LE FIL

Amendements organiques

Cette distillerie a créé un compost 100 % raisins

Mercredi 11 octobre 2017 par Marion Sepeau Ivaldi
Article mis à jour le 13/10/2017 11:11:17

De gauche à droite : Francis Pagès (viticulteur biologique et président de la Cavale), Claire Salvat (chargée de mission à la Cavale) et Christophe Bonnemort (directeur de la Cavale).De gauche à droite : Francis Pagès (viticulteur biologique et président de la Cavale), Claire Salvat (chargée de mission à la Cavale) et Christophe Bonnemort (directeur de la Cavale). - crédit photo : Marion Sepeau Ivaldi
Dans le Languedoc, une distillerie coopérative a mis au point, en partenariat avec un spécialiste des composts ariégeois, un compost issu de ses marcs épuisés et épépinés.

Vous ne devinerez jamais ce qui se trouve sur les toits végétalisés de la Mairie de Paris ! Des raisins de Limoux ! Enfin, plus précisément du compost de marc fabriqué par la distillerie coopérative, la Cavale, sise à Limoux. Ce produit prend le nom de Onze300. Et il n’est pas choisi au hasard. Il évoque non seulement le code postal de Limoux mais également les onze personnes qui ont participé au projet de sa création pour proposer un produit 100 % végétal, 100 % local et 100 % Cavale.

Le compost Onze300 se présente comme un amendement végétal, qui contient environ 35 % de matière organique par tonne de produit brut. Sa composition moyenne, indique La Cavale, est de 12.4 kg/T d’azote organique, 4 kg/T de phosphore, 10.7 kg/T de potasse et 1.1 kg/T de magnésium. Son ISMO (Indice de stabilité de la matière organique) de 85 % en moyenne, est relativement élevé. Ce potentiel humigène permet d’apporter entre 270 et 300 kg d’humus stable par tonne de produit brut, selon les lots de compost. Par ailleurs, il possède l’avantage d’avoir un C/N relativement faible, de l’ordre de 12 ou 13 (selon les lots). Ce qui atteste d’une dégradation et minéralisation lente de la matière organique dans les sols, contrairement au marc non composté qui risque de créer une « faim d’azote » prévient Christophe Bonnemort, directeur de la Cavale. 

10 Tonnes/ha pour 0.1 % de matière organique en plus

D’un point de vue pratique, le Onze300 peut s’utiliser en fumure d’entretien à une dose de 1.5 à 2 tonnes par hectares (cette dose permet de compenser les pertes dues à la minéralisation naturelle de l’humus en tenant compte des gains en humus liés à la restituions des bois de taille). Dans l’objectif de redresser le taux de matière organique, la Cavale conseille d’apporter 10 T/ha pour faire augmenter de 0.1 % le taux de matière organique dans le sol. En doublant la dose d’apport, le Onze300 permet d’augmenter de 0.2 % le taux. Avant plantation, les doses conseillées sont de 5 à 7 tonnes/ha qu’il faudra précisément déterminer en fonction de l’analyse de sol. « L’objectif de l’apport est de stimuler l’activité biologique du sol afin de remettre à disposition des éléments déjà présents dans le sol mais souvent indisponible pour la plante » souligne Claire Salvat, chargée du projet pour la Cavale. Comparé à d’autres produits, il n’y a pas de risque d’apport trop importants de potasse. « Nous sommes sur un amendement et donc un produit qui dose faiblement le NPK. Il faut en moyenne une tonne de compost pour apporter 12 unités de potasse » assure Claire Salvat.

Essais en cours

L’utilisation pratique du compost fait l’objet d’essais. Depuis l’automne 2016, La Cavale a en effet confié la mise en place d’un protocole d’essais à la société Datagri. L’objectif est de comparer les performances du Onze300 sur vigne par rapport à un itinéraire de fertilisation classique. Seront comparés le taux de matière organique, les valeurs agronomiques et la nutrition de la plante. Les essais porteront également sur le suivi du développement foliaire, la qualité de la floraison et de la véraison, avec l’analyse des baies à la récolte et des rendements. Ils permettront aussi de tester l’efficacité de l’épandage par différents épandeurs. 

Economie circulaire

L’idée de la création du compost a été guidée par une volonté de « valoriser le marc par un produit innovant et économiquement vertueux » et un constat « l'appauvrissement général des sols en matière organique ». « Notre réponse : mettre à disposition des adhérents un amendement organique issu à 100 % du marc de raisin de leur coopérative » explique Claire Salvat, chargée du projet pour la Cavale, qui souligne l’ancrage du projet dans les principes de l’économie circulaire. Et ça fonctionne : en 2016/2017, 800 hectares du vignoble de Limoux ont reçu le produit. Les adhérents peuvent être livrés directement par le dépôt de la coopérative ou bien par la plateforme de compostage avec du compost en vrac à 80 euros/tonne.* La Cavale dispose par ailleurs de trois épandeurs qu’elle met à la disposition des viticulteurs qui le souhaitent.

Pour la Cavale, le Onze300 permet de diversifier et de valoriser le marc épuisé et épépiné**, soit 6000 tonnes par an. La moitié sera, dès l’an prochain transformé en compost (l’autre moitié est destiné à servir de biocombustible pour alimenter le séchoir à pépins). Cette transformation est réalisée par Fuméco-Lèze, installée à Artigat (Ariège). A réception du marc, l’entreprise le broie et le stocke à l'air libre afin de démarrer la fermentation. Il doit atteindre 55 °C minimum afin d’assurer la pasteurisation du produit et la destruction des graines d’adventices (cependant peu présentes dans le marc). Ce processus permet également la dégradation de certains résidus de produits phytosanitaires. La maturation du compost dure 9 mois minimum, période durant laquelle il sera retourné 3 à 4 fois avant d’être émietté, trié puis tamisé. L’entreprise Fuméco-Lèze garantit la normalisation NFU 44-051 du produit (et permet son utilisation en agriculture biologique).

 

 

*Prix adhérents. Le produit est également disponible en big bag de 500 kg (95 euros/t), big bag de 1 T (90 euros/T) et en petit sac de 25kg disponible dans les magasins Gamm Vert de sa filiale SICAVAL.

** Le marc épuisé et épépiné est obtenu après extraction de l’alcool, des colorants, des pépins, des pulpes, des polyphénols, tartre.

 

Andains de compost sur le site de Fumeco en Ariège.

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