderoles des fêtes du vin » lance-t-il, comptant tracer une nouvelle ambition pour son appellation liquoreuse. Les débats sur le plan Ambition 2025 du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux semblent faits pour.

 

* : Dix appellations sont réunies par ce groupe organique : Barsac, Bordeaux Supérieur, Cadillac, Cérons, Côtes-de-Bordeaux Saint-Macaire, Graves supérieures, Loupiac, Premières Côtes de Bordeaux, Sainte-Croix-du-Mont et Sauternes. À l’origine, Sainte-Foy en faisait également partie (mais l’a quitté, devenant depuis Côtes-de-Bordeaux Sainte-Foy).

** : Philippe Dejean vient de prendre sa retraite, son fils Thomas gérant depuis 2010 le château Rabaud-Promis (premier cru classé de Sauternes en 1855).

Mise à jour du 21 novembre

N'ayant pu être disponible pour la réalisation de cet article, Emma Baudry, la directrice de l'Union des Grands Vins Liquoreux de Bordeaux, précise que « la campagne des Sweet Bordeaux est remise en cause depuis 2016, avec le travail d'une agence dédiée, qui a présenté une nouvelle stratégie en mars dernier. L'ensemble des appellations a la volonté de changer. » Pour valider une nouvelle orientation de communication, collective ou non, deux études sont actuellement menées par l'Institut des Sciences de la Vigne et du Vin sur les consommations et le profil des vins liquoreux de Bordeaux. Les résultats sont attendus pour la fin 2018, entre temps, « nous communiquons sur chaque appellation. Sweet Bordeaux n'est plus que la signature. »

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Pseudo Le 17 novembre 2017 à 19:01:17
J'ai assisté à la promotion des "sweet bordeaux" sur Chicago et je dois dire que cela fut mal arrangé. Promotion bâclée, mauvaise compréhension du marché US. Faire une promotion avec un diner dans un restaurant Français, sans rien autour, juste 12 personnes, c'est gaspillé l'argent. Faire une présentation dans une université avec des étudiants et profs, c'est aussi gaspillé l'argent et une perte de temps. Mauvaise cible !!!!! Vous voulez faire une promotion adéquat sur le marché US (qui reste le plus gros marché porteur a terme) : venez sur le marché, baladez vous, rencontrer les gens qui y travaillent (comme moi) et ouvrez vos esprits. La culture y est différente et vous devez vous y adapter. Trop de producteurs Français arrivent ici avec la fleur au fusil. Redescendez sur terre, c'est un marché ultra compétitif, segmenté, .... Les chiffres font toujours rêver, mais la réalité est plus dure. Il faut reprendre le problème dans le bon sens. Regardez ce qu'on fait les vins de Provence (les rosés) !!! En moins de 5 ans, ils ont fait faire une progression incroyable aux vins rosés, maintenant tout le monde veut en faire et veut sa part du gateau. Faites une promotion calculée, ciblée, organisée. Une journée de dégustation dans une ville, puis une autre, .... Il faut faire cela sur les marchés clés, avec des dates clés (avec donc une compréhension du calendrier américain) Tous les ans, faites la même chose, changez de lieu, soyez créatif. Et le temps vous aidera. C'est comme pour faire le vin, il faut du temps. Good luck !!
VignerondeRions Le 13 novembre 2017 à 17:03:42
C'est juste un problème d'homme, et d'égo. Sauternes c'est le top du top, la référence mondiale, et les autres petites AOC satellites leurs plombent les prix et les volumes, une vision angélique de M. Planty. D'ailleurs s'ils ne vendent plus leurs vins ou si mal c'est la faute des autres mais en aucun cas de la leur. Je ne suis pas devin, mais je mets un billet sur le fait que le problème n'est absolument pas de cet ordre. Les vins très liquoreux sont difficiles à vendre, parce qu'ils sont trop riche en sucre, ce n'est pas porteur et ce n'est plus au goût des consommateurs en général. J'en produit mais je n'en boit plus que très rarement, ce qui n'était pas vrai il y a 20 ans. Nous avons plusieurs fois évoqué le fait de faire des liquoreux plus léger en sucre, mais il faut revoir les décrets et les catégories pour les dégustations de contrôle qualibordeaux or il y a blocage donc pas d'issue pour mieux coller aux attentes des consommateurs et donc vendre des volumes. La productions de liquoreux va continuer de décroitre, avec les conséquences que nous connaissons déjà faillites, friches, etc... C'est problématique pour les exploitations en mono appellation. Mais comme disait Coluche:" dire qu'il suffit que les gens n'en achètent plus pour plus que ça se vende!!!" Je sais que ce n'est pas à la porté de tous de comprendre, c'est surement pour cela que M Planty en réunion de Crise Liquoreux, demande aux négociants s'il ne peuvent pas faire quelque chose pour les producteurs. Moi je croyais naïvement que c'était au producteur de répondre aux attentes de ses clients et pas l'inverse. Je vais tranquillement basculer sur d'autres produits parce que je peux le faire. Darwin disait qu'il fallait savoir évoluer pour ne pas disparaitre.
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